Mots-clé : Nicola Alaimo

A Genève, l’esbroufe de Nabucco  

par

Spectateur, toi qui viens de voir Nabucco au Grand-Théâtre de Genève, qu’as-tu compris ? Mets-toi dans l’idée qu’un livret d’opéra écrit par l’obscur Solera vers 1840 n’a aucun intérêt, même s’il s’inspire de la Bible. C’est ce que semble nous dire Christiane Jatahy, metteur (metteuse ?) en scène brésilienne, flanquée de son scénographe Thomas Walgrave. Et d’ajouter : Perçois l’effet saisissant que produit le gigantesque miroir incliné surplombant le plateau et reflétant la salle. Du reste, pourquoi ne pas infiltrer dans les rangs du public plusieurs de ces malheureux choristes vêtus par An D’Huys des invendus d’un prêt-à-porter, peu importe qu’ils représentent un hébreu désespéré ou un soudard assyrien ? Et le chef, Antonino Fogliani, aura beau s’agiter en tous sens, il ne pourra éviter les décalages entre la fosse où œuvre l’Orchestre de la Suisse romande et la scène envahie par le Chœur du Grand-Théâtre de Genève, considérablement renforcé  (comme toujours remarquablement préparé par Alan Woodbridge). Il est vrai que dès la Sinfonia d’ouverture, le maestro recherche à tout prix les contrastes dynamiques, quitte à alanguir un andantino cantabile et à bousculer les passages rapides au point de rendre inchantable la stretta du premier Final (« Questo popol maledetto »).

A Florence, Maria José Siri incarne une émouvante Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea 

par

Francesco Cilea (1866-1950) : Adriana Lecouvreur, opéra en quatre actes. Maria José Siri (Adriana Lecouvreur), Martin Muehle (Maurice, comte de Saxe), Ksenia Dudnikova (Princesse de Bouillon), Nicola Alaimo (Michonnet, le régisseur), Alessandro Spina (Prince de Bouillon), Paolo Antognetti (Abbé de Chazeuil), Davide Piva (Quinault), Antonio Garés (Poisson), Michele Gianquinto (Majordome), Chiara Mogini (Mademoiselle Jouvenot), Valentina Corò (Mademoiselle Dangeville) ; Orchestre et Chœurs du Mai Musical florentin, direction Daniel Harding. 2021. Notice en anglais et en italien. Pas de livret, mais synopsis en anglais et en italien. Sous-titres en italien, en anglais, en allemand, en français, en japonais et en coréen. 143.00. Un DVD Naxos 2. 110737. Aussi disponible en Blu Ray.

Une Force du Destin suprêmement musicale

par

Vaste salon, table éclairée de chandeliers, portraits d’ancêtres : ce décor sera le seul situé dans l’intimité d’une demeure familiale. Le Marquis de Calatrava y souhaite bonne nuit à sa fille Léonora di Vargas avant que l’irruption de l’amant-ravisseur, Don Alvaro, fils d’un noble espagnol et d’une princesse inca, n’anéantisse en un éclair ce paisible tableau. L’absence d’ouverture, replacée ici après la fuite des jeunes gens, renforce la violence de l’équation : père intransigeant, amant meurtrier malgré lui, jeune fille déchirée entre les deux. 

Réminiscence du Don Giovanni de Mozart, à cette différence près que le frère, Don Carlo di Vargas, incarne à lui seul « la » vengeance. Il réduit de ce fait Leonora à un rôle de victime sacrificielle armée de seules forces spirituelles. En outre, un mélange de néo-paganisme, de religieux « romain » et de romantisme allemand (Schiller) fait finalement basculer l’esthétique générale du côté de Victor Hugo auquel le compositeur avait justement dû renoncer sous la pression de la censure.

L’oeuvre commandée par le Tsar prend alors les proportions du continent : gigantesque errance, dans le temps -presque dix ans-, et dans l’espace -depuis les campements militaires, assemblées de bohémiens, jusqu’aux asiles monastiques et autres ermitages qui font office de tombes-. Intenses mouvements aussi du côté des protagonistes : les héros changent de nom, d’apparence, de genre, d’identité, si bien qu’on ne sait jamais vraiment s’ils sont vivants, morts ou revenants. Proportions monumentales, enfin, de la partition qui juxtapose des scènes bouffes, ironiques, sentimentales, nobles ou totalement intériorisées.

En pleine pomme !  Guillaume Tell à Orange

par

Tout le monde connaît la légende du héros suisse Guillaume Tell condamné par le terrible Gessler à tirer un carreau d’arbalète en plein centre d’une pomme posée sur la tête de son fils unique. Ça passe ou ça casse ! C’était à peu près la même chose pour les Chorégies d’Orange avant cette unique représentation de l’opéra marathon de Rossini. Pas le droit à l’erreur… 

Programmation courageuse, défi scénique, technique, vocal et financier, ce Guillaume Tell est une œuvre hors-norme à tous les niveaux. Il n’en fallait pas moins pour marquer les 150 ans des Chorégies qui aiment décidément les odyssées musicales avec bientôt la 8e de Mahler. 

Choix audacieux que nous saluons d’entrée et nous espérons qu’il en appellera d’autres à l’image du Méphistophélès de Boito l’an passé.

Reprises et Nouveautés à Pesaro

par

La Gazzetta

Le festival Rossini de Pesaro a dédié sa 36ième édition à la mémoire du grand metteur en scène italien Luca Ronconi récemment décédé. De ses productions à Pesaro nous retenons surtout sa mise en scène de « Il viaggio a Reims », ce chef-d’œuvre redécouvert et reconstruit, et présenté pour la première fois le 18 août 1984 sous la direction musicale de Claudio Abbado.