Festival de Musique La Chaux-de-Fonds : un lancement couronné de succès
Préparée depuis trois ans par le pianiste argentin Nelson Goerner et l’équipe de la Société de Musique La Chaux-de-Fonds, la première édition du Festival de Musique La Chaux-de-Fonds s’est tenue du 7 au 12 juillet. Le public a chaleureusement accueilli ce nouveau rendez-vous estival, dont une deuxième édition est d’ores et déjà annoncée pour l’année prochaine. Nous avons assisté au concert de clôture.
Une semaine de musique réunissant des interprètes de renom et de jeunes talents autour de concerts de piano, de musique de chambre, de chœur et d’orchestre : l’occasion était idéale de profiter pleinement de ce nouvel événement dans la Salle de Musique, réputée pour son excellente acoustique. Pour cette première édition, on remarquait notamment la présence de l’orchestre de la Seiji Ozawa International Academy Switzerland sous la direction de Kazumi Yamada, de l’altiste Paul Zientara et du violoncelliste Krzysztof Michalski sous l’égide de Renaud Capuçon, ainsi que de l’orchestre Festival Strings Lucerne. Ce dernier assurait le concert de clôture, le 12 juillet, sous la direction de son premier violon solo Daniel Dodds, avec pour solistes la violoniste sud-coréenne Bomsori Kim, Martha Argerich et Nelson Goerner.

La première partie était confiée à Bomsori Kim, qui interprétait le Concerto pour violon n° 5 en la majeur K. 219 de Mozart, suivi de la Fantaisie brillante sur des motifs de l'opéra « Faust » op. 20 de Henryk Wieniawski. Le dynamisme est le maître mot de leur interprétation du concerto de Mozart, dominée par un contraste saisissant. La direction énergique de Daniel Dodds confère à l’œuvre une vivacité et une pétillance incontestables, mais quelque peu au détriment de son caractère aérien. Sous l’acoustique généreuse de la salle, les notes projetées avec une vitalité presque « survitaminée » se fondent parfois les unes dans les autres, rendant certains passages rapides moins lisibles. De plus, Bomsori Kim a parfois tendance à se précipiter dans ces traits virtuoses, créant des décalages certes à peine perceptibles, mais susceptibles de déstabiliser l’équilibre entre la partie soliste et l’orchestre. Cela étant, la violoniste possède une magnifique sonorité, qui se projette remarquablement dans la salle, ainsi qu’une virtuosité incontestable, pleinement mise en valeur dans la Fantaisie de Wieniawski. Ici, le dynamisme s’allie à la brillance, tandis que la complicité entre les musiciens ravive pleinement l’esprit concertant de l’œuvre. Signalons également l’admirable proposition de l’orchestre dans l’épisode de la « turquerie » du troisième mouvement du concerto de Mozart, suivi d’un passage dont les mouvements d’avancée et de retrait évoquent le va-et-vient des vagues.
Dans la seconde partie, les deux pianistes mettent leurs jeux complémentaires au service du redoutable Concerto pour deux pianos de Poulenc. Tour à tour percutants, vivifiants, tendres, espiègles, délicats ou revigorants, les changements d’humeur si caractéristiques du compositeur se succèdent avec la plus grande naturel. L’orchestre respire avec les pianos, et inversement. Au début de l’œuvre, le jeu incisif exigé par la partition paraît... très, très incisif ; mais cet effet pleinement assumé s’intègre entièrement dans une écriture construite sur de courtes séquences dont le caractère évolue sans cesse, laissant peu à peu l’oreille s’habituer à ce véritable kaléidoscope musical. En réponse aux acclamations du public, Martha Argerich et Nelson Goerner offrent en bis le troisième mouvement « Brazileira » de Scaramouche de Milhaud, aux rythmes entraînants, comme une annonce du Bœuf sur le toit qui allait suivre.
Le concert s’ achève ainsi sur des rythmes brésiliens. Le dynamisme de l’orchestre et l’énergie communicative de Daniel Dodds se révèlent plus réjouissants que jamais dans cette œuvre en forme de patchwork, où chaque pupitre trouve l’occasion de briller, certes brièvement, mais avec éclat. C’est une véritable fête de rythmes et de couleurs, mêlant joie, mélancolie et une pointe de nostalgie dans une irrésistible exaltation collective. À la fin du concert, toute la salle se lève pour une ovation enthousiaste.
Une soirée placée sous le signe de la joie, illustrant à merveille le pouvoir fédérateur de la musique et le succès de cette première édition.
Concert du 12 juillet 2026, Salle de Musique de La Chaux-de-Fonds (Suisse).
Victoria Okada
Crédits photographiques : Xavier Voirol, Rachel Collard



