Transcriptions pour théorbe de célèbres pages du Baroque français

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Au Monde. Antoine Forqueray (1672-1745) : La Couperin ; Le Carillon de Passy. François Couperin (1668-1733) : Les Baricades Mistérieuses ; Les Bergeries ; Les Silvains. Jean-Baptiste Lully (1638-1687) : Assez de pleurs. Michel Lambert (1610-1696) : Ma Bergère est tendre et fidèle ; Vos mépris chaque jour. Robert de Visée (c1650-c1732) : Prélude ; Pastoralle ; Sarabande ; Bourée. Monsieur du Buisson (c1622-c1680) : Plainte sur la mort de Monsieur Lambert. Anonyme populaire : Une Jeune fillette [transcriptions Daniel Zapico] / Robert de Visée (c1650-c1732) : Prélude ; Chaconne [Manuscrit Vaudry de Saizenay]. Daniel Zapico, théorbe. Livret en français, anglais, espagnol. Juin 2019. TT 52’50. Alborada éditions ALB001

Un bien bel écrin nous accueille pour cet opus inaugural du label Alborada : une élégante boîte blanche au lettrage doré, un disque posé sur un étui de mousse, un livret à déployer. Au recto de la pleine page, un extrait du Manuscrit Vaudry de Saizenay, cette fabuleuse compilation du répertoire pour luth et théorbe au XVIIe Siècle entreprise par un Seigneur de Besançon en 1699. Daniel Zapico y a pioché quelques pages, les jouant telles qu’elles y figurent, ou les retraduisant à l’aune de son bon goût. L’essentiel de ce récital s’alimente de ses propres transcriptions de célèbres pièces (vocales, instrumentales) du Baroque français. Airs de cour, pièces de viole, Livres de clavecin. Sur un instrument plantureux (un Jaume Bosser d’après Matteo Sellas fait à Barcelone en 2013) et capté un peu grassement.

Regrettera-t-on des Bergeries haletant à l’étroit dans leur corsage, une Chaconne un peu pressée, et parfois des phrasés qu’on aurait préférés plus aérés, des respirations qu’on aurait souhaitées moins tendues ?  Par exemple Visée, Prélude, même si la Sarabande en acquiert un sourd tourment. Le reste ravit (le balancement moutonneux de Ma Bergère qui s’intensifie à mesure d’un drame qu’on ne lui connaissait guère si impérieux), et même captive. Car le théorbe ici ne se résout pas à la figuration ou la parure d’agrément mais se veut caractère entier, personnage altier. On placera au sommet la Pastoralle armée d’un brio guitaristique, affolant de duende ; un Carillon farouche et si bien sonnant ; des Silvains qui dansent inquiets à l’orée, hésitant entre l’ombre et l’appel de la clairière.

Le deuil d’une Plainte, le guilleret réconfort d’une Chaconne (alerte comme on l’a dit) achèvent cette anthologie toute de sensibilité, comme en atteste l’habile transition entre la Bourée et la populaire rengaine d’Une Jeune Fillette. Le premier album soliste de Daniel Zapico, que l’on admirait déjà comme continuiste, relève du jardin secret poussé à l’avant-scène : on prend plaisir à partager cet ardent théâtre en compagnie d’un artiste aussi accompli qu’attachant.

Son : 8 – Livret : 8,5 – Répertoire : 9-10 – Interprétation : 10

Christophe Steyne

 

 

 

 

 

 

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