La Capella de Ministrers célèbre le millième anniversaire du Collier de la Colombe

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El Collar de la Paloma. Capella de Ministrers. Iman Kandoussi, chant. Carles Magraner, viole, rebec. Robert Cases, harpe, rubâb, laúd. Aziz Samsaoui, kanoun, saz, oud. Kaveh Sarvarian, nay, tombak. Miguel Angel Orero, percussion. Livret en espagnol, valencien, anglais ; paroles des chants en langue originale et traduction trilingue. Janvier 2022. TT 65’29. CdM 2253

Magistrale Messa Di Gloria de Rossini par Antonio Pappano

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Gioachino Rossini (1792-1868) : Messa di Gloria pour solistes, chœurs et orchestre. Eleonora Buratto, soprano ; Teresa Iervolino, mezzo-soprano ; Lawrence Brownlee et Michael Spyres, ténors ; Carlo Lepore, basse. Orchestra e coro dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, Antonio Pappano. 2022. Livret en  : allemand, anglais et français. 61’10. Warner Classics. 5054197234521. 

Piano à Monte-Carlo Maria-João Pires et un hommage à Nicholas Angelich

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Une semaine après la venue d’Evgueni Kissin sur le Rocher, c’est Maria-João Pires qui fait l’évènement pour un récital qui aura comblé le public. En effet la grande dame du piano est très appréciée du public monégasque qu’elle connaît depuis bien longtemps et pour lequel elle a donné tant de soirées mémorables. On rappellera ainsi que son enregistrement mythique des deux concertos pour piano de Chopin était avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo sous la direction d’Armin Jordan (Erato). 

Cette nouvelle escale monégasque d’une tournée internationale proposait un programme taillé sur mesure pour la grande musicienne :  la Suite Bergamasque de Debussy entre deux sonates de Schubert.

Pires nous fait écouter le génie de Schubert, un de ses compositeurs de prédilection, avec des oreilles fraîches. Elle nous entraîne dès les premières mesures de la Sonate pour piano n°13 D.664 dans un monde de poésie. L’artiste exprime la tendresse amoureuse de Schubert avec candeur, sensibilité et intensité tout en alternant gaieté et mélancolie. C'est une exécution exquise où tout est parfait : le toucher, les nuances, les accents, le phrasé, la tonalité.

 Amandine Beyer et les Gli Incogniti : un tourbillon vivaldien

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Antonio Vivaldi (1678-1741). Il Mondo al rovescio. Concerti con molti istromenti. Concerto en ré majeur RV 562 ; Concerto pour flûte en mi mineur RV 432 ; Concerto en do majeur RV 556 ; Concerto en fa majeur RV 571 ; Concerto pour violon et hautbois en sol mineur RV 576 ; Concerto pour violon en la majeur RV 344 ; Concerto pour deux hautbois en la mineur RV 536 ; Concerto en fa majeur « Il Proteo ò sia il Mondo al rovescio » RV 572. Gli Incogniti, violon et direction Amandine Beyer. 2021. Notice en français, en anglais et en allemand. 76.34. Harmonia Mundi HMM 902688.

Un quart de siècle pour le Festival Chopin de Genève  

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En ce mois d’octobre 2022, la Société Frédéric Chopin de Genève, unique en son genre dans toute la Suisse, fête son vingt-cinquième anniversaire. Pour commémorer dignement cet événement, Aldona Budrewicz-Jacobson, son infatigable Présidente, a décidé de présenter en sept concerts l’intégrale de la musique pour piano seul de Fryderik Chopin. En quatre lieux différents se produisent sept artistes provenant de divers pays, dont quatre venus de Pologne. 

Samedi 8 octobre, en la Salle des Abeilles du Palais de l’Athénée, était affiché Michał Drewnowski, natif de Varsovie, fils de Marek Drewnowski qui avait inauguré le Festival Chopin en assumant le premier récital du 7 mars 1998. Outre une florissante carrière qui l’a amené à prendre part à de nombreux festivals internationaux, il est actuellement professeur de piano et de musique de chambre à l’Université de Musique de Lodz. Et c’est assurément cette curiosité intellectuelle qui le pousse à ouvrir son programme avec une pièce rarement jouée, le Rondò en ut mineur op.1, achevée en mai 1825 par un compositeur alors âgé de… quinze ans. Michał Drewnowski  énonce le motif initial avec une élégance qui allège l’abondante ornementation tout en la soutenant par le rythme scandé d’une polonaise de salon. Puis il propose les Quatre Mazurkas op.33 datant de 1838, en négociant à un tempo extrêmement rapide la Deuxième en ré majeur dans le but d’établir un contraste avec les trois autres, profondément nostalgiques. Les Deux Nocturnes op.37 prennent un côté oratoire surprenant, ce qui rend parfois le trait anguleux ; mais ce défaut s’estompe dans les deux chorals médians, empreints de recueillement. Les Deux Polonaises  op.40 affichent une farouche grandeur, hélas entachée de transitions imprécises dues à des trous de mémoire.

Sonates pour violon de Biber et Schmelzer : deux nouvelles parutions

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Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704) : Sonates I, III, V, VI en la majeur, fa majeur, mi mineur, ut mineur [Nuremberg, 1681] ; Parthia VII en ut mineur pour deux violes d’amour [Harmonia artificioso-ariosa, 1681]. Lina Tur Bonet, violon, viole d’amour. Musica Alchemica. Adrià Gràcia, clavecin, orgue. Jadran Duncumb, théorbe. Ronald Martín Alonso, viole de gambe. Andrew Ackerman, violone, contrebasse. Sara Águeda, harpe. Valerio Losito, viole d’amour. Ramiro Morales, luth. Octobre 2021. Livret en anglais, français, allemand, espagnol. TT 66’39. Glossa GCD 924701

Johann Heinrich Schmelzer (c1623-1680) : Sonatae unarum fidium. Sonates I-VI. Baletto di Ninfe ; Baletto di Trittone ; Ciaccona. Ars Antiqua Austria. Gunar Letzbor, violon. Jan Krigovsky, violone. Hubert Hoffmann, théorbe, colascione. Erich Traxler, orgue, clavecin. Mira Letzbor, violon. Peter Aigner, alto. Décembre 2020. Livret en allemand, anglais. TT 71’17. Pan Classics PC 10436

Au coeur du laboratoire Harnoncourt

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Nikolaus Harnoncourt Live. The radio recordings 1981-2012. Oeuvres de Johann Sebastian Bach (1685-1750)  ; Felix Mendelssohn (1809-1847) ; Joseph Haydn (1732-1809) Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) ; Franz Schubert (1797-1928) ; Johannes Brahms (1833-1897) ; Robert Schumann (1810-1856) ; Antonín Dvořák (1841-1904) ; Anton Bruckner (1824-1896) ; Johann Strauss Jr (1825-1899). Solistes, choeurs et Royal Concertgebouw Orchestra Amsterdam, direction : Nikolaus Harnoncourt. Enregistré en concert entre 1981 et 2012. Livret en anglais, allemand, français et néerlandais. 15 CD RCO 19007

A Genève, le succès mérité de Daniele Gatti  

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 En ce début de saison 2022-2023, l’Orchestre de la Suisse Romande invite un chef que l’on entend rarement dans nos contrées, actuellement affiché régulièrement à l’Opéra de Rome et au Mai Musical Florentin. A partir de la saison 2024-2025, il deviendra le directeur musical de la Sächsische Staatskapelle de Dresde. Pour l’avoir entendu diriger Rossini au Festival de Pesaro et Verdi à la Scala de Milan, j’ai eu l’étrange impression que la musique italienne n’était pas son point fort. Mais lors du concert du 5 octobre consacré à Wagner et à Richard Strauss, j’ai découvert un tout autre chef dans son répertoire d’élection. 

Son programme commence par diverses pages symphoniques extraites de Götterdämmerung. Pour suggérer le ‘Lever du jour’, il soutire des graves un brouillard imprécis d’où émerge une phrase ascendante des violoncelles. La clarinette imprègne le discours des cordes d’un flux passionné qui s’enfle jusqu’à la boursouflure, alors que les cuivres dessinent le profil du Siegfried conquérant. Le cor sonne dans le lointain, au moment où il s’embarque pour descendre le Rhin, tandis que s’imbriquent les motifs rappelant les trois naïades privées de l’or maudit, l’anneau du Nibelung et le cercle de feu provoqué par Loge en une fluidité des lignes qui allège le canevas. Par des accords à l’arraché entrecoupés de brèves pauses, est dépeinte la ‘Mort de Siegfried’ qu’enveloppe le murmure presque imperceptible des violons dans l’aigu. La ‘Marche funèbre’ prend ici une dimension abyssale sur ces ponctuations de timbales abasourdies soutenant le choral des cuivres qui proclame les thèmes caractérisant l’intrépide héros. Le chef prend le temps de les détailler, avant que l’évocation ne s’achève sur de longues tenues interrogatives.