Zacharias et Mozart, une deuxième intégrale

par https://vodnature.com/

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)
Concertos pour piano n° 12 K. 414 et n° 26 K. 537

Orchestre de chambre de Lausanne, dir.: Christian ZACHARIAS
2009-DDD-54'20-Textes de présentation en anglais, français et allemand-Mdg 940 1759-6
La boucle est donc bouclée pour la deuxième fois. Christian Zacharias avait réalisé, dans les années 1980 pour Emi, une des intégrales des concertos de Mozart (à l'exception des quatre premiers et de ceux pour deux et trois pianos) les plus pertinentes et qui demeure à ce jour une des plus belles propositions disponibles, qui plus est à un prix défiant toute concurrence. Dans le cadre de ce premier essai, le pianiste avait été secondé par différents chefs, toujours très efficaces (Zinman, Maksymiuk), parfois exceptionnels (Wand, Marriner). Pourtant, dès cette époque, le musicien allemand avait exprimé ses regrets quant aux compromis qu'il avait dû consentir par rapport à ces collaborations. L'idée de tenter une nouvelle fois l'aventure, cette fois seul à bord, en se chargeant tout à la fois des rôles de chef et de soliste, s'était vite imposée à lui. Après tout, quelques-unes des plus belles intégrales de la discographie avaient suivi cette voie: aujourd'hui encore, on s'émerveille des prodiges réalisés par Murray Perahia, Geza Anda ou Vladimir Ashkenazy, tandis que d'autres s'en sont prudemment tenus à la seule partie de piano, préférant laisser l'orchestre aux bons soins d'une baguette sûre, tels Andras Schiff et l'extraordinaire Sandor Végh ou encore Alfred Brendel avec Neville Marriner, pour ne citer que deux exemples. Finalement, il y a quelques années, le label MDG avait relevé le défi en laissant à Zacharias carte blanche. Ce dernier, qui présidait aux destinées de l'orchestre de chambre de Lausanne depuis plusieurs années, put donc réaliser son rêve. Le premier disque parut confirmer la pertinence de ce choix et l'on se prit déjà à espérer une intégrale « de référence ». Hélas, dès le deuxième volume apparurent des faiblesses que les parutions suivantes ne firent que confirmer. L'artiste, pianiste d'une grande probité et d'un sens artistique hors du commun, n'est qu'un chef moyen qui peine à faire dialoguer l'orchestre et le piano, à donner le relief et l'impulsion nécessaires. Le résultat, sans être affligeant, demeure cependant sans appel: ce qu'il nous propose est avant tout un Mozart très policé, trop sage, sans arêtes, délicat mais mièvre, inventif mais pas visionnaire pour un sou, virtuose mais raide, gracieux mais guère envoûtant. Pire, l'attention apportée aux détails, qui confine ces lectures à de véritables radioscopies, finit par rendre certains passages méconnaissables, où l'on perd de vue l'essentiel. La prise de son, avantageuse, apporte un surcroît de confort s'il en était besoin. Déception donc pour cette intégrale, sans doute la moins indispensable de la discographie, malgré nombre de bonnes choses et quelques amusantes surprises (fin du premier mouvement du K. 537).

Bernard Postiau

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétaion 6

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