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Le Prince Igor triomphe de l’Apocalypse soviétique

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Le chef-d’œuvre de Borodine s’inspire d’un poème épique de la fin du XIIe siècle relatant la lutte d’un peuple occupant une partie de l’actuelle Ukraine contre des envahisseurs polovstsiens (turcophones venus du Kazakhstan) précédant les grandes invasions mongoles et tatares. La mise en scène englobe l’épopée médiévale, la confrontation Orient – Occident et l’histoire récente. En les dénudant « à l’os », elle laisse tout l’espace à l’émotion musicale tandis que les héros prennent une envergure symbolique, sacrificielle, voire mystique. Le tout passe par une vision sans complaisance, cruellement réaliste, de l’histoire russe. Le recours à des stéréotypes « compris par tous » (treillis, kalachnikov, béton et autoroute) relève de l’ironie car, en réalité, leur insignifiance délibérée permet de pénétrer sans obstacle contingent au cœur de la condition humaine, en ses ultimes retranchements. 

Au fil des quatre actes (version 1890 -le III étant curieusement remplacé par l’Ouverture, occasion d’une salve d’applaudissements pour l’orchestre, et le second Monologue d’Igor orchestré tout aussi efficacement par Pavel Smelkov étant intégré à l’acte IV), le processus de déchéance remonte inexorablement le cours du temps. La cathédrale d’or surmontée d’une croix laisse place à la dépravation de l’oligarchie mafieuse des années 1990 -excellente composition du Prince jouisseur Galitski (Dmitry Ulyanov)- puis aux geôles staliniennes pour conclure avec la vision d’une populace décervelée couronnant un bouffon. Ce sera à l’épouse aimante (magnifique figure de femme) d’offrir la rédemption au héros avant qu’ils ne s’effacent dans la « perspective perdue » d’une autoroute vide.

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Dans son exploration des mythes, le festival de Salzbourg ne s’est pas limité au grand répertoire dramatique et lyrique avec des œuvres comme Médée de Cherubini ou Œdipe d’Enescu. Il y a bien sûr aussi Jacques Offenbach qui s’est laissé inspirer par le monde antique. Et puisqu’en 2019, on commémore son 200e anniversaire, son opéra-bouffe Orphée aux Enfers était programmé dans une mise en scène du metteur en scène australien Barrie Kosky, directeur du Komische Oper Berlin, un artiste d’une grande imagination et d’une belle virtuosité. On avait annoncé la version originale en français avec les dialogues parlés en allemand. Finalement, tous les dialogues étaient confiés à l’acteur Max Hopp qui interprétait aussi le rôle de John Styx. Max Hopp a rempli cette tâche avec une grande et admirable virtuosité mais le public devait être aux aguets pour suivre le tourbillon imaginé par Barrie Kosky.

Un West-Side Story trop classique de Barrie Kosky au Komische Oper

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Créée en 2013, cette production du chef d’œuvre de Leonard Bernstein était très attendue. En effet, le Directeur Artistique maison (Intendent) de la Komische Oper Berlin est un des grands noms actuels de la mise en scène lyrique. On l’avait remarqué notamment dans ses opéras et oratorios baroques :  Saul à Glydebourne en 2015, et deux opéras de Rameau à Dijon Castor et Pollux en 2014 et des Boréades toutes récentes en Mars dernier. Place aujourd’hui au « musical » West-Side Story, qui est avant tout un chef d’œuvre du XXe siècle, un vrai de vrai.

La scène s’ouvre sur un plateau vide, où les Jets et les Sharks s’affrontent autour d'un ballon de basket. Le théâtre est comme mis en abîme, puisque l’on aperçoit en fond de scène des éléments de machinerie mis à nus. Cet aspect brut colle bien avec ce que Kosky développe dans certaines de ses interviews : Ce dernier n’est pas dans l’optique de réinventer le théâtre, mais de le transcender lui-même, d’en faire sentir la chair et le sang. Il y a en effet un côté brut, animal, dans cette version du West-Side de Bernstein et Sondheim, donné notamment grâce aux muscles saillants et aux tatouages des Sharks. L'onirisime pointe aussi, au moment où des dizaines de boules à facettes descendent sur scène lors du Mambo, mais illuminant surtout le Cha-Cha qui suit, figurant la rencontre entre Maria et Tony.

Une Armide sombre, dramatique

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© Monika Rittershaus

Armide occupe une place particulière dans l’oeuvre de Gluck. Opéra atypique? Oui, certes. Il est tout d’abord le seul dont la trame ne soit pas mythologique, s’inspirant du merveilleux chrétien de la Jérusalem délivrée du Tasse. Ensuite, cette trame est construite sur un livret datant du siècle précédent : Gluck, en effet, dans un superbe défi (1777), a repris le vieux livret de Quinault pour l’Armide de Lully (1686), geste assurément unique dans l’histoire du théâtre lyrique.