Leçons de Ténèbres. François Couperin (1668-1733) : Leçons de Ténèbres pour le Mercredi Saint. Motet pour le Jour de Pâques, Victoria Christo Resurgenti ! Michel Richard de Lalande (1657-1726) : Cantique Quatrième, Sur le Bonheur des Justes et le Malheur des Réprouvés. Sophie Junker, Florie Valiquette, sopranos. Lucile Boulanger, basse de viole. Alice Coquart, basse de violon. Pierre Rinderknecht, théorbe. Stéphane Fuget, direction, clavecin et orgue. Juin 2020. Livret en français, anglais, allemand. TT 60’06. CVS 034
Where Corals Lie. A Journey through Songs by Sir Edward Elgar (1857-1934) : Sea Pictures, op. 37 ; ‘Sieben Lieder’, extraits ; Two Songs, op. 60 ; Pleading, op. 48 ; The Muleteer’s Serenade ; The Self Banished ; Speak, Music!, op. 41 n° 2 ; After, op. 31 n° 1 ; In Moonlight ; When the spring comes round ; Pansies. Julia Sitkovetsky, soprano ; Christopher Glynn, piano. 2021. Notice en anglais, en allemand, en français. Textes des airs vocaux en anglais. 63.38. Chandos CHAN 20236.
Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Chorals Kirnberger BWV 698, 699, 701, 703, 704 ; Partite sopra O Gott, du frommer Gott BWV 767 ; Canzona en ré mineur BWV 588. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates en sol mineur, la mineur, la majeur Wq 70/6, 4, 1. Johann Christoph Bach (1642-1703) : Choräle zum Präembulieren : Ach Gott, vom Himmel sief darein ; Aus tiefer Not ; In dich hab’ich gehoffet Herr. Wilhelm Friedemann Bach (1710-1784) : Fugue en sol mineur, Fk 31/8. Ewa Rzetecka-Niewiadomska, orgue de l’évêché de Siedlce. Livret en polonais, anglais, allemand. Juillet 2019. TT 76’47. Dux 1608
Fanny Mendelssohn (1805-1847) : Quatuor à cordes en mi bémol majeur. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Quatuors à cordes en la mineur op. 13 et en fa mineur op. 80. Quatuor Takács. 2020. Notice en anglais, en français et en allemand. 75.16. Hyperion CDA68330.
50 ans ce n’est pas l’éternité, mais…
Un brin d’histoire.
En 1971, la Belgique se dotait de nouvelles institutions. Dans la foulée de la Communauté Culturelle Française comme s’appelait alors la Fédération Wallonie-Bruxelles, on créa le Festival de Wallonie.
Mais aussi…
Un nouveau label de musique classique naquit, Musique en Wallonie, dont la vocation a été dès le départ de valoriser le patrimoine musical de Wallonie, puis de Bruxelles.
Ce fut l’œuvre d’un notaire liégeois mélomane, Albert Jeghers. La programmation artistique était confiée à Carl De Nys, musicologue fameux, et les captations étaient régulièrement l’œuvre d’André Charlin, un magicien du son. Des partenariats furent noués avec Koch-Schwann, Philips, Astrée, Ricercar, Pavane, Cyprès. L’autonomie devint totale en 2000.
Le guitariste Pierre Bibault fait l’évènement avec un album intégralement consacré à Steve Reich publié chez Indesens. Crescendo Magazine rencontre ce musicien pour un entretien dédié à ce grand compositeur américain.
Vous consacrez un album entier à des pièces de Steve Reich. Comment avez-vous découvert ce compositeur ?
Je l’ai découvert sur le tard, je l’avoue, grâce à l’un de mes professeurs de musicologie à l’Université Paris 8, en 2003. Depuis, plus je l’écoute, plus je creuse, plus je suis impressionné par sa richesse. À bien des égards, je ne comprends pas qu’on ait pu qualifier sa musique de « minimaliste » ; bien au contraire, pour moi, c’est plutôt une musique « maximaliste ». Certes, le matériau musical de base, avec lequel Steve Reich compose, est minimal, mais la façon dont il le manie, et sans parler du résultat, est d’une richesse confondante, avec toutes ces couches sonores qui se superposent, légèrement décalées, selon des déphasages immédiats ou subreptices, faisant soudain émerger des rythmes, des textures…
Ce monstre sacré de la musique de notre temps vient de célébrer ses 85 ans. Alors que certaines musiques des avant-gardes de la seconde ½ du XXe siècle sonnent à nos oreilles de manière surannée et obsolète, la musique de Steve Reich continue de séduire toutes les générations. Qu’est-ce qui fait ce succès pour nos oreilles contemporaines, y compris les plus jeunes ?
Je pense que c’est lié à plusieurs facteurs. Tout d’abord, je crois, parce que les oreilles contemporaines sont intimement liées à l’enregistrement, ce que n’étaient pas -de fait- les oreilles des siècles précédents. Or, la première période musicale de Steve Reich l’est aussi, avec son œuvre phare Come Out, de 1966, qui est une mise en boucle de bande magnétique. Cette œuvre n’existe pas sans l’enregistrement. Et l’on remarque que c’est aussi le cas de nombreux genres actuels, dont l’enregistrement est le principal support de création, et par extension, d’existence. La musique électronique, avec par exemple la French touch, en est, il me semble, une bonne illustration.
Ensuite, peut-être parce que Steve Reich a réussi dans sa musique à préserver l’équilibre entre une musique de son, d’exploration sonore, et une musique de notes. L’oreille peut alors se raccrocher à l’un ou à l’autre de ces paramètres -parmi tant d’autres.
Enfin, je suis convaincu que c’est la place de l’interprète dans l’œuvre de Steve Reich qui transcende cet ensemble d’éléments. A la différence de la musique électronique actuelle que je citais à l’instant, où seule la machine est présente, Steve Reich confère encore une place centrale à l’instrumentiste. C’est une question extrêmement contemporaine, avec notamment les rapports entre l’Humain et la Machine, et par extension aujourd’hui l’Intelligence Artificielle, qui a été questionnée par Steve Reich dès le dernier quart du XXe siècle.
J’ai d’ailleurs voulu explorer ce concept au travers d’une nouvelle vidéo d’Electric Counterpoint, réalisée par Jean-Emmanuel Bibault (Post-Doc en A.I à l’Université de Stanford, en Californie), et dont les images ont été entièrement créées par une Intelligence Artificielle, exclusivement à partir de mots.
Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°1 en Ut mineur. Staatskapelle de Dresde, Christian Thielemann. 2017. Livret en allemand et anglais. 49’25’’. Profil PH 18083.
Steve Reich (*1936) : Nagoya Guitars (transcription de Nagoya Marimbas pour deux guitares par David Tanenbaum, en collaboration avec le compositeur) ; Electric Counterpoint for live guitar and tape; Electric Guitar Phase for live guitar and tape(transcription de Violin Phase par Dominic Frasca, en collaboration avec le compositeur) ; Clapping Music for two performers. Pierre Bibault, guitare. 2021. 42’58 ; Livret en français et anglais. 1 CD Inde 154.
FR2. Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Sonate en sol mineur (TWV 33). Cancionero d’Uppsala (1556) : Primus tonus, Quinto tono, Sexto tono. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Toccata & Fugue BWV 565. Ralph Vaughan Williams (1872-1958) : Suite for two pipes. Llibre Vermell de Montserrat (c1400) : Stella splendens. Cantigas de Santa Maria (c 1270) ; A que por mui gran Fremosura. Rhia Parker (*1987) : Cantigas I. Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Mus. Ms. 260 (c1540) : Agnus Dei (Pierre de la Rue, Antoine Brumel, Matheus Gascogne, anonyme). Glen Shannon (*1966) : Slingshot. Sören Sieg (*1966) : The Dervisch and the Devil. Giuseppe Sammartini(1695-1750) : Sonate Op 6/III. Stefan Franz (1785-c1850) : Grand Duo. Marc Mellits (*1966) : Black. Tom Beets, Joris Van Goethem, flûtes à bec. Août 2020. Livret en anglais, allemand, néerlandais, japonais. TT 70’52. SACD Aeolus AE-10316
On n’apprendra rien à personne en faisant observer que les organisateurs de concerts en Belgique ne se signalent que rarement par leur souci de mettre en valeur le patrimoine musical du Plat pays, ce qui est franchement regrettable d’autant plus que ce ne sont pas les (re)découvertes à faire qui manquent.
On n’en félicitera que davantage Alain Altinoglu d’avoir mis à l’affiche cette saison deux représentations en concert de De Kinderen der Zee (Les enfants de la mer), unique opéra du compositeur Lodewijk Mortelmans (1868-1952). Mortelmans travailla 15 ans à cette oeuvre pour laquelle il choisit de mettre en musique la pièce éponyme de Rafaël Verhulst, et qu’il mena à bien en août 1915 alors que la Première Guerre mondiale faisait rage. L’Opéra Royal flamand d’Anvers avait d’abord envisagé de créer cet opéra en 1918 en vue de marquer le vingt-cinquième anniversaire de l’institution. Mais les séquelles du conflit firent cependant que ces plans prirent du retard, de sorte que la première dut attendre jusque mars 1920. Si la critique musicale salua unanimement la musique, la mise en scène et les décors, elle se montra plus réservée sur certains interprètes mais surtout sur le livret, jugé assez faible et insuffisamment théâtral (nous y reviendrons). Il faut ajouter que la personnalité de l’auteur de la pièce n’était sans doute pas étrangère à certains jugements. (Rafaël Verhulst était en effet un personnage contesté. Fervent partisan de la cause flamande, il fut condamné à mort en 1920 pour collaboration avec l’ennemi : rédacteur en chef du journal Het Vlaamsche Nieuws, organe de l’activisme flamand, il siégea également au Raad van Vlaanderen -Conseil de Flandre-, parlement officieux constitué sous l’oeil bienveillant de l’occupant et qui proclama l’indépendance de la Flandre en 1917. L’intéressé s’étant réfugié aux Pays-Bas, la peine ne put être exécutée.) Très peiné par l’accueil de la critique et le fait que De Kinderen der Zee ne connut que sept représentations, Mortelmans décida d’interdire toute représentation scénique de l’oeuvre. Il en fit cependant entendre le troisième et dernier acte en concert à Anvers en 1924 et tira de l’opéra une suite orchestrale et vocale de 90 minutes exécutée à Anvers également en 1942.
C’est donc un public à l’affût de la découverte qui se pressait au Palais des Beaux-Arts pour entendre une oeuvre dont la partition avait pris la poussière pendant plus d’un siècle.