À Turin, de fascinants Pêcheurs de perles

par pros and cons of dating someone in the army

Pour son ouverture de saison, le Teatro Regio de Turin choisit un ouvrage français, Les Pêcheurs de Perles de Georges Bizet, donné dans la première version de 1863 et dans la langue originale. Depuis décembre 1886, l’œuvre a été présentée cinq fois dans la capitale piémontaise, deux fois en concert et trois fois en scène, les trois dernières représentations en traduction italienne remontant à juin 1959 au Teatro Nuovo qui affichait Alfredo Kraus, Renata Scotto et Enzo Sordello sous la direction d’Oliviero de Fabritiis.

Aujourd’hui, le Teatro Regio se veut innovateur en proposant l’édition critique de 2015 qu’a réalisée le musicologue Brad Cohen qui reconstitue la version en trois actes telle qu’elle fut jouée au Théâtre-Lyrique de Paris le 30 septembre 1863, comportant notamment un finale où Zurga met le feu au village pour permettre la fuite des amants, alors que dans les remaniements de 1885 et 1893 commis par l’éditeur Choudens, il en viendra au suicide.

De cette partition fascinante, le chef Ryan McAdams se fait l’ardent défenseur. Lui qui l’avait proposée en concert le 12 mars 2015 à la RAI de Turin, il s’ingénie à en révéler l’originalité en mettant en valeur l’orchestration raffinée (le crescendo évoquant le lever du jour à l’entrée de Leila, l’imitation de la guzla et des tambours orientaux par la harpe et les percussions) ; et sa direction de l’Orchestre du Teatro Regio l’innerve d’une vitalité théâtrale qui tient le spectateur en haleine. Et l’effectif choral renforcé, préparé par Andrea Secchi, en accentue le coloris, tout en se faisant pour une fois comprendre dans une langue qui n’est pas la sienne !

De la partie visuelle sont entièrement responsables Julien Lubek et Cécile Roussat qui ont conçu mise en scène, chorégraphie, décors, costumes et lumières. Leur propos est d’illustrer une fable romantique qui se déroule dans un Orient de fantaisie, miroir quelque peu daté de nos rêves, d’où le recours à une série de tableaux parfois intimes, parfois extérieurs, qui ressemblent à des miniatures hautes en couleurs. Certes, l’on peut sourire face à ce littoral rocheux surplombant une surface vitrée représentant la mer, face à ces tuniques bigarrées qui semblent provenir de lithographies anglaises du XIXe. Mais ces tableaux naïfs émanent de l’imaginaire de Nadir et de Zurga, évoquant de lointains souvenirs. La mise en scène se contente donc de relater la trame, quitte à doubler chaque chanteur par un acteur mimant les faits et gestes dont la mémoire a gardé la trace. Sporadiquement, interviennent cinq danseurs qui animent ces tableaux vivants avant de se refondre dans la masse. Et finalement la production se regarde avec plaisir, surtout par une large part du public qui découvre l’ouvrage.

Sur scène se profile en premier lieu la jeune soprano arménienne Hasmik Torosyan qui nous éblouit par la clarté d’un timbre pulpeux, allégé par les artifices du chant orné, mais en mesure de négocier les élans pathétiques rendant son incarnation si bouleversante, notamment dans la romance « Comme autrefois » qui n’a plus rien d’un air convenu. Face à elle, le Nadir du ténor toulousain Kévin Amiel peine à s’imposer par une émission serrée qui engorge l’aigu en ne lui concédant qu’un phrasé sans finesse, ce qui suscite l’incompréhension d’un public accoutumé à des voix beaucoup plus chaleureuses ; mais plus l’action progresse, plus il convainc par le total engagement de son personnage. Fabio Maria Capitanucci étant malade, le rôle de Zurga est assuré au pied levé par le baryton belge Pierre Doyen qui tente de trouver ses marques dans le célèbre duo « Au fond du temple saint » ; mais rapidement la diction soignée et la couleur mordorée du timbre s’allient pour façonner la stature tragique de son incarnation, déchirée entre la jalousie du mal aimé et la noblesse du chef de tribu. Quant au Nourabad d’Ugo Gagliardo, il a la sonorité grasse de la basse sacerdotale qui ne présente aucun intérêt. Mais au rideau final, le public ovationne l’ensemble du plateau et le chef qui a su valoriser l’originalité de ces Pêcheurs de Perles.

Paul-André Demierre

 Turin, Teatro Regio, le 8 octobre 2019

Crédits photographiques : Edoardo Piva | Teatro Regio Torino

 

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