Adorations, premier album du Quatuor Isidore
Adorations. Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor à cordes op. 20 n° 2. Samuel Barber (1910-1981) : Adagio pour quatuor à cordes op. 11. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Quatuor à cordes op. 44 n° 3. Florence Price (1887-1953) : Adoration (transcription pour quatuor à cordes de Samuel Araya). 2026. Isidore String Quartet : Phoenix Avalon et Adrian Steele, violons ; Devin Moore, alto ; Joshua McClendon, violoncelle. Notice en anglais. 64' 02''. Delos DE 3622.
C'est à Joel Krosnick (1941-2025), violoncelliste du Quatuor Juilliard pendant plus de quarante ans et dont ils reçurent l'enseignement à la Juilliard School, que le Quatuor Isidore a choisi de dédier leur premier CD. Formé en 2019, le jeune ensemble marque par ailleurs son admiration pour leurs illustres prédécesseurs jusqu'à se choisir pour nom le prénom d'Isidore Cohen, deuxième violon de la formation new-yorkaise dans ce qui fut sans doute sa plus belle période (1958-1968) avant de rejoindre pendant 23 ans les rangs du Beaux-Arts Trio.
Le programme mêle habilement deux quatuors issus de la grande tradition austro-allemande avec deux pièces introspectives dues à des auteurs américains du XXe siècle.
Les considérables qualités du jeune ensemble apparaissent clairement dès les premières mesures du Quatuor op. 20 n° 2 de Haydn. Justesse irréprochable, unanimité de l'ensemble, sensibilité harmonique, art de l'écoute réciproque, parfait équilibre entre les voix, approche franche sans maniérisme ni brutalité. Les musiciens new-yorkais sont également au fait de la pratique historiquement informée, jouant généralement sans vibrato aucun. Leur sonorité très typique de l'école américaine — très claire, ouverte, voire tranchante — n'enchantera sans doute pas ceux qui préfèrent un son de quatuor plus chaleureux et travaillé. Mais il faut leur reconnaître un vrai art du juste milieu interprétatif, comme dans ce Menuet aux relents de vielle à roue, interprété avec une belle franchise, sans godillots ni escarpins. De même, la Fugue conclusive donne une belle impression de conversation civilisée à quatre, sans la moindre trace de perruque poudrée.
Après le brillant jeu d'esprit de Haydn, on passe au célébrissime Adagio de Barber, dont le Quatuor Isidore offre une performance marquée par une grande clarté mais assez peu de chaleur. Renonçant au vibrato dans un premier temps, l'ensemble l'ajoute peu à peu, bâtissant le récit avec beaucoup de lucidité. Les Isidore savent pertinemment où ils vont et l'apothéose de cet Adagio les voit adopter un beau vibrato unanime, avant de terminer sur une sérénité retrouvée sans pour autant relâcher la tension, le tout dans un tempo qui ne traîne pas indûment.
Et quelle bonne idée de défendre l'un des quatuors de Mendelssohn, un corpus d'une impressionnante qualité mais encore bien trop sous-estimé. Si l'Allegro vivace introductif montre que les Isidore ne sont pas insensibles au côté musclé de la musique, ils manquent hélas de cette indéfinissable grâce mendelssohnienne dans les épisodes chantants du mouvement. Cependant, leur sonorité ample et quasi symphonique dans les passages les plus ouvertement dramatiques impressionne.
Dans le Scherzo, les musiciens font apprécier un très beau contrôle de la dynamique, sans crispation aucune. Malheureusement, ils ne parviennent pas à rendre pleinement le côté aérien et féerique de la musique.
Dans l'Adagio ma non troppo, la profondeur de son du quatuor continue d'impressionner et on sent les musiciens davantage impliqués. Le sérieux de l'interprétation est indubitable, mais on admire plus qu'on n'adhère à cette approche où, pour ne donner qu'un exemple, les plaintes du premier violon manquent vraiment de douceur.
Le Finale, Molto allegro con fuoco, termine l'œuvre en beauté. Les Isidore s'y montrent très sûrs, sans précipitation aucune et offrant de beaux contrastes de dynamique. Qui plus est, cette approche virile et énergique n'exclut pas la tendresse (comme dans le bel épisode lyrique autour de 2'00).
Retour aux États-Unis pour conclure le programme sur la brève Adoration de Florence Price. Composée à l'origine pour orgue, il s'agit d'un morceau au caractère d'hymne, écrit dans un style post-dvořákien, mélodieux et un peu sucré. Le Quatuor Isidore — qui annonce dans la notice, honnêtement assez indigente, faire grand cas de cette œuvre — s'y montre plus ouvertement expressif.
En conclusion : un quatuor au talent incontestable, mais qui gagnerait à raffiner ses interprétations. Ou pour revenir sur le titre du programme : on admire déjà, mais on n'adore pas encore.
Son : 10 — Livret : 4 — Répertoire : 10 (Haydn, Mendelssohn), 9 (Barber), 6 (Price) — Interprétation : 8,5



