Formidable prise de rôle pour Jodie Devos !

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Laurent Kubla, Jodie Devos et Lionel Lhote ® Opéra Royal de Wallonie - Lorraine Wauters

Il Barbiere di Siviglia à l'ORW
A tout seigneur tout honneur : le Figaro de Lionel Lhote a dominé le spectacle. Quelle chance aussi de disposer d'un air d'entrée aussi brillant et connu que le Largo al factotum: réussi, le baryton met le public dans sa poche comme il le fit en 2004 lors de la finale du Concours Reine Elisabeth !

Cette faconde exceptionnelle, cette voix sonore au timbre puissant que nous connaissons bien maintenant animaient joyeusement duos et ensembles, jusqu'à son apparition finale, en statue de Rossini sur un socle de pierre : magnifique ! Formidable prise de rôle pour Jodie Devos dont Rosine est la première héroïne de premier plan dans sa jeune carrière inaugurée en 2014 par un 2e Prix au même Concours Reine Elisabeth. Très à l'aise, elle a fasciné le public par une maîtrise totale de la redoutable vélocité des mélodies rossiniennes : succès immense pour son interprétation d' Una voce poco fa, aussi brillante dans les coloratures que charmante dans la tendresse. Sans oublier une puissance vocale de premier plan qui lui permit de dominer tous ses collègues dans le finale du premier acte. Quel abattage ! Et tout cela en si peu de temps : un grand bravo. Après Anne-Catherine Gillet, voici la nouvelle star du chant belge. Plus en retrait, le jeune ténor argentin Gustavo De Gennaro (Almaviva) paraissait un peu guindé dans sa sérénade initiale, pourtant bien soutenu par l'excellent choeur de Pierre Iodice. Il s'est affermi, petit à petit, et son personnage a bien existé au second acte. Un peu tard, il est vrai. Sa voix est douce, jolie, un peu pâle. Il manque de présence. Très brillant docteur Bartolo (le rôle est en or) d'Enrico Marabelli, acteur excellent en outre, et qui a bien surmonté les terribles difficultés de son air A un dottor della mia sorte, volubile entre tous  -régal pour le public. Hormis le grand air de la calomnie, et le quintette de l'acte II, Don Basilio n'a pas grand chose à chanter : Laurent Kubla y fut parfait. L'adorable Alexise Yerna, pilier de l'ORW, a bien décliné son charmant petit air. Bel officier de Marc Tissons, et efficace Fiorello de Victor Cousu. Et l'orchestre ? Après une ouverture pas très assurée et quelques décalages entre le plateau et la fosse dans les premières scènes, Guy van Waas a su reprendre ses forces en mains et communiquer sa verve, sa bonne humeur aux ensembles comme aux deux finales. Sa direction, à l'ancienne soit sans vibrato, était parfaitement au service de l'action trépidante (excellent orage, par exemple). Décors, éclairages chaleureux et costumes traditionnels participent à de jolis effets de scène comme les sérénades au balcon ou la leçon de musique. Jodie Devos a droit à de superbes robes ! Que dire de la mise en scène du maître des lieux, Stefano Mazzonis di Pralafera ? On peut se permettre d'être plus hésitant. Elle souligne à l'évidence la  vivacité de l'intrigue, sans aucun temps mort : le public ne s'y est pas trompé et a souvent ri (les grimaces de Rosine). Certains moments ont cependant paru lourds. Durant le finale du premier acte, les choeurs (policiers, serviteurs) étaient dotés d'une chorégraphie enfantine, frisant le grotesque, le patronage même. Le pire était réservé au pauvre comte : au premier acte, il devait justifier son rang au moyen d'un geste exhibitionniste, geste qu'il a du, encore plus pénible, récidiver au deuxième final: une plaque "Almaviva" étant placée devant son entrejambes. A l'ensemble conclusif, il a dû, en plus, faire s'ouvrir une ridicule queue de paon, actionnée par une ficelle. Ce sont là d'impardonnables fautes de goût qui ont terni un spectacle quasi parfait.
Bruno Peeters
Liège, Opéra Royal de Wallonie, le 18 octobre 2015

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