Un beau point final à la saison de Liège

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Laurent Kubla, Lilo Farrauto, Enrico Marabelli et Edgardo Rocha sont Filippo, Tommasino, Don Pomponio et Alberto

La Gazzetta de Rossini
Succédant immédiatement au Barbier de Séville (1816), cette Gazzetta ne connut jamais le succès, malgré un sujet ingénieux tiré de Goldoni. A Paris, Don  Pomponio, riche commerçant napolitain, veut marier sa fille Lisetta par annonce dans les journaux. Or celle-ci est amoureuse de l'hôtelier Filippo. Un second couple d'amants, un autre père pas trop malin, un vieux beau, des touristes, et même quelques filles légères : tout ce petit monde pimente une action pleine de vivacité, et on ne s'ennuie pas une seconde. Le décor de Jean-Guy Lecat méritait les applaudissements au lever de rideau : la façade d'un hôtel s'ouvre tout à coup sur le grand hall d'entrée, avec réception, petit salon, salle d'attente, chambres en mezzanine, et deux ascenseurs constamment en mouvement, cadre idéal pour les nombreux quiproquos de l'intrigue. Les costumes bariolés de Fernand Ruiz n'étaient pas en reste. Mise en scène alerte du directeur Stefano Mazzonis di Pralafera qui, actualisation oblige, remplace la gazette du titre par... Internet. Pourquoi pas ? Les annonces matrimoniales sont encore plus rapides, et tous les protagonistes se baladent avec leur ordinateur portable. Le tourbillon de l'action s'en trouve renforcé, et la bonne humeur générale gagne le public. La folie en moins, on pense parfois au Viaggio a Reims. Qu'en est-il musicalement ? Certains morceaux sont connus, comme l'ouverture, qui sera celle de La Cenerentola, et on reconnaîtra des extraits du Turco in Italia, ou du Barbiere di Siviglia, par exemple. Originalité certaine : l'inclusion d'un quintette jugé perdu, et retrouvé en 2012 au Conservatoire de Palerme. Les spectateurs liégeois en ont eu la primeur mondiale, du moins dans une interprétation professionnelle. L'oeuvre est un rien bancale en ce sens que le premier acte accumule duos, ensembles et choeurs, réservant curieusement les grands airs pour le second acte. Mais il y a de fort beaux passages comme un duo syllabique entre les deux filles, un air très lyrique du ténor, un duo désopilant accompagné de deux... canons, et plusieurs ensembles remarquables dont un a capella. Il faut aussi signaler la facétie du claveciniste, qui, discret, a cité la marche funèbre de Chopin et la marche turque de Mozart, ainsi que le chien Diego, qui a eu son petit succès. La battue du chef néerlandais Jan Schultsz manquait un peu d'"italianita" bien sûr, mais accompagnait bien. Cinzia Forte s'est distinguée en Lisetta, rôle qu'elle chantait déjà dans la production de Pesaro en 2006 mise en scène par Dario Fo, parue en DVD (Opus Arte). Charme, abattage et virtuosité, elle a tout pour plaire. Autre belle voix, le ténor Edgardo Rocha, vrai tenant du bel canto au legato souverain et nuancé, très à l'aise sur les planches, a obtenu tous les suffrages dans le rôle d'Alberto. Filippo un peu guindé mais excellent baryton, Laurent Kubla, habitué de la scène liégeoise, obtient enfin un rôle qui le met en valeur. Ce qui est moins le cas de l'excellente Doralice de Julie Bailly. Citons encore Enrico Marabelli, Don Pomponi, ineffable père marieur, et fort bon acteur. Heureusement, il ne chantait pas en dialecte napolitain comme à la création. Quant à son serviteur muet, surjoué par Lilo Farrauto, il irritait parfois par son omniprésence. Quà cela ne tienne, au final, tout le monde pardonne à tout le monde, comme dans tous les opera buffa, et tout finit dans la joie, sur la scène comme dans la salle.
Bruno Peeters
Liège, Opéra Royal de Wallonie, le 22 juin 2014

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