On ne peut mieux servir Rossini, musicalement du moins

par
Armida Rossini

Gioacchino ROSSINI
(1792 - 1868)
Armida
Carmen ROMEU (Armida), Enea SCALA (Rinaldo), Robert McPHERSON (Gernando/Ubaldo), Dario SCHMUNCK (Goffredo/Carlo), Leonard BERNAD (Idraote/Astarotte), Adam SMITH (Eustazio), Symphony Orchestra and Chorus Opera Vlaanderen Antwerp/Ghent, dir.: Alberto ZEDDA, mise en scène : Mariame CLEMENT.
2017-2 DVD-162'-Notice en italien et anglais-chanté en italien-sous-titré en italien, anglais, français, allemand, japonais et coréen-Dynamic 37763

Ce spectacle, enregistré en novembre 2015 à Opera Vlaanderen / Gand, avait fait l'objet d'une critique élogieuse dans nos colonnes, du moins au niveau musical. En voici les DVD, dont on admirera la captation claire et lisible, le bon sous-titrage, mais non l'absence de bonus ni surtout une notice indigente. La mise en scène de Mariame Clément ne nous enthousiasmera pas plus qu'il y a deux ans, et nous persistons à croire que la piste olympique et les costumes de footballeur que revêtent les choristes ne servent ni ne desservent l'intrigue. Le final de l'acte II (ballet se concluant par un tableau vivant kitschissime) s'apprécie peut-être, mais alors au second degré. Seul le premier tableau de l'acte III, relatant l'arrivée des deux chevaliers en vue de délivrer Rinaldo des bras d'Armide, reste heureux : ce décor sylvestre est du plus bel effet, et une douce lumière d'automne éclaire toute cette scène, jusqu'au ravissant choeur des nymphes "Qui tutto è calma", l'intervention sur scène du premier violon de l'orchestre, puis le remarquable trio des trois ténors "In quale aspetto" : voilà au point de vue visuel la plus belle partie du spectacle. Nous l'avions dit, le bonheur musical est grand. Et nous retrouvons avec plaisir les excellents chanteurs retenus pour cette production, à commencer par Carmen Romeu, Armida splendide d'engagement dramatique, et dont l'ampleur vocale force l'admiration. Son interprétation culmine dans la longue scène finale où l'amour fou et la rage se heurtent avec violence dans un coeur bouleversé. La chanteuse espagnole diversifie à la perfection la couleur de sa voix  pour épouser toutes les nuances de ses sentiments meurtris, et sa maîtrise de l'écriture vocalisante renforce la tension dramatique : une grande performance ! Son Rinaldo a toutes les qualités : prestance physique, timbre solaire, aigus éclatants. Les deux autres ténors ne pâlissent pas auprès de leur confrère-croisé. Robert McPherson éblouit dans la grande scène de Gernando au premier acte, pour camper un parfait Ubaldo au dernier. De même, Dario Schmunck troque avec un égal bonheur les habits de Goffredo (Godefroid de Bouillon) pour ceux de Carlo (le chevalier danois de Lully et Gluck). Seul baryton de l'opéra, Leonard Bernad interprétait les rôles d'Idraote, oncle d'Armida, et d'Astarotte, le sorcier. Tous étaient non seulement entourés et accompagnés, mais avant tout soulevés par l'ardeur infatigable du vieux maestro Alberto Zedda (89 ans !), grandement applaudi lors des saluts au rideau. Y a-t-il moyen de mieux servir Rossini ? Musicalement non. Signalons que cette production est à l'affiche de l'Opéra de Montpellier du 26 février au 5 mars prochain, avec Karine Deshayes en Armida, le même Enea Scala en Rinaldo, sous la direction de Michele Gamba.
Bruno Peeters

Son 9 - Livret 7 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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