Sigismondi, une seconde vie

par

Gioachino Rossini (1792-1868) : Sigismondo, opéra en deux actes. Sigismondo, Margarita Gritskova – Aldimira, Maria Aleida – Ladislao, Kenneth TarverUlderico/Zenovito, Marcell BakonyiAnagilda, Paula Sánchez-Valverde Radoski, César Arrieta. Camerata Bach Choir, Poznan, Virtuosi Brunensis - Antonino Fogliani, direction. 2017-DDD-2 CD (70’27/78’45)-Textes de présentation en anglais et allemand-Naxos-8.660403-04.

Assurément, Naxos tente combler le vide de la discographie consacrée à certains ouvrages de Rossini qui ne bénéficient pas, pour diverses raisons, du même rayonnement que d’autres régulièrement joués et enregistrés. Car le compositeur de l’infatigable Barbier ou de la Petite messe solennelle, considéré comme l’un des plus grands génies de l’art lyrique, est à la tête de pas moins de 39 opéras dont quelques titres nous sont bien connus : La Cenerentola, Guillaume Tell ou encore L’Italienne à Alger. De véritables chefs-d’œuvre, incontestablement, qui ne font guère la place à d’autres. Naxos répare cette injustice en faisant paraître ces pages sous diverses belles et intelligentes productions : L’occasione fa il ladro, Le siège de Corinthe et ici Sigismondo sous la direction éclairée d’Antonino Fogliani.

Créé à La Fenice en 1814, Sigismondo n’a jamais obtenu le succès escompté alors que Rossini use de nombreux morceaux entiers dans certains opéras ultérieurs. Les raisons de cet échec ? Un livret confus et mal structuré de Giuseppe Foppa qui pourtant, tenant compte des nombreux succès obtenus dans les plus grandes capitales européennes, n’en était pas à ses débuts dans le domaine. En deux actes, l’opéra narre l’histoire du Sigismondo, roi fictif de Pologne, et de son épouse prétendue infidèle (Aldimira). Le récit retracera les contours de cette histoire sournoise commanditée par Ladislao, premier ministre jaloux, cupide et amer du refus catégorique d’Aldimira à ses avances.

Après une ouverture dynamique, de nombreux airs et ensembles, tous caractéristiques de l’écriture rossinienne, se succèdent naturellement. Un habile jeu de contrastes, d’effets dynamiques et de surprises rythmiques et harmoniques embrasent le texte de Foppa. Car si le texte est pauvre, la musique de Rossini, toujours élégante et imaginative, vient sauver la situation. Dans le rôle-titre, la mezzo russe Margarité Gritskova (rôle travesti) nous gratifie d’une voix chaude et généreuse au timbre idéal pour ce répertoire. Elle forme avec l’Aldimira de la soprano Maria Aleida, révélation ici par son timbre somptueux et ses graves séduisants, un duo d’une rare homogénéité. Les voix s’épousent dans le récitatif et duo « Ella ricusa ? – Perché obbedir disdegni ? » avec une telle aisance qu’elles captent l’attention de l’auditeur dès les premiers instants.

Dans le rôle de Ladislao, le ténor Kenneth Tarver expose une voix très claire, une prononciation parfaite de l’italien et un sens dramatique naturel de la ligne. La soprano Paula Sánchez-Valverde (Anagilda) se distingue par un vibrato plus large et une belle conviction du personnage qui mettent en valeur ses choix esthétiques. La basse Marcelle Bakonyi tient les rôles d’Ulderico et Zenovito : une voix noble, majestueuse, le tout avec un timbre très épuré, enlevant de fait toute lourdeur inutile. A la direction musicale, Antonino Fogliani relève, révèle et galvanise toutes les qualités du matériau musical dans des tempi allants (édition critique de Paolo Pinamonti, Fondazione Rossini). Il sublime la voix par un accompagnement subtil appuyant chaque couleur dramatique du texte. Le jeu des Virtuosi Brunensis est vif et coloré. La Camerata Bach Choir complète cette ravissante distribution par un ensemble homogène et clair. Soulignons enfin le pianoforte délicat et imaginatif de Michele d’Elia, assistant à la direction musicale.
Un répertoire ingrat pour la voix qui se joue ici de prouesses techniques mais aussi et surtout esthétiques.

A découvrir !

Son : 9 – Livret : 10 – Répertoire : 10 – Interprétation : 9

Ayrton Desimpelaere

 

 

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