Orgue en duo, en trio, de Fauré à nos jours

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L’orgue chambriste. Du salon à la salle de concert. Gabriel Fauré (1845-1924) : Andante pour violoncelle et orgue. Charles-Warie Widor (1844-1937) : Andante sostenuto [Symphonie Gothique, arrgmt Quentin guérillot]. Marcel Dupré (1886-1971) : Sonate pour violoncelle et orgue. Daniel Roth (*1942) : Aïn Karim, fantaisie pour flûte et orgue. Rolande Falcinelli (1920-2006) : Kénose pour violoncelle et orgue. Jean Guillou (1930-2019) : Intermezzo Op. 17. Jean-Baptiste Robin (*1976) : Les Rouages du temps. Khrystyna Sarksyan, flûte. Thibaut Reznicek, violoncelle. Quentin Guérillot, orgue de l’église Saint-Étienne-du-Mont à paris et de l’abbaye de Royaumont. Mai et juin 2019. Livret en français, anglais. TT 65’12. Initiale INL 07

« Depuis trois ans notre recherche a porté sur la musique de chambre autour de l’orgue dans le répertoire français » écrit Quentin Guérillot dans la notice, et ce disque en est le fruit. Aussi incroyable que cela paraisse, le livret souligne que la Sonate pour violoncelle et orgue de Marcel Dupré serait la seule sonate de notre voisin hexagonal qui sous ce genre réunirait l’orgue et un comparse ! Nous n’avons pas en tête de contre-exemple, excepté les Sonates avec harpe ou hautbois de Lionel Rogg, mais ce dernier est… suisse. Faire dialoguer les tuyaux avec des partenaires aigus comme la trompette ou la flûte est un choix plus couramment pratiqué que le violoncelle, toutefois la combinaison peut se réussir à condition de « développer une approche esthétique fondée sur l’impressionnante richesse de sons qu’offre l’orgue, et sur la capacité du violoncelle à moduler ses interventions dans le plan sonore. Le travail qui s’offre à nous est donc de sélectionner en permanence les bons jeux et registres de l’orgue, et de choisir les timbres qui s’associeront le mieux avec ceux de l’instrument à cordes » ainsi que l’observait Thibaut Reznicek dans un travail d’étude pour le CNSMD de Paris (2016-2017).

Le programme couvre un large siècle, depuis l’Andante de Fauré (un état antérieur de sa Romance opus 69 de 1894) et le célèbre Andante sostenuto de la Gothique de Widor, jusqu’à la création contemporaine. En l’occurrence, le tout récent Les Rouages du temps de Jean-Baptiste Robin (et non Régis Campo comme l’indique par erreur la quatrième de couverture) spécialement écrite pour les trois interprètes sur une thématique qu’affectionne ce compositeur. Voir The Hands of Time au Walt Disney Concert Hall que nous avions commenté le 18 janvier dernier. On mesure aussi les filiations et influences au travers des relations maîtres-élèves de l’école française ici ancrée dans la personne de Marcel Dupré : Jean Guillou et Rolande Falcinelli, qui enseigna à Daniel Roth. Un chapelet de découvertes brillamment servies quoique toutes ces pièces ne soient pas des premières au disque : ainsi l’Intermezzo de Guillou, déjà superbement valorisé par Andrea Montefoschi et Livia Mazzanti à Saint-Eustache (Philips, juillet 1992).

Deux amples consoles (44 et 87 jeux) se succèdent selon la chronologie et le style des œuvres : le Cavaillé-Coll de l’Abbaye de Royaumont, originellement destiné à un salon privé, et le Beuchet-Debierre de Saint-Étienne-du-Mont, cher aux Duruflé, quasiment refait en 1956 selon une synthèse néoclassique. Interprétation de grande classe par trois jeunes virtuoses qui nous offrent ce chapelet de découvertes sous les meilleurs auspices. Un concept original et une carte de visite tout à leur honneur.

Son : 9 – Livret : 9 – Répertoire : 7-9 – Interprétation : 10

Christophe Steyne

 

 

 

 

 

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