Idoménée à l’opéra de Nancy : un opéra plus à entendre qu’à voir

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Mozart composa Idoménée, roi de Crète (Idomeneo, re di Creta ) à vingt-cinq ans. Deux opéras sérieux, Mithridate roi de Pont (Mitridate, re di Ponto), d’après Racine et Lucio Silla sur un livret retravaillé par Métastase le précédent. Sans oublier, dans les genres plus légers La Fausse ingénue (La finta semplice), La Jardinière futée (La finta giardiniera) et le Roi Pasteur (Il re pastore), excusez du peu. L’opéra n’a donc déjà plus de secret pour lui. La maturité de l’orchestre et les arias impressionnent chez ce compositeur de moins de trente ans qui, contrairement au librettiste, évite les lourdeurs héritées des habitudes anciennes en respectant les contraintes de son époque. Idoménée en ce sens est une sortie du monde haendélien, avant d’entrée dans le nouveau monde grâce à l’Enlèvement au Sérail (Die Entführung aus dem Serail) l’année suivante. L’opéra de Nancy relève donc le défi de cette œuvre entre deux époques avec le metteur en scène Lorenzo Ponte.

Lorenzo Ponte choisit de jeunes chanteurs, y compris pour les ainés comme Idoménée et Arbace. Mais le pari essentiel de sa mise en scène est d’exhumer de l’oubli Meda, la première épouse d’Idoménée, afin de montrer que ce temps est encore dominé par la sacrifice des enfants par leurs parents, alors que le suivant, inauguré par le mariage d’Idamante et Ilia, sera basé sur la vie. Effectivement, l’univers des ainés est sous le signe de la destruction, comme l’indique le retour de guerre d’Idoménée et la Crète attaquée par un monste marin au troisième acte, et le suivant est dominé par celui de l’amour avec le mariage des amoureux en camps ennemis Ilia et Idamante.
Cepenfant jamais Meda n’est mentionnée dans le libretto. Pourquoi l’avoir exhumée ?

Carl Loewe et le destin tragique du théologien tchèque Jan Hus

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Carl Loewe (1796-1869) : Jan Hus, oratorio pour soli, chœur et orchestre, op. 82. Monika Mauch, soprano ; Ulrike Malotta, mezzosoprano ; Georg Poplutz, ténor ; Dominik Wörner, baryton ; Arcis-Vocalisten München ; Barockorchester L’Arpa festante, direction Thomas Gropper. 2022. Notice en allemand et en anglais. Textes de l’oratorio exclusivement en allemand. 93’ 15’’. Un album de deux CD Oehms OC 1720-2

Grisant récital de motets entre Renaissance anglaise et stile nuovo 

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Philips & Dering motets. Peter Philips (c1560-1628) : Ecce vicit Leo ; Loquebantur variis linguis ; Pavan and Galiard dolorosa ; Ave Jesu Christe ; Ut re mi fa sol la ; Jubilate Deo ; Gaudens Gaudebo ; Christus resurgens ; Salve Regina. Richard Dering (c1580-1630) : Jesu dulcedo cordium ; Factum est silentium ; Virgo prudentissima ; O bone Jesus ; Fantasia a 5 ; Quem vidistis pastores. John Dowland (1563-1626) : Paduan a 4. The Choir of Gonville & Caius College ; Cambridge in Echo, Matthew Martin. Juillet 2022. Livret en anglais ; paroles en latin et traduction en anglais. TT 60’58. Linn CKD 717

Ernani de Verdi à Florence, dans le respect de la tradition

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Giuseppe Verdi (1813-1901) : Ernani, opéra en quatre actes. Francesco Meli (Ernani), Roberto Frontali (Don Carlo), Vitalij Kowaljow (Don Ruy Gomez de Silva), María José Siri (Elvira) ; Chœurs et Orchestre du Mai musical florentin, direction James Conlon. 2022. Notice et synopsis en italien et en anglais. Sous-titres en italien, en anglais, en français, en allemand, en japonais et en coréen. 134’ 00’’. Un DVD Dynamic 37972. Aussi disponible en Blu Ray.

A l’Opéra de Paris, Lohengrin pour les voix et l’orchestre

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Le metteur en scène russe, Kirill Serebrennikov, signe un synopsis qui « remplace » celui de Richard Wagner dans le programme. Le propos de la mise en scène -Le Délire (Acte 1), La Réalité (Acte II) et La Guerre (Acte III)- dénonce à juste titre l’enfermement et le combat mais n’a aucun rapport avec Lohengrin.

Elsa devient « une jeune femme » indéterminée, Lohengrin une vision, le couple Ortrud et Telramund d’inquiétants psychiatres. Quant au Roi Henri, il est présenté comme « Souverain » sans autre précision simplement flanqué d’un Porte-parole (le héraut).

L’Ouverture s’accompagne d’un film où l’on suit un jeune homme aussi fascinant qu’énigmatique qui marche dans une forêt puis se baigne nu, dévoilant des ailes d’ange tatouées dans le dos (Gottfried, le frère perdu d’Elsa ?).

L’indéniable talent du cinéaste se dilue malheureusement ensuite dans une profusion d’idées et d’images. La transformation d’un décor en sept parties, puis une seule (un hangar glauque où se marient à la hâte des soldats avant de repartir au front) comme les déplacements d’ensemble assez statiques trahissent la difficulté de soutenir jusqu’au bout des idées peu cohérentes et encore moins novatrices.

En outre, la différence entre l’œil d’une caméra et la spatialisation d’un plateau d’opéra s’accuse, si bien que la parcellisation (la scène / puzzle) atteint ses limites.

Sachant que, dès sa vingtième année, le compositeur prit un soin extrême à l’élaboration et la rédaction de ses livrets, il faut une certaine dose d’inconscience pour en ignorer la trame, lui en substituer une autre, tout en conservant les textes chantés et la musique.

Marie-Nicole Lemieux et la leçon de chant 

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Hector Berlioz (1803-1869) : Les Nuits d’été, Op.7 ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Mélodies persanes Op.26 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Shéhérazade, M.41. Marie-Nicole Lemieux contralto ; Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki Yamada. 2021 et 2022. Livret en français, anglais et allemand. Texte chanté en : français. 70’54. Warner Classics 504197659409. 

Nicholas Angelich, le plus beau des hommages

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Nicholas Angelich. Hommage. Oeuvres de Franz Liszt (1811-1886), Alexander von Zemlinsky (1871-1942), Johann Sebastian Bach (1685-1750), Johannes Brahms (1833-1897), Maurice Ravel (1875-1937), César Franck (1822-1890), Béla Bartók (1891-1945), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Modest Mussorgsky (1839-1881) :, Serge Rachmaninoff (1873-1943). Nicholas Angelich, Martha Argerich, Myung-Whun Chung  pianos ; Quatuor Ebène;  Claude Gengembre, Camille Baslé, percussions ; Orchestre philharmonique de Radio France, Orchestre national du Capitole de Toulouse, Myung-Whun Chung  et Tugan Sokhiev. Enregistrements de concerts 1995-2019. Livret en français, anglais et allemand. 7 CD Warner 5054197676185. 

Musique sacrée à la Cour des Gonzague : de Mantoue à… Capoue ?

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Splendours of the Gonzaga. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Confitebor III alla francese ; Laetaniae della Beata Vergine ; Cantate Domino. Benedetto Pallavicino (c1551-1601) : Dum complerentur ; Misericordias Domini. Salomone Rossi (c1570-1630) : Keter yitnu ; Yesurum midbar. Giaches de Wert (1535-1596) : Adesto dolori meo ; Omnis homo primum ; Speremus meliora omnes. Giovanni Giacomo Gastoldi (c1554-1609) : Magnificat VIII toni ; Regina coeli. Amante Franzoni (1575-1630) : Dixit Dominus VI toni. Biscantores, Luca Colombo. Luciana Elizondo, viole de gambe. Giangiacomo Pinardi, archiluth. Gianluca Viglizzo, orgue. Livret en italien, anglais, français (paroles des chants avec traduction trilingue). Septembre 2020. TT 63’55. Arcana A545

Karajan à Lucerne, la construction du mythe 

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Herbert von Karajan. The Early Lucerne Years 1952-1957. Oeuvres de Ludwig van Beethoven (1770-1827), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Johann Sebastian Bach (1685-1750), Johannes Brahms (1833-1897), Arthur Honegger (1892-1955). Robert Casadesus, Clara Haskil, Géza Anda, pianos ; Nathan Milstein, violon ; Elisabeth Schwarzkopf, soprano  ; Elsa Cavelti, alto ; Ernst Haefliger, ténor ; Hans Braun, basse ; Vienna Singverein, Wiener Symphoniker, Swiss Festival Orchestra, Philharmonia Orchestra, Herbert von Karajan. 1952-1957. Livret en allemand, anglais et français. 3CD et Téléchargement (Messe en si de Bach)/. Audite 21.464. 

Lucilin invite le fantôme du piano sous les poutres des Capucins

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Rarement à la traîne quand il s’agit de faire connaître les musiques d’aujourd’hui, les musiciens de United Instruments of Lucilin endossent, à leur tour, le rôle de curateur à carte blanche dans un cycle au programme en forme d’ouverture, avide de sensibiliser les publics aux liens entre les musiques et, en particulier, avec celle des 20e et 21e siècles : électronique, vidéo, slam, poésie, improvisation, engagement sont certains des ingrédients qui émergent des éditions (mensuelles) précédentes, quand ce soir ce sont le texte et la réinvention aujourd’hui à partir d’œuvres d’hier qui décident du programme, donné à l’étage du Théâtre des Capucins, une pièce chaleureuse sous la charpente vernie où une cinquantaine de chaises attendent presqu’autant d’auditeurs -car les lieux aussi, parfois insolites, sont complices de cette envie de fouiner, de mettre son nez dans des endroits où l’acoustique ne se serait pas spontanément révélée.

L’idée du violoniste André Pons-Valdès pour ce Lucilin in the City #7 part de pièces pour piano de Brahms, Chopin ou Scriabine -fils révolté, le contemporain, né après la Seconde Guerre mondiale d’une tabula rasa radicale, entrouvre la porte à ses origines-, qu’il propose à des compositeurs de retravailler, selon leur point de vue actuel et pour un effectif instrumental qui joint clarinette (Max Mausen) et quatuor à cordes -exit le demi-queue, et le sous-titre du concert, Piano fantôme, s’impose. Il complète alors le tout des lectures de son ami Jean-Pierre Pinet -pédagogue, flûtiste et chef d’orchestre, il s’intéresse autant à la création contemporaine qu’à la musique ancienne-, dont la voix claire et convaincue introduit chaque morceau.