Une curiosité : l’Enlèvement du Sérail en langue française

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756 – 1791) : L’Enlèvement du Sérail  version traduite en français de 1798. Florie Valiquette, Gwendoline Blondeel, sopranos. Mathias Vidal, Enguerrand de Hys, ténors. Nicolas Brooymans, basse. Michel de Fau, rôle parlé et mise en scène.  Orchestre et Chœur de l’Opéra Royal. Gaétan Jarry, direction. 2024. Notice en français et anglais. 3 CD. 133’34. Château de Versailles.

À 26 ans, Wolfgang Amadeus Mozart signe avec Die Entführung aus dem Serail un Singspiel charnière, où s’esquissent déjà tous les grands thèmes qui vont nourrir son œuvre : amour, fidélité, épreuve et pardon. Cette version en langue française de 1798, due à Pierre-Louis Moline et adaptée pour la scène par Michel Fau, en propose une lecture vive, colorée et résolument théâtrale.

Privée de son écrin scénique versaillais, la captation n’en conserve pas moins une énergie communicative. Sous la direction nerveuse et brillante de Gaétan Jarry, la partition pétille, oscille entre grâce et bouffonnerie, et ne perd rien de sa fraîcheur.

La distribution convainc largement. Mathias Vidal impose un Belmont sensible, engagé, dont la stabilité d’émission s’avère de temps à autre un peu fluctuante. Florie Valiquette campe une Constance élégante et digne parfois en difficulté dans l’aigu. La révélation vient de Gwendoline Blondeel, irrésistible de virtuosité, de vivacité et de mordant. À ses côtés, Enguerrand de Hys séduit par un timbre léger bien assorti. Nicolas Brooymans, en Osmin, (comme le Bacha de Michel Fau) pâtit en revanche de l’absence de jeu scénique, inhérent à ce type de rôle.

Si la traduction française gomme la saveur, l’impact dramatique et les aspérités de l’allemand – notamment dans le célèbre air de Constance –, elle apporte en contrepartie une légèreté bienvenue. On regrettera toutefois l’absence du texte en langue originale dans le livret et quelques choix éditoriaux non expliqués (Enlèvement « du » sérail ou Bacha pour Pacha notamment).

Au final, une réalisation originale et soignée, à mi-chemin entre opéra-comique et opérette, qui aurait gagné en impact avec des enchaînements plus rythmés et resserrés (au disque du moins).

Son 9 – Notice 10 – Interprétation 10

Bénédicte Palaux Simonnet

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