Bruno de Sá, un sopraniste en majesté tous azimuts

par

Heitor Villa-Lobos (1887-1959) : Bachianas brasileiras n°5. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : « Le Rossignol et la Rose », « Le Cygne ». Joseph Canteloube (1879-1957) : « Lou Coucut », « Malurous qu'ouno fenno », « Lo Fiolairé ». Richard Strauss (1864-1949) : « Kling ! ». Alberto Nepomuceno (1864-1920) : « As Uyaras ». George Gershwin (1898-1937) : « The Lorelei ». Maurice Ravel (1875-1937) : « Vocalise-étude en forme de habanera ». Enrique Granados (1867-1916) : « La maja y el ruiseñor ». Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : « Vocalise op. 34 n°14 ». Heinrich Proch (1809-1878) : Aria e Variazioni « Deh, torna mio bene ». Bruno de Sá, sopraniste ; Comunicantus Choir ; Opéra Orchestre Normandie Rouen, direction Pierre Dumoussaud. Texte de présentation en français, anglais et allemand. 59'00''. Erato 0827568014917.

Bruno de Sá avait parcouru les univers baroque et classique dans ses deux premiers enregistrements, qui avaient révélé ce sublime timbre de sopraniste servi par une technique imparable. Cette fois, il s'éloigne de ses ports d'attache naturels pour organiser un disque contrasté autour de « Uyaras », la sirène qui protège sa forêt amazonienne, pouvant aller jusqu'à tuer ses prédateurs. On est donc loin des ondines rêveuses du monde européen, de Lorelei à Rusalka.

Le Brésil est le point de départ de ce voyage inédit avec la 5e des Bachianas brasileiras, où le timbre immaculé du sopraniste fait merveille. L'ambiance est plus variée dans l'air « As Uyaras » d'Alberto Nepomuceno, où l'introduction vocale grandiose et animée contraste avec la séduction subtile, par la sirène, d'un garçon sur le rivage qu'elle ensorcelle ensuite littéralement. Les trois Chants d'Auvergne sélectionnés affichent une vitalité primesautière, le « Lorelei » des frères Gershwin une candeur délicieusement balancée, le « Kling ! » de Strauss un lyrisme engagé et la « Goyesca » de Granados une intensité maîtrisée.

La saveur populaire sécrète un naturel confondant que l'on retrouve magnifié dans les évocations bucoliques du « Rossignol et la Rose » et du « Cygne » de Saint-Saëns. Mais de Sá s'attache aussi à servir le développement instrumental de la voix : la « Vocalise-étude en forme de habanera » de Ravel et l'inévitable « Vocalise » de Rachmaninov, avec une suavité délicieuse ; tout devient ici caresse et langueur.

Pour mieux nous en convaincre, il termine son récital avec un des tubes du pur bel canto romantique : la très virtuose Aria e Variazioni « Deh, torna mio bene » d'Heinrich Proch et, ici, on rend les armes définitivement face à tant de maîtrise mise au service d'une émotion discrète.

Ce qui frappe tout au long de ce récital, c'est le bon goût et le pouvoir d'évocation du sopraniste brésilien, des qualités partagées par l'accompagnement stylé de Pierre Dumoussaud. Certes, si chaque morceau est un joyau en soi, on peut s'interroger sur la capacité de l'auditeur à enfiler d'une seule traite de tels trésors, et on pourrait préférer une écoute plus divisée. Mais après tout, n'est-ce pas l'objectif des éditeurs de publier un ensemble de morceaux variés, susceptibles de rencontrer des succès séparés lors d'écoutes en streaming ?

Pour une fois qu'une telle démarche débouche sur un produit aussi fondamentalement séduisant et cohérent, on ne peut que s'en féliciter !

Son 8 — Livret 8 — Répertoire 9 — Interprétation 9

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