Andrew Greenwald : une écriture idiomatique

par

A Bridge Between Spaces. Andrew Greenwald (1980-). Marco Fusi, Andrew Greenwald. 52’44". 2025. Livret : anglais, allemand. Kairos. 0022017KAI.

Membre de l’Ensemble Pamplemousse (un collectif de musiciens), titulaire d'une maîtrise de l'Université Wesleyan sous la direction d'Alvin Lucier et d'un doctorat en composition de l'Université Stanford, Andrew Greenwald propose dans ce « Pont entre les espaces » quatre pièces pour violon seul (Marco Fusi, un spécialiste de l’œuvre de Giacinto Scelsi) entrelacées à quatre Frames pour violon et batterie (aux mains de Greenwald lui-même), un programme étalé sur dix ans, couvrant deux cycles exploratoires aux thèmes (la note / le bruit, l’écriture / l’improvisation, l’instrument / l’objet sonore) chers à un compositeur qui prospecte une géographie des possibilités sonores.

S’y immerger demande une once d’égarement et de témérité tant le désassemblage des sons, leur caractère abrasif (A Thing Is A Hole In A Thing It Is Not (VIII) et A Thing Made Whole, deux piècescomposées dans la foulée l’une de l’autre) remet en cause l’identité de l’instrument : frottements, étouffements, coups plus ou moins traîtres sur le manche ou le corps du violon, corde, bois, archet et main en conspirateurs ; les bruits s’acharnent à faire naître les sonorités – comme une primiparité maladroitement préparée.

Ecrit cinq ans plus tard, le morceau titulaire ramène à l’instrument : loquace et capricieux, telle une enfant qui s’élance vers la plaine de jeux, hésite, s’arrête, se ravise, se reprend, a l’attention qui bégaie, se penche, se redresse, y va, se réjouit, n’ose plus… Bourrée, qui porte un titre de danse traditionnelle et familière sans rien en citer de façon figurée (Bach cependant étend son ombre sur la chose), prend pied sur des fragments et des impulsions et semble dessiner une structure qu’on ne fait que supputer – comme si Greenwald en tenait jalousement le secret.

Entre les pièces, les Frames, I à IV, forment un dialogue échafaudé entre les deux musiciens, entre le violon et la batterie (Andrew Greenwald a usé les scènes d'improvisation libre et de jazz à New York) – Frame IV, par son crescendo inquiétant, clôt un disque aride et exigeant, d’une écriture singulière.

Son : 7 – Livret : 7 – Répertoire : 5 – Interprétation : 8

Chronique réalisée sur base de l'édition Compact Disc.

Bernard Vincken

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