Manque de flamme...

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Alexandre SCRIABINE (1872 - 1915)
Symphonie n° 1 op. 26  (1) - Symphonie n° 4 op. 54 "Le Poème de l'Extase" (2)S. Shilova (soprano), M. Gubsky (ténor), Choeur de chambre du Conservatoire de Moscou (1), V. Lavrik (trompette), N. Gembaczka (orgue) (2), Orchestre National Russe, dir.: Mikhail PLETNEV
2015-SA-CD Hybrid Multichannel-DDD-76' 56''-Notice en anglais-chanté en russe-Pentatone PTC 5186 514

Hormis l'insipide concerto pour piano, la musique orchestrale de Scriabine est très personnelle, de l'exubérante première symphonie (1901) à l'incandescent Prométhée (1911). Peu attiré par le nationalisme ambiant des épigones de Rimsky-Korsakov, il  élabore un langage neuf et hardi, frisant l'atonalité, basé sur un mysticisme littéraire  exalté, incarnant à lui seul le symbolisme en musique. Si l'évolution est frappante dans son abondante oeuvre pour piano, elle est tout aussi présente à l'orchestre, comme le démontre ce CD, au programme bien agencé. La première symphonie, en six mouvements, est longue (54') et conclut par un finale chanté, hymne à l'Art de la plume du compositeur L'influence wagnérienne s'affirme dès les premières mesures, émergeant du silence, ou dans le puissant climax du dernier allegro instrumental. L'oeuvre, par sa démesure, exige un souffle dont manque Pletnev, et en devient disparate. La direction est molle, le tempo trop lent : la musique s'effiloche, même dans le bref et léger "vivace" de quatre minutes, mieux réussi. Arrivé au finale, le chef se réveille : que se passe-t-il ? Les paroles semblent le galvaniser, solistes et choeurs magnifient la superbe envolée mélodique pour culminer sur une fugue grandiose et une coda quasi mahlérienne. Le même processus se retrouve dans le célèbre Poème de l'Extase de 1907. Mal secondé par une prise de son lointaine, Pletnev livre une interprétation similaire, alanguie et molle, malgré un trompettiste fier et brillant. En fait, tout cela manque nettement d'extase, et on s'ennuie un peu. A l'instar de ce qui est passé à la fin de la symphonie, la dernière partie semble à nouveau inspirer le chef : il ne s'attarde pas sur les paliers successifs mais les utilise pour marquer la gradation puissante qui mènera vers la conclusion, avec orgue et de cloches qui s'en donnent à coeur joie. Très bien, mais un peu tard. Un CD bancal, donc. Pour la première symphonie, Svetlanov reste le premier choix, et Fedosseev le second. Pour le Poème de l'Extase, Maazel, très précis, est imbattable (grâce aussi à la spectaculaire prise de son Decca), mais Mravinski et Gergiev ne déméritent pas.
Bruno Peeters

Son 8 - Livret 7 - Répertoire 10 - Interprétation 7

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