A Genève, un Mozart exsangue 

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Pour le deuxième concert de sa série ‘Classics’, le Service Culturel Migros invite un chef renommé, Philippe Herreweghe, à la tête des deux ensembles qu’il a fondés en 1970 et en 1991, le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-Elysées. Tout discophile a gardé en mémoire les remarquables enregistrements consacrés à l’œuvre vocale de Bach.

Que sommes-nous tombés de haut le lundi 15 novembre au Victoria Hall de Genève avec un programme entièrement dédié à Mozart ! Débutant avec la Quarantième Symphonie en sol mineur K.550 prise à un tempo extrêmement rapide, le Molto allegro initial recherche à tout prix les contrastes véhéments, quitte à rendre anguleux le pupitre des vents qui devient même oppressant dans l’Andante tout aussi bousculé où les cordes peinent à exprimer une mélancolie lancinante. Par contre, l’appui sur les temps forts imprime un caractère dansant au Menuetto qui veut alléger la texture sous les couacs des cors sans piston, alors que le Presto final s’ingénie à souligner les audaces harmoniques, sans parvenir à nous intéresser véritablement…

En seconde partie, se met en place le Collegium Vocale Gent pour l’exécution de la Messe en ut mineur K.427. Le Kyrie trouve difficilement son équilibre, tant le geste du chef n’a pas de premier temps, à l’instar de nombre de ses collègues baroqueux. Tandis que quelques aspérités d’écriture sont soulignées, intervient la soprano Regula Mühlemann qui domine à peine sa nervosité dans une tessiture large où le bas medium et le grave sont pratiquement inexistants. Le Gloria a davantage de relief grâce à la prestation de la mezzosoprano Sophie Harmsen qui impose un grain fruité et un legato soutenu dans le Laudamus te dont les ‘passaggi’ sont négociés avec fierté. Dans les séquences en alternance, le chœur pèche par manque d’homogénéité et par force décalages avant de parvenir à un Qui tollis peccata mundi enveloppé d’un pianissimo rasséréné. A un tout autre niveau se situe le Credo bénéficiant d’une véritable dynamique grâce à la précision des cordes qui constituent ensuite un tapis sonore soutenant le sublime Et incarnatus est. Regula Mühlemann y fait enfin valoir la qualité du timbre et l’ampleur des moyens dans une ‘cadenza’ où elle dialogue brillamment avec le hautbois, la flûte et le basson. Tandis que le Sanctus est proclamé par le chœur masquant la précarité d’intonation des cuivres, l’on fait peu cas du ténor David Fischer et de la basse Kresimir Strazanac complétant le quatuor du Benedictus. Et le Hosanna in excelsis Deo achève bruyamment ce concert qui nous laisse une impression ô combien mitigée…

Paul-André Demierre

Genève, Victoria Hall, le 15 novembre 2021

Crédits photographiques : Michiel Hendryckx

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