A Parma, le 1er MACBETH de 1847

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Au cours de chaque automne, les villes de Parma et Busseto organisent un Festival Verdi en l’espace d’un mois ; ainsi, à Busseto est reprise la mise en scène que Pier Luigi Pizzi avait conçue pour Un Giorno di Regno, tandis qu’à Parma, sont affichées trois nouvelles productions, Il Trovatore au Teatro Farnese, Macbeth et Attila au Teatro Regio.

Le Macbeth qui a ouvert les feux le 27 septembre suscite un vif intérêt car, pour la première fois, est présentée scéniquement la première mouture du Macbeth que Giuseppe Verdi proposa au Teatro della Pergola de Florence le 14 mars 1847 et qui est sensiblement différente de la seconde version de 1865 pour le Théâtre-Lyrique de Paris que l’on entend habituellement. L’édition critique réalisée par David Lawton pour la Chicago University Press et la Casa Ricordi à Milano en est la preuve : si le premier acte ne comporte que quelques retouches, le deuxième voit Lady Macbeth attaquer une cabaletta, Trionfai !, qui sera remplacée par La luce langue ; au troisième acte, la scène des apparitions a une musique différente pour les deux premières et un tout autre duetto Vada in fiamme (au lieu de Ora di morte ; et au dernier, le chœur Patria oppressa révèle une introduction orchestrale et une fin de tableau modifiée, alors que le finale est beaucoup plus concis avec le duel Macduff-Macbeth et la scène de mort (Mal per me che m’affidai), qui est bien plus efficace que celui de 1865.

Ici, la réussite est surtout musicale grâce à la direction du chef français Philippe Auguin qui, dès le Preludio, met en valeur la noblesse du discours, tout en donnant un caractère à chacun des tableaux ; il est conscient que ce dixième ouvrage du musicien est encore tributaire de l’esthétique de Nabucco, Ernani ou Attila. Et sa dynamique s’impose aisément auprès de la Filarmonica Arturo Toscanini, associée à l’Orchestra Giovanile della Via Emilia, et du Chœur du Teatro Regio, remarquablement préparé par Martino Faggiani.

Sur scène, tous les regards se portent sur le couple infernal. Anna Pirozzi est une Lady Macbeth qui a les moyens d’un ‘soprano drammatico di agilità’, dominant une tessiture large où l’aigu est péremptoire comme une lame de couteau, et le medium et le grave, de bonne consistance. Sa technique aguerrie lui permet de négocier les traits les plus insidieux jusqu’à un contre-ré bémol plat qu’elle peut délivrer pianissimo grâce à un art du phrasé consommé. Face à elle, Luca Salsi campe d’abord un Macbeth tout d’une pièce, un peu raide dans sa tendance à chanter continuellement ‘forte’ ; mais plus l’action avance, plus il est convaincant, en sachant rendre sa scène finale, bouleversante. Michele Pertusi a l’autorité d’un Banquo au timbre cuivré, victime d’un destin adverse. Le jeune ténor Giovanni Sala est encore un peu vert ; mais son Ah, la paterna mano exhibe une ligne de chant sensible, tandis que Matteo Mezzaro est un fougueux Malcolm.

Le point noir de la production est, comme souvent aujourd’hui, la mise en scène de Daniele Abbado, conspué le soir de la première par toutes les catégories du public. Et comment ne pas donner raison aux spectateurs lorsque l’on découvre un décor misérabiliste, fait de rideaux plastifiés dont la laideur est masquée par une pluie déferlante ; car dans ce Macbeth il ne fait que pleuvoir. Ceci vaudra aux sicaires chargés d’assassiner Banquo d’apparaître avec des parapluies comme dans Singing in the Rain ou aux réfugiés écossais de s’abriter sous leurs valises. Il va de soi que la plupart des costumes imaginés par Carla Teti sont noirs, que ce soient pour les sorcières évadées d’une usine pharmaceutique, n’exhibant que pour un instant des jupes et traînes rouges comme le prix du sang, ou pour les uniformes militaires de Macbeth et de ses troupes ou pour les smokings portés par les convives du festin. Particulièrement atroce s’avère le troisième acte, situé dans un lupanar sordide où la faune masquée laisse apparaître un ou deux travestis et trois ballerines ailées échappées de La Sylphide de Bournonville. La direction d’acteurs est à peu près inexistante jusqu’au moment où l’on parvient au dernier tableau avec une forêt de Birnam projetée qui s’élève pour s’avancer à l’encontre du souverain déchu. Mais que gâchis visuel, alors que, pour une fois, l’occasion nous était donnée de découvrir à la scène le premier Macbeth !

Paul-André Demierre

Parma, Teatro Regio, le 5 octobre 2018

Crédit photographique :  Roberto Ricci

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