Fades enluminures
Enluminures. Claude Debussy (1862-1918) : Quatuor à cordes en sol mineur, op.10 ; Judith Adler de Oliveira (née en 1989) : Enluminures, suite pour quatuor. Akhtamar Quartet. 2022. Livret en français et anglais. 40’50’’. CYP1684.
Enluminures. Claude Debussy (1862-1918) : Quatuor à cordes en sol mineur, op.10 ; Judith Adler de Oliveira (née en 1989) : Enluminures, suite pour quatuor. Akhtamar Quartet. 2022. Livret en français et anglais. 40’50’’. CYP1684.
Il est toujours périlleux de parler de « doyen mondial » dans un domaine où l’on n’est pas absolument certain de ne pas oublier quelqu’un. Mais, avec ses 95 ans, il est très probable que, pour les chefs d'orchestre, ce titre revienne effectivement à Herbert Blomstedt. Il est même bien possible qu’il soit le chef d’orchestre en activité le plus âgé de tous les temps, puisque le légendaire Leopold Stokowski, à quelques mois près, n’avait pas vécu aussi longtemps.
Et ce n’est pas qu’anecdotique. Car cette longévité, Herbert Blomstedt la doit certainement à une philosophie qui se retrouve dans son rapport à la musique. Pour le présenter, le programme de salle commence par les mots « noblesse, charisme, sobriété et humilité », en précisant « qu’il s’agit là de qualités assez atypiques pour ces personnalités hors du commun que sont les chefs d’orchestre. » En effet, Herbert Blomstedt est tout à fait atypique, et semble échapper à tout ce qui peut nous entraver.
Un autre aspect de sa personnalité joue aussi très probablement un rôle primordial : sa foi. Fils d’un prédicateur de l’église adventiste, il en est en effet un fidèle adepte. De ce fait, il ne travaille pas les vendredis soir ou les samedis. Mais, parce que pour lui un concert est un acte de foi et non un travail, il accepte de donner des concerts ces jours-là.

Adrien Tsilogiannis (né en 1982) : Jarres ointes de songe ; Trois airs de Jean Moréas ; Filante, attirante…de l’inaccompli ; Portrait de bat-enosh ; Ou est la plaie ; S’élancer. Ensemble Sturm und Klang, Thomas van Haeperen. 2022. Livret en français et anglais. Textes chantés en français. 69’49’’. Cyprès CYP 4661.
Florent Schmitt (1870-1958) : La Tragédie de Salomé, version de 1907 ; Fabien Touchard (°1985) : Loïe. Marie Laforge, flûte ; Sandrine Buendia, soprano ; Les Apaches!, direction Julien Masmondet. 2021. Notice en français et en anglais. 65’ 00’’. B Records LBM 049.
The Splendour of Florence. Guillaume Dufay (c1397-1474) ; Johannes Ockeghem (c1410-1497) ; Loyset Compère (c1445-1518) ; Antoine Busnois (c1430-1492) ; Hayne van Ghizeghem (c1445-1497) ; Alexander Agricola (c1445-1506) ; Johannes Tinctoris (c1435-1511) ; Anonymes. Gothic Voices. Catherine King, Elisabeth Paul, mezzo-soprano. Steven Harrold, Julian Podger, ténor. Simon Whiteley, baryton-basse. Stephen Charlesworth, baryton. Andrew Lawrence-King, harpes. Livret en anglais ; paroles traduites en anglais. 2022. TT 75’15. Linn CKD 700
Gustav Holst (1874-1934) : The Planets. Chor und Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Direction : Daniel Harding. 2022. Livret en allemand et anglais. 56’48’’ BR Klassik. 900208.
Paul Wranitzky (1756-1808) : La fermière rusée, ballet ; Performances, divertissement pour le 13 février 1803 ; Quodlibet pour le 13 février 1803 : Contredanse finale. 2021. Orchestre de chambre de la Philharmonie de Pardubice, direction Marek Štilec. Notice en anglais. 78.19. Naxos 8.574399.
Depuis 2018, Sébastien Bujeaud prépare une thèse de musicologie sur Jehan Titelouze (c1563-1633), que l’on peut considérer comme le père de l’école d’orgue française, notamment grâce à son recueil de douze Hymnes (1623) dont nous commémorons le quatre-centième anniversaire. Un magnifique album enregistré par Léon Berben est à la hauteur de l’événement. Le compositeur a bien sûr attiré l’attention de la science et a connu nombre d’études et d’articles, mais c’est la première fois qu’il est le sujet d’une telle synthèse monographique. À la faveur de ses récents travaux, sous la direction de Philippe Vendrix, le doctorant, rattaché au Centre d’Études Supérieures de la Renaissance (Université de Tours), a bien voulu échanger avec nous : pour nous aider à mieux cerner Titelouze, sa vie, son art, et la singularité esthétique de son œuvre.
Les recherches et publications de Jean Bonfils, Denise Launay, Maurice Vanmackelberg, Willem Elders, Norbert Dufourcq contribuèrent dès les années 1960 à mieux connaître l’existence, les talents et le génie de Titelouze. Pourriez-vous retracer les grandes étapes de son ascension, depuis sa naissance à Saint-Omer jusqu’à sa consécration à la cathédrale de Rouen ? Vos investigations ont-elles révélé des faits majeurs sur son parcours, ou contredit des vérités établies de sa biographie ?
Tout d’abord, merci beaucoup de m’avoir invité pour parler de mes recherches, à l’occasion de cet anniversaire des Hymnes. D’après ce que nous disent les sources audomaroises, Titelouze est issu d’une famille de ménétriers, amateurs et professionnels, d’origine toulousaine et non anglaise, établis à Saint-Omer depuis plusieurs décennies. Grâce aux riches archives rouennaises, j’ai pu établir sa présence à Saint-Martin-sur-Renelle à Rouen dès 1583, avant qu’il ne soit nommé organiste de la cathédrale en 1588. Titelouze fut expert en facture d’orgues dès ses débuts rouennais, il bénéficia donc à Saint-Omer d’une formation d’instrumentiste, en facture et reçut probablement les ordres mineurs. Il fut également organiste dans d’autres églises rouennaises, et sut se faire apprécier du chapitre de la cathédrale malgré des rappels à l’ordre pendant les troubles.
Titelouze fut naturalisé en 1604, pour pouvoir posséder des biens et des titres, prit l’habit de prêtre en 1609 (peut-être formé chez les Jésuites de Rouen rouverts en 1604) puis celui de chanoine en 1610. Je pense qu’il profita de la richesse culturelle de Rouen et de ses voyages à Paris pour compléter son savoir en théorie musicale et composition, en poésie, en liturgie et théologie en tant que chanoine ; la musique composée, son principal legs actuel, étant la dernière étape de sa riche vie et de ma thèse. Il voyagea de Poitiers à Amiens pour expertiser des orgues, et durant son canonicat puis sa retraite à partir de 1629, alla régulièrement à Paris pour publier ses œuvres, et élargir son entourage musical et savant.
Ma thèse est un rassemblement de sources éparses et une exploitation la plus exhaustive possible des archives, ce qui me permet une plus grande précision sur son ascension sociale et ses différentes activités. Je contredis les recherches antérieures à propos de sa formation, que je pense avoir été plus progressive, débutée à Saint-Omer puis renforcée à Rouen ; de même les archives précisent qu’il prit l’habit de prêtre en 1609 à Rouen et non dans sa ville natale. Les archives de la cathédrale de Rouen me permettent de le suivre jour après jour pendant son canonicat de 1610 à 1629, de noter ses absences, assez longues sans être indignes car il fut peu rappelé à l’ordre, les sujets à propos desquels il siège et décide. Je note trois mois d’absence fin 1622 pour aller à Paris faire éditer ses Hymnes, quatre mois en 1626 pour ses Magnificat et Messes. Outre ses expertises et voyages parisiens, Titelouze alla régulièrement dans ses prébendes dans l’actuelle Seine-Maritime, il participe au roulement de messes, offices et cérémonies à la cathédrale en tant qu’organiste exécutant et chanoine décideur, et devient un notable rouennais.
Titelouze prend même l’ascendant sur le Maître de chapelle nommé après le départ fracassant de H. Frémart en 1625, en s’occupant du financement des enfants et des chantres, en siégeant systématiquement au sujet de la musique et de la liturgie ; d’où ses messes publiées et les cérémonies qu’il dirigea pendant sa retraite. Je pense enfin qu’il dût aller à la Cour, à Paris et Saint-Germain-en-Laye, étant donné qu’il connaissait les Chabanceau de La Barre, organistes et clavecinistes du Roi.
Depuis qu'il a écrit Winternacht en 1978, la référence à la neige est peu à peu devenue une constante dans la musique du compositeur danois. "Ça me prend", dit-il. "Ce qui me fascine dans la neige, c'est sa blancheur, ainsi que l'idée qu'elle puisse se transformer en glace". Mais Abrahamsen est aussi très conscient de "l'autre côté de l'hiver", précise-t-il, qui est qu' "après l'hiver vient le printemps. C'est précisément ce qui se passe à la fin de Winternacht, mais aussi à la fin de son opéra La Reine des neiges (2019) dont la production puis la sortie en DVD, dans sa version anglaise, par le Bayerische Staatsoper vient d'être primée d’un International Classical Music Award 2023. Dans cet esprit, Jesús Castañer du magazine espagnol Scherzo, membre du jury ICMA, a rencontré le compositeur.
Vous avez écrit votre premier opéra, La Reine des neiges (2019), à l'âge de 62 ans. Avez-vous pensé à faire un opéra auparavant ?
Oui. J'avais prévu d'écrire un opéra en 1988, mais je n'ai jamais réussi à trouver la bonne histoire, et je n'avais pas non plus développé une écriture vocale propre pour faire quelque chose comme ça. C'est lorsque je composais Schnee (10 Canons pour 6 instruments), entre 2006 et 2008, que j'ai lu le conte de fées Snedronningen (La Reine des neiges) de Hans Christian Andersen, et j'ai tout de suite vu les possibilités de cette histoire. J'en ai été très ému. J'ai même écrit un livret moi-même, mais ça n'a pas marché, et en fait je crois n'en avoir jamais parlé à personne. Mais certaines des idées de Schnee ont été inspirées par ce conte. Prenez par exemple le deuxième canon, qui dans l'opéra apparaît dans la scène où Kay et Gerda sont sur une place de la ville et il lui montre à quel point les flocons de neige sont fantastiques, puis ils tournent pendant que les autres enfants jouent avec la neige. Quand j'ai écrit cette musique pour Schnee, j'avais déjà cette image en tête. Naturellement, lorsque l'Opéra Royal m'a demandé en 2012 si j'étais intéressée par l'écriture d'un opéra, j'ai rapidement répondu : « Oui, La Reine des Neiges ».
En fait, le lien entre La Reine des Neiges et Schnee est si fort qu'à certains moments on peut avoir le sentiment que le premier est en quelque sorte contenu dans le second. Par exemple, le premier canon de Schnee apparaît dans le prélude de l'opéra et réapparaît vers la fin, lorsque Gerda est avec Kay dans le château et ne sait pas comment le réveiller. Mais alors que dans le Prélude la « réponse » était au début de la phrase, dans cette autre scène elle est à la fin. Tout comme dans Schnee. C'est alors qu'une larme tombe de l'œil de Gerda ; c'est-à-dire que la « réponse » est enfin trouvée.
C'est un point intéressant. Je n'y avais jamais pensé. En effet, dans Schnee, je travaille avec deux phrases canoniques : d'abord vient la « réponse », puis vient la « question », et à la fin de chaque canon cet ordre est inversé. Autrement dit, au début, nous avons déjà la réponse, mais nous devons d'abord nous lancer dans un voyage pour trouver la question. Et ce n'est que lorsque nous avons la question, à la fin, que nous réalisons que la réponse était en nous depuis le début, nous n'en étions tout simplement pas conscients. Parfois, nous avons les réponses, mais nous ne pouvons pas croire qu'elles soient si simples.
Le Festival Printemps des Arts de Monte-Carlo est un des rendez-vous culturels les plus importants de la Principauté. Pendant un mois, du mercredi au dimanche, on découvre des œuvres sortant des sentiers battus rarement jouées en concert ainsi que des créations, ADN du festival.
Pour sa deuxième saison en tant que directeur artistique Bruno Mantovani, continue avec sa thématique "Ma fin est mon commencement" opus 2, programmant la trajectoire des premières aux ultimes œuvres d'un même compositeur, avec cette année également un panorama d'oeuvres de compositeurs nord-américains du XXème siècle.
Le ton est donné dès le concert d'ouverture avec Bruno Mantovani lui-même aux percussions, avec Julien Bourgeois dans Clapping Hands de Steve Reich ; compositeur qu'on retrouve le dernier weekend du festival dans des œuvres composées entre 1988 et 2003.
Michel Dalberto est un pianiste fort apprécié du public. Il déborde d'énergie et cette année il relève le défi du marathon pianistique, en se produisant trois jours de suite, en concert avec orchestre à l'Auditorium Rainier III, en récital solo dans la Salle Tortue du Musée Océanographique et en duo avec le baryton Edwin Crossley-Mercer au One Monte-Carlo.