Frederick Stock, véritable créateur de l’Orchestre symphonique de Chicago

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Frederick Stock et le Chicago Symphony Orchestra, vol. 1-6 (1916-1941). Œuvres de Johann Sebastian Bach (1685-1750), Arthur Benjamin (1893-1960), Georges Bizet (1838-1875), Johannes Brahms (1833-1897), Henry Carey (1687-1743), Ernest Chausson (1855-1899), Ernő Dohnányi (1877-1960), Antonín Dvořák (1841-1904), Edward Elgar (1857-1934), Georges Enesco (1881-1955), Alexandre Glazounov (1865-1936), Reinhold Glière (1874-1956), Mikhaïl Glinka (1804-1857), Károly Goldmark (1830-1915), Edvard Grieg (1843-1907), Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Mikhaïl Ippolitov-Ivanov (1859-1935), Armas Järnefelt (1869-1958), Anatoli Liadov (1855-1914), Edward MacDowell (1860-1908), Frank Meacham (1856-1909), Felix Mendelssohn (1809-1847), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Niccolò Paganini (1782-1840), Amilcare Ponchielli (1834-1886), Emil von Řezníček (1860-1945), Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), Camille Saint-Saëns (1835-1921), François Schubert (1808-1878), Franz Schubert (1797-1828), Robert Schumann (1810-1856), Jean Sibelius (1865-1957), Achille Simonetti (1857-1928), Bedřich Smetana (1824-1884), John Stafford Smith (1750-1836), Frederick Stock (1872-1942), Johann Strauss II (1825-1899), Richard Strauss (1864-1949), Josef Suk (1874-1935), Franz von Suppé (1819-1895), Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893), Ambroise Thomas (1811-1896), Ernst Toch (1887-1964), Robert Volkmann (1815-1883), Richard Wagner (1813-1883), William Walton (1902-1983), Carl Maria von Weber (1786-1826), Ermanno Wolf-Ferrari (1876-1948). Ernest Liegl, flûte ; Robert M. Mayer, cor anglais ; Walter P. Zimmermann, orgue ; John Weicher, violon. Chicago Symphony Orchestra, direction : Frederick Stock. Enregistré entre mai 1916 et décembre 1941. Notes exhaustives de Mark Obert-Thorn. 12 h 26 m 52 s. 10 CD-R en 6 volumes Pristine Audio PABX050.

A Lausanne, un Rigoletto défiguré par la danse

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Pour achever la saison 2025-2026 de l’Opéra de Lausanne, Claude Cortese, son directeur, reprend la production de Rigoletto que Richard Brunel avait conçue pour l’Opéra de Nancy-Lorraine en juin 2021.

Lorsque lui est demandé pourquoi il a choisi de transposer l’action dans le cadre strict d’une compagnie de ballet, le metteur en scène fait allusion à « cet univers complexe, où tout le monde se surveille, où tout le monde avance masqué, en nous faisant sentir les hiérarchies, les tensions, les séductions, les rivalités, les jalousies, les humiliations… »  Est-ce pour autant  convaincant ? Il faut bien répondre par la négative. Demandant à son décorateur Etienne Pluss de subdiviser la scène en trois parties, il use du plateau tournant pour nous amener dans les coulisses d’un théâtre jouxtant une demeure de jeune fille avec un escalier tortueux amenant à sa chambre à coucher, appuyée contre une paroi donnant sur un studio de danse pour les exercices à la barre. Dans une chorégraphie de Maxime Thomas, six jeunes danseurs s’y préparent, sans se préoccuper d’un Duc de Mantoue, crinière cendrée sur casaque et pantalon noirs imaginés par le costumier Thibaut Vancraenenbroek, non différenciés de cette multitude de loubards arrogants malmenant l’un des leurs qui s’appuie sur une canne à la suite d’une douloureuse entorse. Serait-ce donc ce malheureux Rigoletto que, dans une lettre de décembre 1850, Giuseppe Verdi voulait difforme et ridicule extérieurement, mais intérieurement passionné et plein d’amour ? Il semble aussi peu crédible que la sauvageonne Gilda portant leggings roses sous atroce jupette verte, alors qu’ils sont tous deux chaperonnés par le spectre de sa mère, campée par Agnès Letestu, mythique Danseuse Etoile de l’Opéra de Paris, inoubliable Marguerite Gautier de La Dame aux camélias, Odette/Odile du Lac des Cygnes, ici omniprésente pour réconforter tant son époux éploré que leur enfant.  Sous les éclairages de Laurent Castaingt, la scène de tempête de l’Acte III l’assimilera à Loïe Fuller déployant ses voiles démesurés comme une créature fantomatique annonçant le fatal dénouement. Mais comment ne pas se gausser de cette poubelle sur roulettes contenant un cadavre et véhiculée par un Sparafucile qui n’a pas eu à se salir les mains ?

Face à un pareil salmigondis intello-modernisant, la direction du jeune chef Giulio Cilona, d’origine américano-belge, est un véritable baume, car, à la tête de l’Orchestre de Chambre de Lausanne, il use de la fougue de ses trente ans pour mettre en valeur la géniale orchestration d’un Verdi soucieux de caractériser chacun des tableaux, allant jusqu’à recourir au chœur d’hommes à bouche fermée pour innerver la scène d’orage de modulations étranges.  Préparé par le chef marocain Anass Ismat, le Chœur de l’Opéra de Lausanne fait montre d’une extrême ductilité alliée à une précision tout aussi louable dans les difficiles ensembles qui émaillent l’ouvrage dès le premier tableau.

À Angers, une « Neuvième » entre joie et larmes

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Le dernier concert de l’Orchestre National des Pays de la Loire revêtait un caractère très particulier avec la dernière participation de l’excellent Chœur de l’ONPL sacrifié sur l’autel des économies budgétaires qui, comme souvent, visent d’abord la culture en l’estimant superfétatoire et réservée à une soi-disant élite. Créé en 2005, cet excellent chœur d’amateurs passionnés a fait ses premiers pas avec la Symphonie N° 2, « Résurrection » de Gustav Mahler. Fort de 60 membres environ, le Chœur de l’ONPL se produisait également de manière autonome dans un répertoire a capella et en abordant une grande variété de styles. Dirigé depuis ses débuts par Valérie Fayet, il était arrivé à un très haut niveau de qualité confirmé hier soir encore par sa participation fervente dans la Neuvième Symphonie de Beethoven qui concluait la saison de l’ONPL et la Saison 2 du Festival Beethoven.

Ovationnés par un public très chaleureux jusque dans les couloirs à la fin du concert, les choristes avaient souvent de la peine à retenir leurs larmes après 20 ans passés au service de la musique au plus haut niveau. Fort heureusement, cette tristesse était tempérée par une splendide interprétation de la Neuvième Symphonie sous la baguette enfiévrée de Sascha Goetzel et par l’annonce officielle d’une certaine continuité avec la création du désormais Chœur des Pays de la Loire, toujours dirigé par Valérie Fayet. Ensemble, et plus soudés que jamais, ils se donnent pour mission de perpétuer le son, la cohésion et l’exigence développés depuis des années en s’ancrant avec des chanteurs venus de Nantes, Angers, Saint-Nazaire et Cholet et en développant un partenariat pédagogique fort auprès des lycéennes et lycéens ligériens. Après quelques auditions (avis aux amateurs), il restera à trouver des partenaires, mécènes et donateurs, pour lui permettre de maintenir son haut niveau artistique.

La vision beethovénienne de Sascha Goetzel est entièrement tournée vers la tension, dans une excitation parfois fébrile répondant parfaitement à l’écriture novatrice et au message pressant du chef-d’œuvre de Beethoven. Dès les premières mesures, l’allegro ma non troppo s’élance sabre au clair, d’une manière péremptoire et rapide sans chercher à cultiver le beau son, dans un élan irrésistible qui est venu irriguer toute la conception du chef viennois. A la tête de l’ONPL en grand effectif (14 premiers violons, 10 violoncelles, 8 contrebasses et le reste à l’avenant) le chef traverse cette vaste symphonie à grands traits, brossant une fresque scrutant l’existentialité humaine semée de questions, de doutes, de joie et débouchant sur la perspective d’une paix universelle de plus en plus hypothétique. Placés juste devant le chœur et non sur le devant de la scène, les quatre solistes, Helen Kearns, Eva Zaïcik, Jinxu Xiahou et Benjamin Appl ont vaincu les terribles difficultés imposées par Beethoven dans des registres stratosphériques particulièrement périlleux.

Fin de saison symbolique à Monte-Carlo

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L'Auditorium Rainier III est presque complet. Pour le dernier concert symphonique de la saison, l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo propose le Concerto pour violon de Tchaïkovski et la Neuvième Symphonie de Beethoven — deux piliers du répertoire, deux œuvres que le public connaît par cœur et qu'il vient pourtant réentendre.

Le violoniste Gil Shaham est un familier de la maison depuis ses débuts monégasques, il y a près de trente ans. Son interprétation se tient à l'écart des lectures démonstratives que cette partition appelle souvent. Dès le premier mouvement, il fascine par la finesse de sa musicalité. Tout semble naturel. Il insuffle à la partition une passion à la fois fluide et ardente, dans une complicité évidente avec l'orchestre et le chef Kazuki Yamada. La clarté et la puissance lumineuse qu'il tire de son Stradivarius « Princesse de Polignac » impressionnent. Son, ligne, expressivité, couleur, justesse, maîtrise du rythme : chaque paramètre est pensé. Rien n'est superflu, chaque note trouve sa place.

La Canzonetta est un moment d'émotion contenue. Les silences qu'il installe suspendent le temps. Dans le finale, sa virtuosité se déploie avec une aisance et un panache irrésistibles. Après une longue ovation et plusieurs rappels, il offre en bis une page de Bach, d'une simplicité bouleversante.

Kazuki Yamada referme sa saison avec la Neuvième de Beethoven — œuvre monumentale réunissant près de deux cents musiciens : l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo au grand complet, le Chœur de l'Opéra de Monte-Carlo, le Chœur d'Enfants de l'Académie Rainier III, et quatre solistes : le ténor Maximilian Schmitt à la voix lumineuse, la soprano Mari Eriksmoen, la mezzo-soprano Catriona Morison et le baryton Johannes Weisser.

Le Briefing classique de la semaine

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Chères et chers mélomanes,

Semaine marquée par la disparition de David Hockney, qui rouvre rétrospectivement la question d'un héritage scénographique parmi les plus singuliers du dernier demi-siècle. Au-delà du deuil, une mécanique de nominations à très haute altitude — Munich, Helsinki, Pittsburgh — redessine les organigrammes des grandes maisons lyriques et symphoniques. À Copenhague, Kirill Petrenko transforme le Prix Sonning en geste politique en faveur de l'Ukraine, et à Bruxelles, Flagey dévoile une saison 2026-2027 placée sous le signe de la Première École de Vienne. Tour d'horizon des faits qui ont rythmé nos scènes et nos studios, glanés du côté de nos confrères de Pizzicato, Scherzo, The Violin Channel, Slipped Disc et Gramophone, sans oublier notre propre Journal Crescendo.

À la une : David Hockney, le peintre qui voyait l'opéra en couleurs

L'artiste britannique David Hockney s'est éteint paisiblement à son domicile londonien le 11 juin 2026, à 88 ans, un mois avant son quatre-vingt-neuvième anniversaire. La nouvelle, confirmée le lendemain par son agente Erica Bolton, prend dans le monde lyrique une résonance particulière : Hockney aura mené, en parallèle de sa carrière de peintre, une seconde vie d'opera designer parmi les plus marquantes de son temps — onze productions entre 1975 et 1992, de Glyndebourne au Metropolitan Opera, en passant par le Royal Opera House et le Los Angeles Music Center Opera. Tout commence en 1966 au Royal Court Theatre londonien avec Ubu Roi d'Alfred Jarry. Suivront, à Glyndebourne, The Rake's Progress (1975) — esthétique de gravure vivante en hommage direct à Hogarth — et La Flûte enchantée (1978), où il déploie un imaginaire mêlant Égypte ancienne, Renaissance italienne et paysages méditerranéens. La Tate annonçait pour 2027, à l'occasion de ce qui aurait été ses quatre-vingt-dix ans, un dispositif immersif au Turbine Hall de Tate Modern entièrement consacré à ses décors d'opéra, en amont d'une rétrospective au Tate Britain. Notre Journal revient en détail sur cette double carrière et ses zones les plus singulières.

Intégrale pianistique du Finlandais Selim Palmgren, volume 9

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Selim Palmgren (1878-1951) : Trois humoresques op. 26 ; Fantaisie op. 6 ; Quatre Pièces op. 73 ; Graciösa rytmer SP 272 ; Trois Humoresques SP88, 89 et 90 ; Exercices d’humeur op. 108 ; Réconciliation SP 322 ; Scherzo SP 246 ; Intermezzo valsant op. 65 ; Le Rouet SP 276 ; Sons et rythmes op. 64 ; L’été du Nord op. 39. Jouni Somero, piano. 2025. Notice en anglais et en allemand. 76’ 18’’. Grand Piano GP964.

Hans Winterberg, le musicien oublié

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Hans Winterberg (1901 – 1991) : Trio pour clarinette, violoncelle et piano ; Suite pour violon et piano ; Suite pour trompette et piano n° 2 ; Dort und Hier, pour soprano et trio avec piano ; Suite pour clarinette en si bémol et piano ; Sudeten-Suite, pour violon, violoncelle et piano. Adele Bitter, violoncelle ; Holger Groschopp, piano ; Clemens Linder, violon ; Stephan Mörth, clarinette ; André Schoch, trompette ; Ania Vegry, soprano. 2023-2024. Livret en allemand et en anglais. 70'10. EDA Records EDA 053.

Transcriptions pianistiques

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La transcription se porte bien pour les pianistes. Après les quelques décennies de purisme exacerbé, à la fin du siècle dernier, où changer la destination première d’une œuvre était considéré comme un crime difficilement pardonnable, la raison et le penchant naturel des interprètes et des auditeurs ont fini par l’emporter. On n’efface pas d’un coup de mode une pratique séculaire. Difficile de dire à quand remonte la pratique de la transcription, plusieurs siècles sans aucun doute. La transcription pour clavier existait bien avant l’apparition du piano. Elle prend tout son essor au XIXe siècle et devient un moyen de diffusion des œuvres à succès, des œuvres pour large effectif et des extraits d’opéra. Liszt en est l’un des principaux pourvoyeurs. Dans son sillage, Busoni, Godowsky, Sauer, Rachmaninov, Kempff, Myra Hess ; transcriptions à leur propre usage, souvent des bis, repris par d’autres pianistes qui en ont fait des pièces de répertoire, l’exemple le plus fameux étant « Jésus que ma joie demeure » transcrit par Myra Hess et immortalisé par Dinu Lipatti.

Alexandre Tharaud s’inscrit en ligne directe dans cette généalogie, lui qui n’a pas hésité à jouer Rameau et Scarlatti au piano à une époque où il aurait pu être condamné pour urtextophobie aggravée. Et d’en rajouter une couche en publiant ses propres transcriptions d’œuvres de Bach (et d’autres), certaines déjà transcrites par ses prédécesseurs. L’Aria pour cordes de la Troisième Suite pour orchestre prend un tout autre caractère au piano. Il faut changer d’univers pour faire oublier le sostenuto des cordes, faire autre chose en gardant l’essentiel. Tout simplement changer de tonalité, jouer habilement avec les registres et enrichir les reprises d’habiles variations. Avec la Siciliana de la Sonate pour flûte, BWV 1031, la concurrence est rude, tant la transcription légendaire de Wilhelm Kempff sous les doigts de Dinu Lipatti reste présente dans les mémoires. Peu de différences, sauf à la reprise où à nouveau Alexandre Tharaud s’éloigne un peu du texte dans la tradition baroque, jamais deux fois la même chose. Autant de découvertes dans les extraits des passions ou une suite pour luth. Et, cerises sur le gâteau, deux pièces de Vivaldi transcrites par Bach, puis transcrites par Tharaud (Éditions Lemoine).