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Au Capitole de Toulouse, Nicole Chevalier triomphe dans une Salomé fulgurante

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L’annonce était alléchante : première mise en scène du baryton allemand Matthias Goerne. La représentation se révèle sensationnelle : Nicole Chevalier, appelée à remplacer au pied levé, livre une Salomé d’une puissance inouïe, entourée d’une distribution superlative. Au fil de l’opéra, un sentiment s’impose de plus en plus fortement : nous sommes peut-être en train d’assister à une représentation historique de Salomé de Richard Strauss.

Un univers clos, fascinant et inquiétant

Quelques instants après le début du prélude, un gigantesque portail doré s’ouvre sur un palais moderne gris en demi-cercle. Un escalier vient rompre la verticalité des murs de béton nu. Les lignes droites et les courbes dialoguent comme dans un tableau abstrait, évoquant une architecture dépouillée des années 1990. Les personnages, vêtus de gris et de jaune doré, portent des costumes dignes d’une saga spatiale. En effet, ce palais futuriste pourrait presque être un vaisseau spatial.

Dans cet espace hors du temps et du lieu, la voix de Jochanaan surgit des profondeurs, comme venue d’un autre espace-temps. Puis le prophète apparaît dans une capsule verticale éclairée d’une lumière blanche et froide qui remonte lentement à la surface. Toute l’action se déroule dans cet univers à la fois vide et oppressant, derrière ce portail qui coupe tout contact avec l’extérieur. Même la lune, inquiétante, n’est visible que depuis l’intérieur du palais, comme une hallucination des personnages.

La perversité de ce huis clos atteint son sommet lorsque Salomé se livre non pas à la danse des sept voiles, mais à « sept viols » : sept hommes viennent arracher un voile de sa robe avant de le brandir fièrement. Hérode contemple la scène, extasié, du haut de l’escalier. À ses côtés, Hérodias apparaît coiffée d’une haute structure ornée de rangées de colliers d’or. À la fin, une immense lune, elle aussi de couleur dorée, domine la scène, brille d’une lumière ensorcelante.

La scénographie de Hernán Peñuela, les costumes de Christof Cremer et les lumières de Vinicio Cheli fusionnent parfaitement pour créer un univers frôlant la folie, auquel se joint la chorégraphie sensuelle et inquiétante de Beate Vollack. Une véritable beauté visuelle. Matthias Goerne parvient ainsi à faire ressortir avec force la perversité de chaque personnage autour du désir, du pouvoir et de la domination.

L’univers tout entier tonne et résonne à Orange : la soirée des 150 ans des Chorégies

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Le théâtre antique d’Orange est en partie connu pour son gigantesque mur en pierre dominé par l’empereur Auguste dont Louis XIV disait qu’elle était « la plus belle muraille de son royaume ». Hier soir nous avions face à nous non pas un mais deux murs ! Quelle impression, quel spectacle d’être confronté à près de trois cents choristes et à un orchestre version XXL pour l’occasion. C’est dire la démesure de l’œuvre à l’affiche, la nature de l’événement et la volonté des Chorégies de marquer un nouveau grand coup pour les 150 ans du festival. Alors cette soirée d’anniversaire était-elle à la hauteur du caractère exceptionnel de cette trop rare 8ème symphonie ?

Il y avait de quoi être optimiste, il est vrai que cette édition 2019 des Chorégies est pour le moment un très bon cru. Après le très réussi « Guillaume Tell » et la magnifique Nuit Espagnole en compagnie de Placido Domingo, nos espérances étaient donc grandes. D’autant que pour nous Mahler est un compositeur à part, un « vieux compagnon de route », toujours là quand il le fallait dans notre vie. Nous avons tous un chanteur ou un artiste fétiche ; pour nous c’est le grand Gustav. Pour bénéficier d’une écoute vraiment impartiale et d’un regard neuf durant ce concert nous avons mis de côté pendant plusieurs semaines les enregistrements légendaires de Solti, Ozawa, Lenny Bernstein ou Sinopoli ! Quand on est trop familier d’une œuvre, il est parfois difficile de trouver la capacité de se laisser gagner par une nouvelle lecture. D’oser la nouveauté. Heureusement pour nous, Jukka-Pekka Saraste était là !

Un bonheur contemporain et un déferlement au Festival d’Aix-en-Provence

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« Les mille endormis » d’Adam Maor et « Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny » de Kurt Weill

Le Festival d’Aix-en-Provence, c’est aussi, lors de chacune de ses éditions, une création mondiale, preuve répétée de la vitalité de l’art lyrique.

Cette année, Les Mille endormis de l’Israélien Adam Maor : mille détenus palestiniens font la grève de la faim. Les conséquences économiques et politiques de celle-ci sont désastreuses pour Israël. Comment réagir ? Décision est prise de les endormir. Mais très vite, on se rend compte qu’ils causent des insomnies cauchemardesques à la population israélienne. Une émissaire est alors envoyée dans le monde de leurs rêves. Elle ne reviendra pas…

Adam Maor a enrichi ce récit de tous les échos d’une partition intelligemment et sensiblement multiple dans ses moyens. Son premier épisode est très « contemporain » dans ses dissonances, stridences, ruptures. De quoi inquiéter un public non accoutumé ? Non, ces notes-là disent exactement la crise, la perplexité rageuse des autorités. L’heure est grave. Ensuite, elles vont donner à entendre, autant que les mots, l’évolution des événements. Elles vont se faire hypnotiques pour l’endormissement des captifs, constat sans appel pour l’exposé des conséquences de cet endormissement, traditionnelles pour l’évocation des « camps » en présence et des métamorphoses. Cette partition est un redoutable défi pour un orchestre amené à passer d’une atmosphère, d’un style, d’une approche technique à une autre. Le défi est brillamment relevé par l’Ensemble luxembourgeois United Instruments of Lucilin, stimulé par Elena Schwarz.

La mise en scène de Yonatan Levy, également l’auteur du livret, densifie le propos : huis clos du bureau du Premier Ministre, envahi par les lits des endormis ; mise en espace et en mouvement soulignées significatives des colères, des ruses, des constats, des évolutions ; lumières elles aussi révélatrices, avec notamment de superbes effets fluos. Quant aux costumes, dus à Anouk Schiltz, imaginatifs, ils installent le spectateur dans une espèce d’univers bienvenu de rétro-fiction de type Star Trek. Une couronne dorée a des reflets fascinants.