Alexandre Debrus pare d’un chaleureux lyrisme pastoral le concerto pour violoncelle de Dvořák
Antonín Dvořák (1841-1904) : concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur op. 104 — Alexandre Debrus, Arpeggio Symphony Orchestra, Gilberte Boucher — Pas de texte de présentation — 43'17 — Pavane
On n'a guère entendu qu'une fois ce cheval de bataille du répertoire pour violoncelle lors des finales du Concours Reine Elisabeth. On a par contre écouté avec plaisir les commentaires d'Alexandre Debrus sur Musiq'3, l'avis non pas d'un critique mais d'un vrai musicien qui fait comprendre de l'intérieur les prestations des finalistes. Et voilà que, justement, le tableau se retourne puisqu'à la veille des finales, Pavane sortait l'enregistrement du 2e concerto de Dvořák sous les doigts du même Debrus. Allons donc nous promener avec lui de l'autre côté de l'estrade pour le découvrir en concert public en compagnie de l'excellent Arpeggio Symphony Orchestra sous la baguette attentive de Gilberte Boucher.
Le chef-d'œuvre présente une double dimension et oscille entre des moments francs, propulsés par une énergie sincère, et des instants d'abandon tout empreints d'une réelle ferveur populaire. Encore, entre ces deux tendances, faut-il au soliste éviter de succomber à l'esbroufe ou de tomber dans le chromo réconciliateur. C'est ce que réussit avec une extrême justesse Alexandre Debrus dans une interprétation aussi sincère qu'ardente. D'emblée, on est séduit par une grande voix nette et franche qui, très vite dans l'allegro initial, s'émeut dans son dialogue avec les bois. Si de bout en bout le ton demeure éloquent, il l'est sans excès et génère une belle fluidité dans le développement du mouvement.
Simplicité et naturel imprègnent l'adagio ma non troppo où la belle voix grave du violoncelle distille un chant épanoui, riche de ton mais intime dans sa portée. Point de sensiblerie ici, mais plutôt un souci extrême de la ligne mélodique. Bien cadencé, le finale affiche une santé roborative qui dissimule un évident sens de la danse, mais c'est pour ensuite y glisser des instants de rêverie populaire, culminant dans l'incroyable dialogue final avec le violon solo. Tout au long de cette interprétation, la musique conserve sa force tonique sans jamais rien perdre de sa verve populaire. C'est dans ces moments habités que le violoncelliste réussit la synthèse du panache et du naturel si propre à l'écriture de Dvořák. Eh bien oui, en Alexandre Debrus, le musicien égale le commentateur pour nous révéler l'artiste, simple et direct.
Son 9 — Répertoire 8 — Interprétation 9



