Un Alarcon libre au service de Mozart : magnifique !

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https://www.theyoungdaniels.co.uk/Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)
Requiem & Clarinet Concerto

C
hoeur de Chambre de Namur – New Century Baroque
Benjamin Dieltjens (clarinet) – L. Garcia Alarcon (conductor)
2013-DDA-65'40'' – Livret de présentation en français, anglais, allemand – Editions Ambronay AMY 038

Alarcon nous offre un nouvel enregistrement de deux chefs-d'oeuvre de Mozart datés de l'année de sa mort. D'aucuns pourraient s'interroger sur l'opportunité d'un tel CD mais c'est sans compter sur la personnalité et l'expertise d'Alarcon et l'excellence du Choeur de Chambre de Namur et de Dieltjens. Pour le concerto, le clarinettiste est accompagné par le « New Century Baroque » jouant sur instruments d'époque. Dieltjens a longtemps collaboré avec le luthiste Rudolf Tutz dans la mise au point de la clarinette de basset se rapprochant le plus possible à celle de Anton Stadler (1753-1813), le dédicataire de l'oeuvre et qui a servi à cet enregistrement. Cela peut paraître paradoxal, mais c'est le Mozart amoureux de l'opéra italien qu'Alarcon et Dieltjens ont fait transparaître à travers cette exécution. C'est une façon aussi de donner un souffle nouveau à cette oeuvre enregistrée à maintes reprises. C'est ainsi que Dieltjens imagine divers personnages de Da Ponte (1749-1838) qu'il invite à habiter son interprétation. De cette manière, il démontre sa grande faculté à faire chanter son instrument dont la sonorité, le lyrisme et la souplesse veulent épouser les inflexions de la voix humaine. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y arrive brillamment avec une technique et une articulation jamais en défaut. Pour Alarcon, c'est dans ce concerto que la nostalgie et la sensation du temps qui passe sont les plus présentes. Les deux artistes assument pleinement cette vision dans la version qu'ils nous proposent, une direction artistique renforcée par l'utilisation d'instruments anciens. La sonorité est veloutée et ne souffre certainement pas d'aigus moins brillants. L'orchestre sert bien le soliste et les tutti bien dosés ne brisent pas la ligne de conduite.
Dans le Requiem, Alarcon a voulu garder sa liberté d'interprétation. Il prend tout d'abord le parti de ne pas garder les Sanctus, Benedictus, Agnus Dei écrits complètement par Süsmayer à des fins liturgiques. Il qualifie le style de Süssmayer de post-mozartien et donc inapproprié. Pourquoi, selon sa très belle formule, vouloir ajouter un bras à la Vénus de Milo ? Il choisit ensuite la révision du musicologue allemand Franz Beyer dont l'excellent travail avait déjà purgé la partition d'erreurs d'instrumentation de Süssmayer. Il ajoute ensuite l'Amen fugué reconstitué par Richard Maunder, adjoint au Lacrimosa. Enfin Alarcon se réserve le droit de compléter des parties instrumentales laissées inachevées par Mozart.
Le résultat est à la hauteur des espérances. Le Choeur de Chambre est excellent et démontre sa virtuosité dans les tempi particulièrement rapides. Ceux-ci n'empêchent pas d'ailleurs une qualité de phrasé et de construction d'une transparence rarement aussi parfaite. Le tempo retenu de l'introït nous surprend mais Mozart n'a-t-il pas écrit Adagio ? La fugue du kyrie se déploie avec vigueur et virtuosité. Tout est parfaitement construit avec la mise en évidence des différentes progressions, des contrastes et des coups de théâtre dignes de l'opéra. Recordare et Confutatis sont deux perles, purs moments de bonheur ! Lucy Hall (soprano, Angleterre), Angélique Noldus (mezzo, Belgique), Hui Jin (ténor, Chine) et Joseph Wagner (basse, Autriche, le plus confirmé des quatre!) sont les très bons solistes. Soulignons enfin la prestation du New Century Baroque, jeune orchestre appelé à jouer dans la cour des grands !
Un disque-événement est dans les bacs !
Michel Lambert
Son 9 – Livret 9,5 – Répertoire 10 – Interprétation 9,5

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