Une musique exigeante mais qui procure un grand plaisir.

par
Milhaud Martinu

Darius MILHAUD (1892 - 1974) Trio à cordes op. 274 - Sonatine à trois op. 221b Bohuslav MARTINU (1890 - 1959) Trio à cordes n° 1 H.136 - Trio à cordes n° 2 H.238 Trio Jacques Thibaud : Burkhard Maiss (violon), Hannah Strijbos (alto), Bogdan Jianu (violoncelle) 2017-58' 16''-Textes de présentation en allemand et en anglais-Audite 97.727

Parent pauvre du répertoire de musique de chambre, le trio à cordes a connu un regain de faveur au XXème siècle, avec les trios d'Hindemith et de Schönberg en Allemagne, ou ceux de Cras, de Roussel ou de Schmitt en France. En voici quatre autres, qui méritent tous l'attention, émanant de deux éminents créateurs. Le trio de Darius Milhaud, (1947), est une oeuvre imposante, en cinq mouvements. Au Vif initial, dans le style alerte et ensoleillé typique du compositeur, succède un Modéré sous forme de choral, serti de somptueux accords (qui rappellent un peu le mouvement lent de la troisième symphonie de 1946), puis une dansante Sérénade qu'accompagnent les pizzicati, et dans laquelle brille le violon solo de Burkhard Maiss. Les deux derniers mouvements sont enchaînés : Canons, très austère et contrapuntique, sert de prélude au Jeu fugué, fugue ultra-rapide avec un solo pour chacun des trois instruments. La Sonatine à trois est beaucoup moins ambitieuse. Contrairement à ce qu'affirme la notice de Michael Struck-Schloen, pourtant un modèle de présentation, elle a bien été écrite en train, lors d'un voyage effectué par Milhaud de Chicago à Oakland, en 1940. Très brève (6'51''), elle allie invention mélodique et un sentiment d'improvisation joyeuse, en particulier dans le final, avec ses pizzicati syncopés, et sa petite fusée conclusive. Plus dissonants, les deux trios de Martinu n'en sont pas moins superbes. Pour le Premier trio (1923), il s'agit déjà de son troisième enregistrement après le redécouverte, en 2005, de la partition considérée jusque-là  comme perdue. Selon Harry Halbreich, qui en a patronné la création discographique en 2008 (Calliopée), il s'agit du premier chef-d'oeuvre de la musique de Martinu, juste avant le deuxième quatuor à cordes de 1925. Il est assez long (19'04''). Très violent tout au long de l'Animé, il se calme légèrement dans l'Andante médian, dont le lyrisme quelque peu néoclassique annonce la période américaine du musicien tchèque. Celui-ci semble se souvenir de sa patrie dans le Poco allegro final, sorte de danse paysanne roborative, nimbée de poésie. Plus court, le Second trio (1934) comporte deux mouvements de sept minutes chacun. Oeuvre assez radicale, au caractère plutôt agité, elle ne se calme qu'au milieu du premier mouvement, juste avant la reprise nerveuse. Très original, le finale se décline en trois parties : introduction sous forme de récitatif, petit scherzo pétillant, conclusion aérienne et fortement rythmée (Martinu se souvient ici de son maître, Albert Roussel), avant l'accord parfait terminal. Les trois solistes évoluent dans cette musique comme trois poissons dans l'eau claire, et s'en donnent à coeur joie, pour le plus grand plaisir de l'auditeur. Bruno Peeters

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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