La Pologne ranime le souvenir du pianiste Jan Ekier

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Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturnes op. 27 n° 1 en do dièse mineur et n° 2 en ré bémol majeur ; Etudes op. 10 n° 12 en do mineur et op. 25 n° 2 en fa mineur ; Berceuse op. 57 en ré bémol majeur ; Scherzo op. 31 en si bémol mineur et op. 39 en do dièse mineur ; Valses op. 34 n° 1 en la bémol majeur et op. 64 n° 2 en do dièse mineur. Karol Szymanowski (1882-1937) : 4 Mazurkas op. 50 ; Masques op. 34 : Schéhérazade ; 2 Mazurkas op. 62. Jan Ekier, piano. 1954-1978. Notice en polonais et en anglais. 75.17. Dux 1838.

Au Festival de Salzbourg 2022

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Cette année, les Salzburger Festspiele ont à nouveau pu présenter un riche programme de concerts, récitals, opéra et théâtre, un soulagement après les problèmes et restrictions de l’année précédente. Six productions scéniques et deux versions de concert étaient à l’affiche. Dans les distributions, à côté de noms illustres, de jeunes chanteurs participant au «Young Singers Project», qui suivent des Masterclasses et ont été choisis pour faire partie de l’ensemble. C’était le cas de la soprano belge Flore Van Meerssche qui a été distribuée en « sacerdotessa » dans la production d’Aida (Verdi) dirigée d’ailleurs par Alain Altinoglu, le directeur musical de la Monnaie.

Cette Aida était une reprise de la production de 2017 dans une mise en scène de Shirin Neshat, une artiste iranienne (photographe, vidéaste), avec des décors abstraits de Christian Schmidt. Pas d’évocation de l’Egypte des pharaons, mais un monde oriental plutôt islamique, sévère et fermé, avec des femmes voilées, des hommes insolents et effrontés qui terrorisent même la Cour de la Princesse Amneris,(sur la musique des petits esclaves maures !) et des blocs de prêtres immobiles avec de longues barbes blanches. Des projections réalisées par la photographe Neshat illustrent le contexte d’Aida, qui ne correspond pas au livret de l’opéra, et la mise en scène et la caractérisation des personnages restent trop sommaires. Pas étonnant qu’Erwin Schrott fasse régulièrement sortir le grand prêtre Ramfis des rangs ! Vocalement un peu plus de discipline aurait été préférable. Rien à reprocher à Roberto Tagliavini qui donnait au Roi noblesse vocale et autorité. Piotr Beczala débutait en Radames et donnait une belle allure au jeune guerrier. Vocalement, le rôle était brillamment interprété et il terminait « Celeste Aida » tout en nuances comme Verdi l’avait souhaité ! Elena Stikhina offrait à Aida une voix souple et expressive, de belles nuances et de l’émotion. Belle prestation d’Eve-Maud Hubeaux dans le rôle d’Amneris : allure royale, voix ample et expressive et interprétation captivante. Luca Salsi campait un Amonasro vaillant. Dans sa brève intervention de la sacerdotessa du temple, Flore Van Meerssche donnait à entendre une voix limpide et pure. C’est Alain Altinoglu, le directeur musical de la Monnaie, qui dirigeait le Wiener Philharmoniker dans une exécution subtile et dynamique, pleine de nuances et de couleurs, avec un soin remarquable pour les chanteurs et un grand souffle dramatique.    

Il Trittico de Puccini avait droit à sa toute première présentation au Festival de Salzburg, sous la direction musicale de Franz Welser-Möst et dans une mise en scène de Christof Loy. Il se présentait d’emblée comme la production la plus populaire du festival. Certainement aussi grâce à la présence dans les trois operas d’Asmik Grigorian, la soprano lituanienne qui est la nouvelle star du Festival. Loy choisit de ne pas présenter les trois opéras Il Tabarro, Suor Angelica et Gianni Schicchi dans l’ordre habituel. La soirée débutait avec Gianni Schicchi sous forme d’une farce burlesque pour finir avec Suor Angelica, prisonnière dans un cloitre strict, enfermée entre des murs gris qui bannissent le soleil et la verdure, quasiment sans chaleur humaine.

Un récital autour du clavecin à Anvers entre la Renaissance et le premier Baroque

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Ruckers me fecit Antverpiae. Musique pour clavecins et virginals d’Anvers, 1560-1660. Claudin de Sermisy (1678-1741) : Dont vient cela. Antonio de Cabezón (1510-1566) : Duuiensela ; Un gai bergeir. Thomas Crecquillon (c1505-c1557) : Ung gay bergier. Peter Philips (c1560-1628) : Pavana Dolorosa ; Galiarda Dolorosa ; Bon jour mõ cueur di Orlando. Orlando di Lasso (1532-1594) : Susanna ung jour ; Bonjour mon cœur [arrgmts]. John Bull (c1562-1628) : The King’s Hunt ; Dutch Dance. Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621) : Pavana Hispanica ; Paduana Lachrymae. John Dowland (c1563-1626) : Flow my tears. Johann Jakob Froberger (1616-1667) : Allemande, Courante, Sarabande [Partita V in C]. Michel Lambert (1610-1696) : Ma bergère est tendre et fidèle. Jacques Champion de Chambonnières (c1602-1672) : Chaconne en Fa. Manuscrit Susanne van Soldt : Brande champanje ; De frans galiard ; Almande de La nonette ; Wt de diepte o Heere ; Galiarde quÿ passe ; Pavane dan Vers. Manuscrit Camphuysen : Daphne. Mario Sarrechia, clavecin, virginal. Liselot De Wilde, soprano. Justin Glaie, luth. Août 2020. Livret en anglais, néerlandais. TT 68’09. Et’cetera KTC 1755

Jan Vogler, musicien entrepreneur créatif

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C’est avec plaisir que l’on retrouve le violoncelliste Jan Vogler pour parler de deux sorties discographiques récentes, mais aussi du festival de musique de chambre de Moritzburg qui célèbre cette année ses 30 ans. Jan Vogler est également directeur artistique du festival de Dresde, référence européenne en matière de programmation. Véritable entrepreneur créatif, Jan Vogler aime développer des idées innovantes et pousser les frontières de la réflexion.  

Vous venez de faire paraître un album dédié à Dvořák avec deux grandes partitions : le Quintette avec piano n°2 et le célèbre Trio Dumky entrecoupés de petites pièces musicales. Pourquoi avoir choisi ces œuvres et ce concept d'alternance entre grands chefs-d'œuvre et petites pièces musicales ?

Je voulais raconter une histoire. La mélodie tzigane Als die alte Mutter est un lied dans la tradition allemande et appartient au salon musical du XIXe siècle, tout comme le Quatuor avec piano qui suit, écrit dans la tradition de Schumann et de Brahms, qui ont tous deux excellé dans ce genre. Le “Scherzo” du Terzetto ainsi que le passionnant Trio "Dumky" représentent le côté novateur de  Dvořák. Personne avant lui n'avait composé un trio de 6 mouvements "Dumka" et personne n'avait écrit un Terzetto pour 2 violons et alto ! La dernière pièce, l'une des miniatures les plus connues de  Dvořák , fait office de conclusion apaisante après les nombreuses mélodies déchirantes du trio "Dumky". 

Le communiqué de presse qui accompagne la sortie de cet enregistrement nous dit que ce disque vise à capturer l'atmosphère particulière du festival de Moritzburg. Pouvez-vous décrire cette atmosphère particulière de ce festival dont vous êtes le directeur artistique ?

Le Festival de Moritzburg travaille avec quelques éléments qui sont -dans cette combinaison particulière- rares dans le monde de la musique d'aujourd'hui. Nous réunissons des artistes d'Amérique du Nord et d'Europe, de différentes générations. C'est devenu rare, la plupart des festivals de musique de chambre en Amérique ont peu d'influence européenne et vice versa. Un autre élément inhabituel est notre confiance dans le talent, nous laissons souvent de très jeunes musiciens participer ou même diriger des œuvres très complexes. Et je crois à la magie d'une distribution. Réunir les bonnes personnes pour l'interprétation d'un morceau de musique particulier peut multiplier les énergies. Sur cet album Dvořák, nous avons réuni 5 jeunes musiciens très doués, qui ont apporté une richesse de créativité et de capacités dans le studio. 

Jean-François Monnard, à propos de Ravel 

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Chef d’orchestre et musicologue, Jean-François Monnard se consacre à l'œuvre de Maurice Ravel. Il est Rédacteur en chef des excellents Cahiers Maurice Ravel, parution annuelle guettée des amoureux du compositeur, mais il a également réalisé des éditions révisées des grandes partitions symphoniques du compositeur pour la prestigieuse maison d'édition Breitkopf & Härtel. Il fait paraître la première édition révisée du ballet Daphnis et Chloé, une travail de fond exceptionnel qui sera une pierre angulaire des bibliothèques des chefs et des orchestres.  

Vous avez consacré plusieurs éditions révisées d'œuvres de Maurice Ravel pour Breitkopf & Härtel. Qu’est-ce qui vous a attiré en particulier chez ce compositeur ? 

L’œuvre avant tout, toujours au même niveau, l’homme aussi avec son indépendance d’esprit et le côté prestidigitateur et illusionniste du compositeur. Cette modernité qui le fait précurseur de notre temps, tout en le laissant contemporain du sien.

Daphnis et Chloé est une œuvre assez unique par ses caractéristiques instrumentales et chorales. Qu’est-ce qui fait la particularité de cette partition dans l’art orchestral de Ravel ? 

Le style narratif de la musique. La partition est un programme à elle seule ; elle accompagne les événements chorégraphiques, les commente, les suggère. Elle abonde en gestes, elle a une charge descriptive.

Stravinsky a écrit son admiration pour Daphnis et Chloé. Des grandes œuvres de Ravel (Rapsodie Espagnole, Daphnis et Chloé) sont contemporaines de celles de Stravinsky (L'oiseau de Feu, Petrouchka et Le Sacre du printemps). Est-ce qu’il y a une influence entre les deux compositeurs au-delà de l’admiration entre eux ? 

Il est clair qu’il se sont influencés mutuellement alors qu’ils séjournaient à Clarens et se voyaient quotidiennement. Ravel s’est inspiré des Trois Poésies de la lyrique japonaise pour son instrumentation des Trois Poèmes de Mallarmé. La question est légitime : le ballet Daphnis aurait-il été ce qu’il est sans L’Oiseau de feu et Petrouchka ? En sens inverse, peut-on imaginer L’Oiseau de feu et Petrouchka sans la Rapsodie espagnole ?

 Vous faîtes paraître cette édition révisée de Daphnis et Chloé, ballet complet. Il s’agit de la première édition révisée de ce chef-d'œuvre. Il est de notoriété que l’édition originale comportait un grand nombre de fautes qui énervent les chefs d’orchestre. Il se dit que Pierre Boulez avait  même une longue liste d' erreurs à corriger. Comment avez-vous travaillé pour remédier à ces problèmes ? 

Le dépistage de fautes est un véritable sport et, comme j’ai été chef d’orchestre dans ma première vie, je l’ai pratiqué. En outre, j’ai eu la chance de profiter de l’expérience de Charles Dutoit qui est un fin connaisseur de Ravel. Les conclusions de Boulez sont parfois surprenantes ; les compositeurs ont tendance à soumettre le texte à leur propre ressenti. Ils ont trop d’individualité pour observer une certaine objectivité. De toute façon, c’est un domaine complexe : aux fausses notes, il faut ajouter les nuances négligemment laissées de côté, les phrasés incorrects, les modes de jeux imprécis (notamment concernant l’emploi de la sourdine). Il y a également des passages qui suscitent des doutes comme les timbales dans la première des Valses nobles et sentimentales, qui ne suivent pas toujours la ligne des contrebasses.

Hollywood Soundstage avec John Wilson 

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Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Ouverture de The Private Lives of Elizabeth and Essex ; David Raskin (1912-2004) : Thème de Laura ; Herbert Stothart (1885-1949) / Harold Arlen (1905-1986) : Suite tirée de The Wizard of Oz ; Frederick Loewe (1901-1988) : Transylvanian March and Embassy Walz de My Fair Lady ; Max Steiner (1888-1971) : Suite tirée de Now, Voyager ; Johnny Mandel (1925-2020) : Thème principal de The Sandpiper ; Franz Waxman (1906-1967) : Suite de Rebecca ; Alfred Newman (1900-1970) : Scène tirée de How to Marry a Millionaire. Andy Wood, trombone ; Michael Lovatt, trompette : Sinfonia of London, direction : John Wilson. 2021. Livret en anglais, allemand et français. 60’49’’. Chandos. CHSA 5294. 

Sinfoniettas avec Dima Slobodeniouk 

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Françis Poulenc (1899-1963) : Sinfonietta, FP.141 ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Sinfonietta en la majeur, Op.5 ; Benjamin Britten (1913-1976) : Sinfonietta, Op.1 (version pour petit orchestre). Lahti Symphony Orchestra, Dima Slobodeniouk. 2021. Livret en anglais, allemand et français. 62’42’’. BIS. 2601. 

Paysages variés pour le Quatuor de guitares de Cracovie

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Jean-Sébastien Bach (1685-1750 : Concerto brandebourgeois n° 3 BWV 1048 : Allegro. Luigi Boccherini (1743-1805) : Quintette pour guitare et cordes n° 4 en ré majeur, G. 448 : Grave assai et Fandango. Claude Debussy (1862-1918) : Rêverie. Edvard Grieg (1843-1907) : Peer Gynt, suite n° 1 op. 46 : Danse d’Anitra ; suite n° 2 op. 55 : Chanson de Solveig. Modeste Moussorgsky : Une nuit sur le Mont-Chauve. Paulo Bellinati (°1950) : Baião de Gude. Leo Brouwer (°1939) : Paysage cubain avec pluie. Quatuor de guitares de Cracovie. 2020. Notice en polonais et en anglais. 53.53. Dux 1780.