Mendelssohn par le Doric String Quartet

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Felix Mendelssohn (1809-1847). Quatuors à cordes, Vol. 2 : Quatuors n°2, Op. 13, n° 3; n° 3, 0p. 44,  n° 1,  n° 4, Op. 44 n° 2. Doric String Quartet (Alex Reddington et Ying Xue, violons; Hélène Clément, alto; John Myerscough, violoncelle). 2021. Texte de présentation en anglais, allemand et français-Chandos. CHAN 20257(2) 

Julian Kainrath, prix découverte des ICMA 2022

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Le violoniste Julian Kainrath a remporté, à seulement 17 ans, le Prix "Découverte" des International Classical Music Awards 2022.  A l’occasion du gala 2022 des ICMA, il interprètera l’Introduction et Rondo capriccioso de Saint-Saëns avec  l'Orchestre Philharmonique du Luxembourg dirigé par Ádám Fischer. Le jeune homme répond aux questions de notre confrère Nicola Cattò (Musica, Italie) 

Vous êtes né dans une zone frontalière, entre différentes langues (l'italien, l'allemand, et l'espagnol de votre mère bolivienne) et des cultures parfois éloignées. Comment avez-vous vécu ce fait ? Était-ce un enrichissement ou une difficulté ?

C'est vrai, ma mère est sud-américaine et je parle espagnol avec elle ; mon père est de Bolzano, à la frontière entre l'Autriche et l'Italie, et je parle allemand avec lui, tandis que mes parents utilisent l'italien entre eux ! Pour cette raison, je suis d'avis que toute approche d'autres cultures enrichit les artistes, les musiciens. Mais pas seulement, elle enrichit tout être humain. Chacun devrait s'intéresser aux cultures éloignées de la sienne. J'ai connu cette diversité depuis que je suis enfant, cela a toujours été quelque chose de naturel pour moi.

Dans quelle mesure vous sentez-vous plus autrichien ou d'Europe centrale, et dans quelle mesure êtes-vous italien ?

Cette question de l'identité est compliquée. Je n'ai pas le sentiment d'appartenir à une nation mais à un continent, l'Europe, et ce d'autant plus dans un moment aussi difficile que celui que nous vivons. Je me sens représenté par les valeurs européennes.

Vos deux parents sont des professionnels de la musique, vous avez donc grandi dans cet univers. Comment avez-vous choisi le violon ?

C'est ma mère qui me l'a suggéré, car c'était l'un des instruments les plus confortables à transporter ! Plus sérieusement, j'ai commencé à l'âge de six ans, et petit à petit, je me suis passionné pour cet instrument. J'ai surmonté des moments de doute, qui sont naturels et nécessaires, mais à 13-14 ans, j'ai compris qu'avec le violon je pouvais exprimer ce que j'ai en moi, et que ce serait mon métier.

Vous avez étudié avec Dora Schwarzberg, une représentante typique de l'école russe du violon. Que vous a-t-elle enseigné ?

J'ai commencé à travailler avec elle quand j'étais enfant, vers l'âge de neuf ans. J'ai appris d'elle un véritable amour de la musique, du jeu et du plaisir d'écouter. Elle organisait des concerts le soir chez elle, où je rencontrais des artistes, des musiciens, des peintres, des intellectuels, des jeunes gens talentueux : j'étais un enfant et je bénéficiais d'un privilège unique. Bien sûr, elle m'a donné beaucoup d'expérience technique et pédagogique, mais surtout elle m'a fait comprendre que la musique est une belle chose, pas une contrainte ou une imposition.

La sélection des concerts d’avril 2022

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Cette sélection commence à Luxembourg avec le gala des International Classical Music Award 2022. Un évènement exceptionnel avec pas moins de 2 orchestres, 6 chefs d’orchestres et 13 solistes sur la scène de la Philharmonie du Luxembourg. La liste des artistes et le détail du programme sont à consulter sur le site des International Classical Music Awards.

Un autre événement majeur de ce mois d’avril est la tournée de concert de Zoroastre de Rameau avec une équipe franco-belge de rêve : Véronique Gens, Jodie Devos, Gwendoline Blondeel, Reinoud Van Mechelen, Mathias Vidal, Tassis Christoyannis, David Witczak, Marine Lafdal-Franc, le  Chœur de Chambre de Namur, Les Ambassadeurs ~ La Grande Écurie sous la direction musicale d’Alexis Kossenko. C’est à Namur (24/04), à Anvers (28/04) et à Tourcoing (30/04). 

A Bruxelles, on retrouvera Jodie Devos en soliste d’un concert de l’Orchestre symphonique de La Monnaie sous la direction d’Alain Altinoglu, un concert qui mettra en relief les compositeurs belges Grétry et Pieter Van Maldere avec Mozart (15 avril 2022). 

L’Orchestre national de Lille invite le chef d’orchestre Louis Langrée pour 2 concerts à Lille (22/04) et Tourcoing (23/04) pour un programme alléchant : Webern, Berg et Brahms.

Paris 1900 : trompette, flûte et hautbois 

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Pierre 1900. L’art du cornet. Oeuvres de : Guillaume Balay (1871-1943), Gabriel Pares (1862-1934), Georges Hüe (1857-1948), Jules Charles Pennequin (1864-1914), Philippe Gaubert (1879-1941), Théo Charlier (1868-1944), Guy Ropartz (1864-1955), Fernand Andrieu (1863-1935), Joseph Colombo (1900-1973), Jean-Baptiste Arban (1825-1889). Eric Aubier, trompette. Laurent Wagschal, piano.  2020 et 2021. Livret en anglais et français. 63’56’’. INDE 152

Paris 1900. L’Art de la flûte.   Oeuvres de : Claude Debussy (1862-1918), Mel Bonis (1858-1937), Gabriel Fauré (1845-1924), Albert Roussel (1869-1937), Maurice Ravel (1875-1937), André Caplet (1878-1937), Cécile Chaminade (1857-1944). 2019. Vincent Lucas, flûte. Laurent Wagschal, piano. Livret en anglais et français. 79’12’’. INDE 153 

Paris 1900. L’art du hautbois. Oeuvres de Benjamin Godard (1849-1895), Camille Saint-Saëns (1835-1921), Paul Pierné (1874-1952), Pierre Onfroy de Bréville (1861-1949), Charles Koechlin (1867-1950), Louis Vierne (1870-1937), Philippe Gaubert (1879-1941), César Franck (1822-1890), Gabriel Fauré (1845-1924). Alexandre Gattet, hautbois ; Laurent Wagschal, piano. 2021. Livret en anglais et français. 64’52’’. INDE 155

Musique sacrée de Schütz : confrontée à la discographie, une intégrale qui fait date

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Die Gesamteinspielung. Heinrich Schütz (1585-1672) : Geistliche Chor-Musik 1648 ; Italienische Madrigals ; Musikalische Exequien ; Zwölf geistliche Gesänge ; Cantiones Sacrae ; Lukaspassion ; Die Sieben Worte Jesu Christi am Kreuz ; Kleine geistliche Konzerte I & II ; Psalmen Davids ; Auferstehungshistorie ; Weihnachshistorie ; Matthäuspassion ; Symphoniae Sacrae I-III ; Johannespassion ; Becker-Psalter ; Schwanengesang ; Madrigale ; Hochzeitsmusiken ; Psalmen ; Friedensmusiken. Hans-Christoph Rademann, Dresdner Kammerchor. Capella Sagittariana Dresden. The Sirius Viols. Dresdner Barockorchester. Etc. Livret en allemand, anglais. Pas de texte des paroles. Novembre 2006 à juillet 2018. 28 CDs TT 29h21’28. Carus Verlag CV 83.048

A Lausanne, un Onéguine défiant les conventions 

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En ce début avril, l’Opéra de Lausanne affiche pour quatre représentations l’Eugène Onéguine qui aurait dû ouvrir la saison 2020-2021. Eric Vigié, le directeur du théâtre, en avait conçu la mise en scène et les costumes en considérant chaque acte comme « un lent glissement vers l’inéluctable révolution sociale et politique qui débutera en mars 1905 et, faute de vraies réformes, aboutira au coup d’état bolchévique d’octobre 1917 ».

Aujourd’hui, avant que le rideau ne se lève, est projeté sur écran un message de soutien à l’Ukraine. Eric Vigié paraît à l’avant-scène en déclarant qu’il a décidé de ne pas modifier sa production élaborée il y a quatre ou cinq ans. Durant l’introduction symphonique défilent des séquences filmées de la Révolution d’octobre 1917. Puis apparaît le premier tableau : sous de beaux éclairages dus à Henri Merzeau, le décor de Gary McCann consiste en une plateforme entourée de panneaux coulissants avec une longue table, quatre chaises et une escarpolette à l’extrême droite. Vêtues d’un blanc immaculé, Madame Larina et ses deux filles, Tatyana et Olga, sont entourées par la nourrice Filipyevna et quelques serviteurs portant des tenues beiges comme les moissonneurs qui déposent trois motifs de paille à sujet religieux. Tandis que paraît une procession portant bannière, descend des cintres un dôme en bulbe qui semble peser sur l’assistance. La venue de Lensky et de son ami Onéguine amène Tatyana à s’isoler dans un pavillon délabré où elle écrira sa fameuse lettre que le destinataire lui restituera dans un geste d’une rare muflerie. Le deuxième acte nous plonge en pleine effervescence de rébellion. Le dôme se métamorphose en orifice de canon sur lequel se juche Tatyana en égérie, arborant un bien étrange bonnet phrygien. En ce qui concerne la Valse, la chorégraphie de Jean-Philippe Guilois se limite à sa plus simple expression en faisant tourbillonner une Olga totalement délurée avec la soldatesque bolchévique et Onéguine promu lieutenant. La pauvre Madame Larina, engoncée dans ses fourrures, sera même forcée à mener le cotillon avec deux ou trois soudards. Puis en présence d’un clerc, Lensky fera ses adieux à la vie, car le tirage au sort ne concédera qu’un seul pistolet à son adversaire qui tirera le coup mortel. Quant au dernier acte, il nous entraîne dans la salle d’apparat d’un Grémine devenu oligarque faisant face aux monumentales statues de Lénine et Staline dont le piédestal livrera passage à un petit rat sur pointes esquissant deux ou trois pirouettes sur le motif de la Polonaise. Le dénouement fera sortir quelques fêtards endormis, bousculés par un Onéguine éperdu, étreignant la roide Tatyana à la coupe garçonne, drapée dans un rouge éclatant, qui laissera les gardes emmener son soupirant éconduit, avant d’affronter son époux se dressant devant la porte comme un redoutable justicier.

Phaéton de Lully à l'opéra de Nice

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Événement à l'Opéra de Nice avec cette série de représentations de Phaéton de Jean-Baptiste Lully et de son librettiste Philippe Quinault. Le public est heureux de retrouver cette production tant attendue qui avait été victime en 2020 du premier confinement avec une seule représentation sur la scène de l’opéra azuréen. 

Cette oeuvre hybride de théâtre chanté, basée sur l'une des intrigues des Métamorphoses d'Ovide, narre le récit mythologique des aventures de Phaéton. Le sujet se prête bien à un spectacle total tant par son sujet que par sa signification politique :  une référence directe au sort de Nicolas Fouquet, le surintendant qui tomba en disgrâce et fut emprisonné par Louis XIV après une fête somptueuse, jugée outrancière par le roi. 

La mise en scène du danseur et chorégraphe Eric Oberdorff est étonnante et brillante : il fait danser les chanteurs aux côtés du corps de ballet et des acrobates. Une partie des chœurs est sur scène, l'autre est dans les premières loges. On est frappé par la plateforme tournante du décorateur Bruno de Lavenère. Au départ tout est sombre, on est dans le monde des ténèbres. Lentement on va vers la lumière et le soleil. Toute une symbolique brillamment habitée scéniquement. 

Si nuancé, si intense « Julie » de Philippe Boesmans à Nancy

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A l’Opéra de Nancy, c’est un public enthousiaste qui a manifesté son bonheur à l’issue de la représentation d’un opéra contemporain, Julie de Philippe Boesmans. Un opéra créé à La Monnaie en mars 2005 (certains de nos lecteurs s’en souviendront certainement) et inspiré de Mademoiselle Julie, une pièce d’August Strindberg, créée, elle, en 1889. 

Là-bas dans le Nord scandinave, une nuit de la Saint-Jean : Julie, la fille du Comte, descend aux cuisines. Au mépris des convenances, elle invite Jean, le domestique de son père, à danser, sans se soucier de la présence de la fiancée de celui-ci, Kristin, la cuisinière. Ils ont beaucoup bu, ils se font part de leurs rêves les plus secrets, ils font l’amour, ils vont, disent-ils, s’enfuir, aller ouvrir un hôtel en Suisse. Mais le jour se lève, qui les révèle tels qu’ils sont, en mépris de classe réciproque. Retour du Comte. Jean, qui répond servilement à ses appels, offre son rasoir à Julie. Elle se donne la mort. L’invitation à la danse s’est métamorphosée, pour reprendre un autre titre de Strindberg, en une « danse de mort ». 

La pièce de Strindberg porte un sous-titre : « tragédie naturaliste », que je mentionne parce que l’œuvre de Boesmans ainsi que sa mise en scène à l’Opéra de Nancy par Silvia Costa disent certes bien la tragédie, mais sont tout sauf naturalistes ! Le travail de composition de l’un et l’installation scénique de l’autre se caractérisent par une extrême délicatesse, un superbe sens des nuances qui enrichissent l’œuvre sans aucunement porter atteinte à sa force tragique, à son intensité. C’est absolument remarquable.

De l’opérette à l’opéra « Mignon » d’Ambroise Thomas  à Liège

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 A l’Opéra de Wallonie-Liège, Mignon d’Ambroise Thomas, dont nous avons assisté à la générale, confronte ses spectateurs à des atmosphères contrastées, d’abord légères comme celles d’une opérette, dramatiques ensuite comme dans un opéra. Si les voix sont tout aussi contrastées, elles sont très belles.

D’un point de vue historico-biographique, on retiendra de cette œuvre qu’elle a enfin offert reconnaissance, consécration et gloire tardives à son auteur -Ambroise Thomas avait cinquante ans quand il l’a composée et créée en 1866- et qu’elle est révélatrice des sinusoïdes des goûts lyriques : plus de 1000 représentations du vivant de son compositeur -un recor -, l’oubli ensuite. Elle n’est presque plus produite. Sa présence est bienvenue à l’Opéra de Wallonie-Liège. 

Mignon, c’est la relecture, en partie du moins, d’une œuvre de Goethe, les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister. Ce jeune homme, ému par le triste sort réservé à « un danseur », Mignon, le rachète à son histrion harceleur. Parallèlement, il est séduit par Philine, une comédienne-diva plutôt capricieuse. On va découvrir que Mignon est en réalité une belle jeune fille qu’un terrible destin n’a pas épargnée.