Une rareté à Saint-Etienne

par http://www.fw-harburg.de/

Qui connaît aujourd’hui La Princesse de Trébizonde composée par Jacques Offenbach en 1869, juste après la première version de La Périchole, après Vert-Vert et La Diva ? Jouée avec succès à Baden-Baden le 31 juillet 1869 puis aux Bouffes-Parisiens le 7 décembre 1869, l’œuvre disparaîtra du répertoire à l’orée du XXe siècle.
L’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne vient de la dépoussiérer grâce à une mise en scène ébouriffante du Belge Waut Koeken qui réussit à nous faire passer du monde bariolé de la fête foraine à l’univers feutré d’un château en loterie. Devient lisible une intrigue enchevêtrée par la mésaventure du saltimbanque Cabriolo qui exhibe des poupées de cire. Zanetta, sa fille, casse le nez de la plus belle, la princesse de Trébizonde, et décide de prendre sa place ; quelle n’est pas sa surprise de se voir courtisée par le jeune Raphaël, le fils du prince Casimir. L’ancien domestique Trémolini est fou amoureux de Régina, l’autre fille de Cabriolo. Celui-ci gagne le premier prix d’une loterie, un château où la troupe déménage mais y meurt d’ennui. Mais Raphaël fait acheter par son père la collection de poupées qui sera exposée au palais. Morale de la fable, Raphaël finira par épouser Zanetta, Trémolini, Régina et la sœur de Cabriolo, Paola, Sparadrap, le précepteur de Raphaël.
La partition est haute en couleurs avec l’air du nez brisé, les couplets du mal de dents et la parodie de l’air d’Arnold, «Asile héréditaire» de Guillaume Tell. Et Laurent Campellone, à la tête des Chœur Lyrique et Orchestre Symphonique de Saint-Etienne, lui donne un rythme endiablé. Sur scène, Lionel Peintre, sous les traits du saltimbanque Cabriolo, mène le jeu face à un Emiliano Gonzalez Toro, la main sur le cœur pour séduire la Régina de Romie Estèves. Marie Kalinine est un Prince Casimir impétueux, jouant des moirures du grave pour donner crédibilité à ce rôle de travesti confronté à l’adorable Zanetta d’Amel Brahim-Djelloul. Et Marie-Thérèse Keller, Raphaël Brémard et Antoine Normand restituent avec les ressources du métier Paola, le Prince Casimir et Sparadrap.
Paul-André Demierre
Saint-Etienne, Opéra-Théâtre, le 19 mai 2013

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