Retrouver les débuts de Leïla Ka
Après avoir découvert la chorégraphe et danseuse Leïla Ka avec sa pièce Maldonne, spectacle au succès incontesté, nous remontons ce soir à ses débuts avec le solo Pode Ser et le duo C’est toi qu’on adore, ses deux premières pièces.
Commencerons par parler de Pode Ser créé en premier en 2018 qui est la deuxième pièce dans le déroulé de la soirée à la Maison des Métallos.
Dans ce solo de 17 minutes, tout est déjà parfaitement réflechi : la lumière se dessine en cercle comme un ring où apparait une femme en robe de tulle rose, parfait stéréotype de la jeune fille sage. Très vite elle se dévoile en guerrière, ses coudes sont joints, ses poings serrés, dans une posture cherchant le combat. Sur la musique, elle joue avec sa robe légère tout en s’accrochant à ses bretelles, lançant des coups avec ses coudes anguleux, faisant trembler tout son corps.
Puis d’un coup la musique devient bruitage : armes à feu, claque ? on ne sait pas vraiment. Un abat jour tombe brusquement du ciel et le pantalon noir sous sa robe et ses baskets se révèlent à nos yeux. Cette deuxième partie surprend autant que la première. Dès qu’un mouvement plus rond, plus doux, plus lent est esquissé, il s'arrête net. Le bruit d’une arme répond aux mouvements secs et précis de son bassin.
Le grésillement dans nos oreilles s'arrête, le silence s'installe dans la salle, le public est ému, avant d’acclamer la danseuse.
C’est toi qu’on adore, duo d’une petite demie heure créé en 2020, ouvre la soirée.
Deux femmes, côte à côte entament une phrase chorégraphique puissante : coup dans l’air, fente, chute au sol rattrapée de peu… Ce court extrait sera dansé tantôt sur la suite n°4 en ré mineur de Haendel interprété au clavecin ou aux tambours, parfois en silence. Cette déclinaison du thème principal avec différents instruments sur laquelle la même chorégraphie se répète, accentue le propos de la pièce : un enfermement dans le cycle des violences.
La respiration audible, saccadée des danseuses, que l’on retrouvera plus tard dans Maldonne, ne semble pas ici représenter l'essoufflement des pleurs mais bien la lutte pour échapper aux coups qu’on imagine pleuvoir de tout côté. Au sol, les femmes marchent à reculons pour fuir les violences. Les chutes chorégraphiques sont sans retenue mais avec une certaine lenteur, ce qui permet au public d’anticiper la douleur du contact avec le sol. Les tourbillons sont nombreux : tantôt au sol où les femmes se roulent par terre allant d’un bout à l’autre de la scène, tantôt debout sous forme de déboulé plus classique.
Comme une prémisse de Maldonne on retrouve également une partie où les danseuses nous font face, avec des mouvements du haut du corps saccadés, très précis et répétés à une vitesse folle. Les visages des deux interprètes, marqués par une souffrance ostensible, redoublent celle exprimée par leurs corps.
A la fin, le public expire d’un même souffle, comme si, avec les danseuses, il avait retenu sa respiration pendant toute la pièce.
Paris, Maison des Métallos, 28 mars
Crédits phtotographiques : Laurent Philippe



