Quand Chailly et le Gewandhaus revisitent Brahms !

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JOKERJohannes BRAHMS (1833 - 1897)
Symphonie n°1 en do mineur op. 68 - Symphonie n°3 en fa majeur op. 90 - Symphonie n°2 en ré majeur op. 73 - Symphonie n°4 en mi mineur op. 98 - Tragic Ouverture op. 81 - Intermezzo op. 116 n°4 orch. Paul Klengel - Intermezzo op. 117 n°1 orch. Paul Klengel - Variations sur un thème de Haydn op. 56a - Liebeslieder-Walzer extraites de l'op. 52 et 65 (sélectionnées et orchestrées par Brahms) - Andante de la Symphonie n°1 op. 68 (première version lors de la création de la symphonie) - Academic Festival Overture op. 80 - Hungarian Dances orch. Brahms. 
Gewandhausorchester Leipzig, dir.: Riccardo Chailly
2013-DDD-3 CD : 78'17''-79'-76'47''-Textes de présentation en anglais, allemand, français, italien-Decca 478 5344

On sait combien l'ombre de Beethoven intimidait le Hambourgeois, viennois d'adoption. Ce n'est que sur le tard qu'il osa s'attaquer à la Symphonie, il était presque trentenaire. La 1ère fut en gestation pendant quatorze ans (1862-1876) et puis, en huit années, il composa les trois suivantes, leur imposant son style propre. Riccardo Chailly connaît son Brahms, ce dont témoignent ses enregistrements avec le Concergebouw d'Amsterdam, chez Decca également. Après le remarquable enregistrement de ses concertos pour piano avec Nelson Freire, il revient aux symphonies avec l'orchestre du Gewandhaus de Leipzig, grand défenseur de l'oeuvre du compositeur, détenteur d'une longue tradition. C'est bien celle-ci que le chef italien tient à revisiter : "remettre en question les ajouts d'un siècle qui ont donné aux partitions une beauté et une grande profondeur, mais les ont aussi recouvertes d'ombre". Chailly analyse celles-ci en profondeur, en remodèle la structure, établit les liens qui unissent les diverses cellules, les mouvements entre eux, dépouille les phrases de leur pathos, allège les pupitres, aère l'ensemble et cela "sonne" merveilleusement. Comme pour se conforter dans son idée de l'interprétation de Brahms, Chailly revient à Felix Weingartner qui reçut les louanges du compositeur lorsqu'il dirigea sa 2e Symphonie avec le Philharmonique de Berlin pour ses débuts viennois en 1896 -notons que les enregistrements de Weingartner avec le London Symphony Orchestre sont toujours disponibles sous le label EMI. On retrouve ici "l'essence des oeuvres" dit Chailly. N'hésitez donc pas à écouter ces CD, écoutez cette unité organique des tempi qui, a priori, sembleraient souvent trop rapides mais qui prennent sens, écoutez la finesse de l'harmonie qui sonne si nette, le dosage des pupitres qui s'entrecroisent sans jamais s'étouffer l'un l'autre, écoutez encore la netteté des pizzicati, les couleurs qui se tissent, la fraîcheur qui émane de la musique de Brahms coulée dans un flux continu. Et le dramatisme, me direz-vous? Il est bien là, dans la noble tension intérieure qui habite le chef et le superbe Gewandhaus à l'écoute. En guise de multiples "bis", un troisième CD avec, notamment, deux Intermezzi pour piano orchestrés par Paul Klenger, le frère de Julius, légendaire violoncelle solo de l'orchestre; pas indispensables à vrai dire. Mais par ailleurs, la première version de l'Andante de la 1ère Symphonie reconstituée et qu'il est intéressant de comparer avec la version définitive, ainsi que les magnifiques Variations sur un thème de Haydn, l'Ouverture pour un festival académique, les Danses hongroises, l'Ouverture tragique et un choix de Liebeslieder Walzer. Vraiment, on est gâtés !
Bernadette Beyne

Son 9 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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