Anneleen Lenaerts entraîne ses partenaires chambristes à la conquête de sonorités inouïes

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French Trios . Claude Debussy (1862-1918) : Sonate pour flûte, alto et harpe, CD 145 ; Prélude à l'après-midi d'un faune. Louis Vierne (1870-1937) : Deux Pièces pour piano et alto, op. 5. Jacques Ibert (1890-1962) : Deux Interludes pour flûte, violon et harpe. Maurice Ravel (1875-1937) : Sonatine en trio pour flûte, alto et harpe ; Ma mère l'Oye. Joseph Jongen (1873-1953) : Deux Pièces en trio, op. 80. Adam Walker, flûte ; Timothy Ridout, alto ; Anneleen Lenaerts, harpe. Texte de présentation en anglais, français et allemand. 76'30''. Warner Classics 1200214336233.

En musique de chambre, une harpiste soliste ne peut que se confronter à l'inédit, ou plutôt à l'inouï. C'est évidemment Debussy qui ouvre la porte à ce voyage novateur avec sa sonate pour flûte, alto et harpe où, loin de se consacrer aux associations de timbres, il prend plaisir à créer des sons nouveaux, allant jusqu'à inverser les pratiques propres à un instrument (les quintes à vide de l'alto ou les arpèges brisés de la harpe) et à les répartir entre ses compères, créant ainsi des sonorités a priori inimaginables. Il en ressort un mimétisme entre les trois musiciens, qui créent des jeux de réparties ensorceleurs.

C'est un fait que la harpiste belge invite à ce jeu deux des grandes pointures de cette génération, l'altiste Timothy Ridout que tous les éditeurs s'arrachent et le flûtiste Adam Walker.

Le programme n'est pas possible sans des arrangements, mais encore faut-il que ceux-ci aient à cœur de fonctionner dans le même esprit de symbiose, ce qui est le cas d'Anneleen Lenaerts pour les deux pièces pour alto et piano de Louis Vierne, ou de Timothy Ridout pour les « Pièces en trio op. 80 » de Joseph Jongen et les « Deux Interludes » de Jacques Ibert, où il substitue son instrument respectivement au violoncelle et au violon. Quant à la fameuse « Sonatine » de Ravel, elle est interprétée dans l'arrangement du grand harpiste Carlos Salzedo, hautement apprécié par le compositeur lui-même.

Le « Prélude à l'après-midi d'un faune » et deux extraits de « Ma mère l'Oye » réclament un réel travail de réinstrumentation ; notre harpiste en a confié l'arrangement à Wouter, son frère compositeur.

Le miracle est que tous ces arrangements sonnent avec un naturel bienfaisant qui s'inscrit largement au sein de l'univers impressionniste, auquel Vierne ajoute quelques relents franckistes. L'ensemble s'écoute d'un seul trait comme un plaisir raffiné, où chaque instrumentiste semble improviser dans l'instant un dialogue profond mais discret avec ses partenaires. Voilà incontestablement la marque de grands instrumentistes qui sont surtout de grands musiciens.

Son 9 — Livret 9 — Répertoire 10 — Interprétation 9

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