Panorama symphonique de Ginastera

par volcanic eruption creative writing

Alberto Ginastera
(1916-1983)
Obertura para el Fausto Criollo, Op9 - Variaciones Concertantes, Op.23 - Ollantay (A symphonic Triptych) - Bomarzo, Op.34, Opera Suite. 
Maria Isabel Segarra, soprano. Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz, Karl-Heinz Steffens.
2015-DDD--65’28-Notice de présentation en anglais et allemand-Capriccio C5244

Ancien clarinettiste solo du Berliner Philharmoniker, le chef Karl-Heinz Steffens s’affirme comme une baguette aux choix discographiques exemplaires. Au pupitre de sa Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz, il mène, pour le label Capriccio, un travail intitulé « Moderntimes » et centré sur l’exploration de compositeurs du XXe siècle. Après Bernd Alois Zimmermann, Luigi Dallapiccola et Henri Dutilleux, voilà le temps d’Alberto Ginastera dont on célèbre, en 2016, le Centenaire de la naissance.
Le chef offre ainsi un panorama fidèle de l’évolution symphonique du compositeur : de la courte Ouverture pour le Faust créole à la suite tirée de l’opéra Bomarzo dont c’est ici le premier enregistrement mondial.
Les trois premières œuvres du disque témoignent du symphonisme brillant du compositeur, en particulier dans les Variations concertantes, sorte de concerto pour orchestre affûté et séduisant. Dans ces partitions, Karl-Heinz Steffens met en avant une modernité orchestrale expurgée de toutes références pittoresques ou naturalistes. Le triptyque Ollantay, inspiré des légendes précolombiennes, impose une radicalité des timbres que l’on ne lui connaissait pas. Quant à l’interprétation des Variations concertantes, elle rivalise presque avec l’enregistrement légendaire d’Antal Dorati (Mercury) par sa rigueur et sa précision.
D’une durée d’une demi-heure, la suite tirée de Bomarzo occupe la plus large part du disque. Composé sur un livret de l’écrivain argentin Manuel Mujica Lainez, cet opéra narre la vie de Pier Francesco Orsini, duc de Bomarzo en insistant sur ses nombreuses débauches. L’œuvre devait être créée en 1967 au Teatro Colon de Buenos Aires, mais le Président argentin Juan Carlos Ongania fit barrage au projet, choqué par les allusions sexuelles de la partition. Bomarzo fut finalement donné, en 1967, à Washington. Ginastera en tira, en 1970, une suite pour soprano et orchestre. Cette œuvre témoigne du néo-expressionisme du compositeur : utilisant le dodécaphonisme, la micro-tonalité et la musique aléatoire, la partition présente également des mélodies écrites dans un style tonal simple. Très dense et touffue, cette oeuvre sollicite l’auditeur par sa force dramatique et musicale assez difficile à cerner. Il faut particulièrement saluer la prestation de la soprano Maria Isabel Segarra et de l’orchestre allemand.
Si l’on apprécie l’intelligence éditoriale et la qualité interprétative des artistes, ce disque est plutôt à réserver aux explorateurs du XXe siècle musical ou aux fans de l’œuvre de Ginastera.
Pierre-Jean Tribot

Son 8 – Livret 8 – Répertoire 8 – Interprétation 9

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