Vivifiants Concertos de Vivaldi et de Haydn par Le Concert de la Loge

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Le festival Les Musicales de Normandie existe depuis 2006. Pour sa vingtième édition, il propose cinquante concerts, pendant tout l’été, dans une trentaine de lieux parmi les plus caractéristiques du patrimoine architectural des départements de Seine-Maritime et de l’Eure (ex-Haute-Normandie). Sa programmation frappe par sa diversité, « du récital au grand orchestre ». La veille, c’était un récital solo. Cette fois, un orchestre (grand, il est vrai, plutôt par la qualité que par la quantité).

Le lieu, c’était la sublime Collégiale Notre-Dame d’Auffay à Val-de-Scie (76), et son immense nef gothique, qui dégage une sensation lumineuse et sereine qui se prêtait magnifiquement au programme proposé. 

Quant à l’orchestre, c’était Le Concert de la Loge, un ensemble à géométrie variable sur instruments d’époque qui est en train de prendre une place de tout premier plan dans le paysage français, voire international, de la musique dite « historiquement informée ». Il a été créé il y a dix ans maintenant, par le violoniste Julien Chauvin, pour faire revivre un ensemble de la fin du XVIIIe siècle qui avait été l’un des plus réputés en Europe : Le Concert de la Loge Olympique, du nom d’une loge maçonnique. Malheureusement, notre ensemble contemporain a dû renoncer au mot « Olympique » dans son titre pour des questions juridiques de risque de confusion avec certaines instances sportives.

Pour ce concert, il était en petite formation : un seul instrument à cordes par partie et clavecin (ainsi que deux hautbois et deux cors pour l’une des œuvres). Le programme était composé exclusivement de concertos, avec deux compositeurs : Antonio Vivaldi et Joseph Haydn.

Pour commencer, du premier, deux concertos pour deux violons : le très célèbre en la mineur, RV 522, et le plus confidentiel (malgré ses atouts certains, et notamment son final explosif) en sol mineur, RV 517. En solistes, Julien Chauvin bien sûr, et Roxana Rastegar, qui forment un duo très homogène, tout en ayant chacun leurs propres choix d’ornements. C’est un Vivaldi résolument ensoleillé qu’ils nous proposent, sans effets pittoresques ni excès de dynamiques, mais avec une belle variété dans les attaques de notes, ce qui fait souvent tout le sel de cette musique tellement pétillante. Ils ne craignent pas un certain lyrisme, et jouent à merveille de l’excellente acoustique du lieu.

Place à Haydn, le compositeur associé à cet ensemble, dans la mesure où c’est Le Concert de la Loge Olympique qui lui avait commandé les Six Symphonies dites « parisiennes » en 1785. Elles ont donné lieu aux premiers enregistrements de son successeur (sur plusieurs années, et selon une formule originale : une symphonie par album, couplée avec des œuvres contemporaines parisiennes, peu connues, pour quatre d’entres elles ; un double album avec le Stabat Mater, également composé à Paris, pour les deux autres). C’est dire si Haydn est au cœur des préoccupations musicales du Concert de la Loge (Vivaldi, du reste, en fait également partie, puisque l’ensemble a consacré trois albums à ses concertos pour violon – dont les incontournables Quatre Saisons).

Éric-Maria Couturier et Jean-Sébastien Bach en leurs jardins, au gré du vent

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Le festival Les Musicales de Normandie existe depuis 2006. Pour sa vingtième édition, il propose cinquante concerts, pendant tout l’été, dans une trentaine de lieux parmi les plus caractéristiques du patrimoine architectural des départements de Seine-Maritime et de l’Eure (ex-Haute-Normandie). Sa programmation frappe par sa diversité.

Son deuxième concert, inclassable, l’illustre bien. Son titre : « Les sept préludes ». Le site du festival nous explique qu’il s’agit « d’un programme musical original, en écho de la montagne de la Sainte-Baume et de la légende provençale qui dit que Marie-Madeleine vécut dans une grotte, au cœur d’une forêt ancestrale, d’où elle était élevée sept fois par jour par les anges pour rejoindre son bien-aimé ». Puis il précise : « Chevauchées par les six préludes des célèbres Suites de J.S. Bach, des improvisations préfigurent alors un septième Prélude, imaginé et joué dans l’instant par le violoncelliste Éric-Maria Couturier, comme un couronnement final. L’interprétation est unique et différente à chaque représentation parce qu’elle entre en résonance avec le lieu. » 

En cette matinée (le concert avait lieu à 11 h), ce lieu était le Jardin d’art Terre d’Accord à La Chapelle-sur-Dun (76), un domaine botanique où sont disséminées les sculptures épurées et apaisantes de Robert Arnoux. Un lieu particulièrement inspirant, donc. Par un temps instable, une bâche avait été installée pour protéger d’une éventuelle pluie. Le public, venu nombreux, y tient à peine. Derrière Éric-Maria Couturier, seul sur scène avec son violoncelle et son dispositif d’amplification, notre vue pouvait se perdre sur de nombreuses espèces d’arbres, parmi lesquelles, tout au fond, une rangée d’immenses peupliers.

Quant aux improvisations, et aux Préludes des Suites de Bach, le principe était simple : celui de l’alternance, chaque Prélude étant précédé d’une improvisation, telle un prélude au Prélude

À Bayreuth, des Meistersinger figuratifs et bicéphales

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Ni huées ni vrai triomphe pour la nouvelle production des Maîtres Chanteurs signée par Matthias Davids, alors que Daniele Gatti retrouve la fosse du Festpielhaus.

Une question frémissait sur les lèvres de moult habitués du Festival en ce soir de première, comment succéder au bijou de relecture qu’avait offert Barrie Kosky en 2017 ? La réponse que beaucoup pressentaient fut donc bien d’en prendre le contrepied. Si Matthias Davids compte à son pedigree plusieurs mises en scènes lyriques, le cœur de son expertise demeure toutefois la comédie musicale, genre jusqu’ici peu réputé pour ses multiples niveaux de lectures et son goût de la revisite. Ainsi que le dira l’intéressé lui-même, fournir une analyse de la vie et/ou de l’idéologie wagnérienne ne l’intéresse pas. Seul compte donc pour lui le livret comique écrit par Wagner. Avec un accent mis sur les ambivalences des personnages. Ainsi, guère de folie ici, si ce n’est une entorse notable au livret à la toute fin de l’ultime aria d’Hans Sachs, durant lequel Walther refuse finalement le titre de Meistersinger à l’initiative d’Eva avant de s’enfuir avec elle.

Quelle place donc pour la querelle entre traditionalisme et créativité individuelle ? Le premier tableau en aura certainement effrayé plus d’un avec un Walther von Stolzing en tenue moderne face à une procession intégralement vêtue à la mode calviniste sauce 19ème siècle, tout en nuances de gris. Fort heureusement le manichéisme sera par la suite moins crasse. Ce qui surprendra surtout dans la proposition visuelle de Davids est l’alternance entre des décors à mi-chemin entre l’expressionnisme allemand et les cartoons américains des années 50 -escalier menant à l’église tout en perspective forcée pour la première scène du premier acte, ville de Nuremberg avec ces maisons sens dessus dessous dans le second acte- et les tableau nettement plus figuratifs -intérieurs de l’église dans le reste du premier acte aux allures d’amphithéâtre bavarois, échoppe d’Hans Sachs durant les 4 premières scènes du troisième acte . C’est finalement le kitsch qui l’emporte in fine dans des célébrations de la Saint-Jean au raffinement bien bavarois, avec un double supplément feria basquaise et midsommar suédois ; durant lesquelles une vache gonflable géante, supposée souligner l’absurdité du concept de devoir épouser le vainqueur d’un concours de chant- trône au-dessus du plateau. Notons également une fort bonne utilisation des passages instrumentaux aux fins comiques, notamment lors de l’arrivée de Beckmesser dans l’échoppe d’Hans Sachs.

Quatre compositrices pour le violon de l’Américain Philippe Quint

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Milestones. Lera Auerbach (°1973) : Concerto pour violon et orchestre n° 1. Errollyn Wallen (°1958) : Concerto pour violon et orchestre. Lora Kvint (°1953) : « Odyssey », Rhapsodie pour violon et piano. Florence Price (1887-1953) : Adoration. Philippe Quint, violon ; Royal Scottish National Orchestra, direction et piano Andrew Litton. 2024. Notice en anglais. 62’ 27’’. Pentatone PTC 5187 408.   

Les françaises de Bayreuth

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Le temple wagnérien a beau être un bastion germanique, il n’est pas rare pour autant de croiser certaines figures hexagonales sur la Colline verte. Dans la fosse, au pupitre ou encore au parterre, rencontre avec trois d’entre elles.

Que fais-tu la vie ?

Nathalie Stutzmann, je suis chef d’orchestre.

Comment as-tu découvert Wagner ?

Les premiers souvenirs que j’ai remontent à mon enfance. Mon père chantait l’un des Meistersinger (ndlr : Maître chanteur dans Les Maîtres chanteurs de Nuremberg). Je suis tombée totalement amoureuse de tous ces airs. Puis ce fut Tristan und Isolde dirigé par Kleiber, dont on m’avait offert le CD. Ma mère étudia ensuite le rôle de Senta. Le goût étant là, j’ai ensuite exploré le reste. À 18 ans, je suis sélectionnée à l’Académie des jeunes de Bayreuth, j’ai ensuite passé l’été 83 là-bas. Nous avions accès à la galerie tout en haut de l’auditorium, et c’est alors que je découvre l’acoustique si particulière du Festspielhaus. Puis, à 21 ans, je rentre à l’école de l’Opéra de Paris, où j’ai la chance d’étudier avec l’immense wagnérien Hans Hotter  tout le répertoire du lied allemand, ainsi que la poésie avec Lou Bruder, qui était le mari de Régine Crespin lors de ses débuts à Bayreuth .  

Quaimes-tu particulièrement à son sujet ?

Tout ! Lorsque l’on tombe amoureux de son œuvre, c’est tellement envoûtant et différent, que cela en devient presque comme un poison. Cet univers est si particulier que, si l’on y est pris, on n’en sort plus. En tant que chef, c’est d’autant plus un régal que tout part de l’orchestre chez Wagner ; l’orchestration est la source de toute l’architecture musicale, et les chanteurs n’ont finalement qu’à se poser sur la structure orchestrale. 

La musique wagnérienne est d’une richesse et d’une complexité qui nourrit toute une vie et  pour jouir pleinement de son génie, je recommande une certaine préparation à l’œuvre, l’étude des leitmotiv et légendes nordiques apporte beaucoup.

Depuis quand viens-tu à Bayreuth ?

Je suis venue pour la première fois à 18 ans, et je n’y suis revenue ensuite qu’en tant que chef en 2023. L’émotion fut alors d’autant plus grande que j’en rêvais depuis très longtemps et que je n’étais jamais venue en tant que chanteuse.

Comment es-tu arrivée au Festival ?

Par un courriel de Katharina Wagner, qui m’a proposé de diriger la production de Tannhäuser en 2023. J’étais tellement heureuse que je n’en ai pas dormi pendant deux jours !

Une anecdote sur le Festival ?

Difficile de choisir. Je me souviens de ma première entrée en fosse d’orchestre, avec ce tabouret mythique où tous ces immenses chefs se sont assis. C’était lors de la première scène orchestre, avec assez peu de temps de répétition avant la première car il y avait 8 opéras à répéter pendant la période du festival ! et l’acoustique du Festspielhaus à dompter. Il y a aussi les queues à la cantine où tout le monde se côtoie, chefs, chanteurs, musiciens choristes, généralement autour d’une saucisse / frite pendant les répétitions et même pendant les spectacles !

Toujours au début du festival, je me souviens aussi de marcher dans le fameux couloir qui mène à la fosse d’orchestre avec le portrait de toutes ces idoles que l’on a eues… pour finalement voir sa propre photo à la fin du couloir. Alors, l’on se dit que l’on a réussi quelque chose.

Je me souviens également de la première de Tannhäuser l’année dernière : lors du premier acte, il y a eu un petit problème technique avec la voiture sur le plateau, une vieille Citroën, qui ne s’est pas arrêtée et a continué sa course jusqu’à la trappe du souffleur, à quelques dizaines de centimètres de la fosse ! Sur le moment, l’on voit sa vie défiler devant ses yeux, mais l’on continue de diriger. Il ne fallait rien montrer à l' orchestre pour éviter tout chaos. Une fois la frayeur passée, ma crainte était d’avoir des remarques sur le fait qu’il s’agissait d’une voiture française !

Bayreuth : l'âge d'or d'un festival en coffret Decca Eloquence

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Bayreuth Festival – Richard Wagner Edition. Richard Wagner (1813-1883) : Parsifal (1951 et 1967) - Lohengrin - Der Fliegende Holländer Tannhäuser - Die Meistersinger von Nürnberg. Solistes, chœurs et orchestre du Festival de Bayreuth, direction : Hans Knappertsbusch, Joseph Keilberth,  Wolfgang Sawallisch, Karl Böhm, Silvio Varviso.1951-1974. Livret en anglais. 25 CD 4847580   

Une invitation amicale dans la datcha de Chostakovitch

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La datcha de Chosta. Arvo Pärt (°1935) : Fratres, version pour alto et piano. Anne Martin (°1969) : Cette colline - Hommage à Fiodor Droujinine. Jean-Paul Dessy (°1963) : DSCH - In Memoriam Dmitri SCHostakovitch. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Sonate pour alto et piano op. 147 ; Impromptu pour alto et piano op. 33. Maxime Desert, alto ; Mariane Marchal, piano. 2024. Notice en français et en anglais. 68’. Paraty 2025003.