Un digest de toute beauté de l'oeuvre symphonique de Rachmaninov

par

https://cum.bar/Sergei
RACHMANINOV
(1873-1943)

Symphonie n° 3 opus 44-Caprice bohémien opus 12-Danses symphoniques opus 45-Le Rocher opus 7-Vocalise pour orchestre opus 34
Orchestre de Paris, dir.: Paavo JÄRVI
2011-2013-DDD-60'18 et 56'42-Textes de présentation en français, anglais et allemand-Erato 0825646195794 (2 cd)

Décidément prolixe ces derniers temps, mais toujours dans l'excellence, Paavo Järvi s'offre cette fois, à la tête de « son » orchestre de Paris, une anthologie Rachmaninov de très haute volée qui rassemble la plupart des plus beaux chefs-d'oeuvre symphoniques du compositeur de Aleko, encore qu'on ait à déplorer l'absence de l'Ile des morts, oubli regrettable car il est probable que la vision du chef estonien y aurait été passionnante. Mais ne boudons pas notre plaisir. Le programme alterne oeuvres « connues » (Danses symphoniques, symphonie n° 3, Vocalise) et pages que seules quelques baguettes, essentiellement russes, avaient abordées jusqu'ici. Derrière l'opus 44 se profile toujours l'enregistrement légendaire du compositeur qui, malgré l'âge de la prise de son (1939), demeure une référence difficilement surpassable. Pourtant, même s'il manque ici une couleur spécifiquement russe, on ne peut que demeurer admiratif devant la parfaite balance entre les différents pupitres, l'élégance des sonorités, la souplesse de l'expression, souplesse qui n'exclut ni les nervures ni la passion. Le Caprice bohémien, page de jeunesse encore inspirée par Rimsky-Korsakov mais d'une remarquable efficacité, bénéficie depuis longtemps de la référence signée par Evgeni Svetlanov. Cette musique haute en couleurs nécessite un magicien des sons mais aussi un narrateur né. Et c'est bien ce qu'est Paavo Järvi qui nous tient en haleine avec style pendant ces 17 étonnantes minutes. Ce sont ensuite les fameuses Danses symphoniques, sommet absolu de Rachmaninov, que le chef porte ici à un niveau d'excellence rarement atteint. Aidé par une prise de son des plus flatteuses, il évite soigneusement toute lourdeur mais fait briller son orchestre en veillant à une parfaite transparence des lignes. C'est un véritable régal d'écouter le « non allegro » initial, à la variété inouïe de sonorités fraîches, « fruitées » serait-on tenté de dire, le tout empreint d'une rare poésie. Comment ignorer le ton grinçant de cette étrange valse, tantôt menaçante, tantôt mystérieuse, qui forme l'ossature du 2ème mouvement? La verve du finale, où Ravel n'est jamais loin, confirme la réussite de cette lecture qui fera date. Bien sûr, on ne pourra jamais oublier Svetlanov et moins encore Kondrachine (par deux fois), tous deux indispensables, mais il faudra désormais compter avec cette nouvelle version, inédite dans son approche plus universelle mais aucunement passe-partout. Un grand moment. Faire succéder le testament musical de Rachmaninov par l'une de ses oeuvres de jeunesse pourrait sembler maladroit. Il n'en est rien car notre magicien de chef poursuit dans le même climat de lumières chatoyantes, où le merveilleux semble affleurer partout. La virtuosité de tous les pupitres est confondante et l'on se surprend à penser que nous tenons là, probablement, l'une des toutes meilleures phalanges du moment, qui fait pratiquement jeu égal avec les « Rolls » que sont le Concertgebouw, les Wiener Philharmoniker ou l'orchestre de la radio bavaroise. La Vocalise clôture dans le calme et avec beaucoup de délicatesse ce parcours absolument sans faute et que tout amateur de musique russe se doit absolument de posséder.
Bernard Postiau

Son: 10 Livret: 9 Répertoire: 10 Interprétation: 10

Les commentaires sont clos.