Festival d’Ambronay : petit format, grande émotion
Le Festival d’Ambronay se poursuit jusqu’au dimanche 27 septembre. Réduit à trois week-ends, le célèbre festival de musique baroque et ancienne offre toujours une programmation fort variée, avec une grande diversité de propositions et une qualité constante.
Requiem imaginaire pour Charles Quint par la compagnie La Tempête
Pour son premier concert à Ambronay, Simon-Pierre Bestion souhaitait mettre en lumière « un témoignage poétique et non exhaustif d’une Espagne à la charnière entre deux mondes », médiéval et de la Renaissance, en prenant pour prétexte la répétition des funérailles de Charles Quint, organisées par le souverain lui-même en 1558. Il s’agit d’une version légèrement remaniée du programme La Bomba Flamenca, dont l’enregistrement a été publié il y a quelques mois : « une sorte d’immersion dans l’environnement musical espagnol » de la Capilla flamenca, créée en 1515 par l’empereur, où régnait l’émulation très forte entre les plus grands musiciens flamands immigrés à la cour d’Espagne. D’où ce titre. Loin de toute reconstitution historique, Simon-Pierre Bestion laisse libre cours à son imagination, avec une spatialisation qui déplace les chanteurs et les instrumentistes à vent dans les nefs latérales. Les jeux de lumières participent également à cette mise en espace, notamment grâce à des lampes-encensoirs ajourées qui créent une sorte d’ombre chinoise ambulante. La musique mêle habilement des pièces issues de traditions occidentale et orientale. Pour ces dernières, les chanteurs utilisent parfois une voix de poitrine presque « brute », offrant un contraste saisissant. Comme toujours chez La Tempête, l’originalité des idées convainc autant musicalement que sur le plan du spectacle.

Opéras de Charpentier par les chanteurs du Jardin des Voix
Autre spectacle mis en espace : celui réunissant deux courts opéras de Marc-Antoine Charpentier, Les Arts Florissants et La Descente d’Orphée aux Enfers, par les Arts Florissants et les chanteurs du Jardin des Voix. La partition montre une autre facette du compositeur, plus connu pour son corpus sacré, mais toujours avec cette élégance inimitable et cette grâce irrésistible. Parmi les chanteurs, la soprano Camille Chopin, dans le rôle d’Eurydice, retient particulièrement l’attention par sa diction parfaite, son timbre riche et intense et sa présence scénique pleine d’assurance. Quant au haute-contre Bastien Rimondi, il assume, en incarnant Orphée, la théâtralité avec beaucoup d’expressivité, au risque parfois de paraître un peu surjoué. La basse Kevin Arboleda offre également une belle prestation, même si l’on aimerait parfois davantage d’autorité et de gravité avec lâcher-prise, notamment dans le personnage de Pluton. À la fin du spectacle, William Christie prend la parole, visiblement ému, pour annoncer que ce concert était le dernier d’une série de vingt représentations, données avec succès dans différents pays d’Europe.
Concerts d’après-midi
Aux côtés de ces deux grandes soirées, l’ensemble Gli Incogniti, sous la direction d’Amandine Beyer, propose un après-midi entièrement consacré à Bach. La légèreté et la fluidité de ses coups d’archet mettent en lumière la virtuosité et la créativité du compositeur, qui se montre ici enjoué et vivace, dans un cadre toujours bien défini. Dans le Troisième Concerto brandebourgeois, Amandine Beyer joue de l’alto avec la même aisance, tout comme Vadym Makarenko, doté d’une étonnante facilité interprétative et d’une musicalité exceptionnelle. Un concert plein de vie et de joie, acclamé avec enthousiasme.
Créé en 2008 et basé à Berne, l’ensemble Les Passions de l’âme, dirigé par la violoniste Meret Lüthi, vient à Ambronay avec les Sonates du Rosaire de Heinrich Ignaz Franz Biber. Les sonates XI à XV et la passacaille sont interprétées sur six violons accordés différemment. Un éclairage savant qui, en associant la présence de l’orgue positif et du psaltérion, apporte une touche d’originalité à cette œuvre relevant des mystères.
Dans le cadre de la série « Ambronay Jeunes Talents », l’ensemble de musique médiévale Ecco La Primavera propose le programme intitulé « Terres guerroyées, dames courtisées », évoquant le temps des croisades et d’autres guerres. Vièles, harpe gothique et flûtes, dont une flûte double, constituent l’instrumentarium de ce concert construit comme une succession de scènes de tapisseries. Introduisant de temps à autre des chants, les trois musiciennes expriment pudeur, douleur ou joie, avec une certaine retenue selon le caractère des pièces, dans une expression qui sonne souvent nostalgique pour nous qui vivons au XXIe siècle.
Concerts du 11 au 13 septembre 2026, abbatial d’Ambronay et salle Monteverdi, dans le cadre du Festival d’Ambronay.
Victoria Okada
crédits photographiques : Bertrand Pichène-CCR Ambronay



