Arnold Schönberg, Rachmaninov, Beethoven et Wagner en partitions
Arnold Schönberg (1874-1951) : Drei Klavierstücke Opus 11, Universal Edition, ISMN 987-3-7024-0060-6
Si Universal Edition décide avec cet ouvrage de ne proposer aucun texte de présentation ou notice, il n’est guère difficile de trouver quelques informations sur ces Drei Klavierstücke opus 11 d’Arnold Schönberg. Notons néanmoins qu’il s’agit ici d’une adaptation pour violoncelle et piano proposée par Christophe et Michael Pantillon. Schönberg écrit ces trois pièces en 1909, une période particulièrement productive avec l’écriture notamment d’Erwartung et des Cinq pièces pour orchestre opus 16. Malgré une entrée dans l’atonalité, les trois pièces reflètent encore un geste hérité du romantisme, avec des touches proches d’autres compositeurs du XIXᵉ siècle, à l’instar de Brahms, notamment dans l’intensité expressive. Mais derrière cette évolution de langage et cette modernité naissante, le travail sur l’expression reste majeur ici. On y retrouve une spatialisation du son, des couleurs sombres et abstraites par l’utilisation de tous les registres du clavier, tandis que le violoncelle complète la partie de piano par son chant naturel. Le travail de Christophe et Michael Pantillon ne se limite toutefois pas à un simple ajout mélodique. Les deux instruments se complètent, s’enlacent et se répondent de manière délicate, offrant ainsi une adaptation intéressante. Nous regrettons néanmoins quelques informations sur la nature et la genèse de cet ouvrage.

Sergei Rachmaninov (1873-1943) : Œuvres pour violon et piano, Bärenreiter, ISMN 979-0-006-57906-8
A l’inverse, Rachmaninov, à la même époque, n’adapte guère cet élan novateur du langage musical et reste profondément romantique. Pour comparaison, il écrit son Concerto n°3 pour piano, l’un des plus célèbres, également en 1909 : deux écoles diamétralement opposées. Bärenreiter, avec la qualité d’impression et le souci du détail qu’on leur connaît, réunit ici les œuvres de musique de chambre pour violon et piano du compositeur russe. Fait intéressant, la Romance fut publiée huit ans après la mort de compositeur, avec des annotations du violoniste Louis Persinger. La source utilisée par Persinger n’ayant jamais été retrouvée, cette édition constitue à ce jour la seule source existante. L’ouvrage comprend également les Morceaux de salon opus 6, d’une difficulté modérée mais d’une expression extrême. Rachmaninov privilégie les registres central et grave des deux instruments pour la Romance, et adopte une énergie virevoltante empruntée au folklore pour la Danse hongroise. Le compositeur dessine ces deux pièces vers 1893, un an après la publication de l’opus 2 pour violoncelle et piano. Autre fait intéressant, l’emploi de la langue française pour les titres, probablement afin de faciliter une diffusion plus large, choix que Daniela Macchione conserve ici. En fin de volume, Bärenreiter ajoute Hopak, une pièce pour orchestre de Moussorgski arrangée par Rachmaninov pour violon et piano.

Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates pour piano, volume I, Bärenreiter, ISMN 979-0-006-57821-4
L’œuvre de Beethoven ne cesse d’être rééditée par de nombreux éditeurs, souvent avec un travail fondé sur de nouvelles sources, ou proposant différents doigtés, coups d’archet…Bärenreiter propose un premier volume des Sonates pour piano de Beethoven, accompagné des doigtés du pianiste Marc-André Hamelin. Édité par Jonathan Del Mar dont on ne salue plus la qualité et le sérieux de ses recherches, ce volume réunit douze sonates de jeunesse, les trois WoO 47, les trois de l’opus 2, l’opus 7, les trois de l’opus 10, la Pathétique et les deux de l’opus 14. Dans la préface, Del Mar expose et défend ses idées sur l’articulation, les dynamiques mais aussi la question de la pédale, les liaisons, les trilles, les accents… Une véritable mine d’informations à lire avant toute interprétation, tant elle permet de mieux appréhender ce répertoire si souvent joué. Enfin, Del Mar a souhaité placer, en caractères gras, les doigtés authentiques, en miroir de ceux d’Hamelin.

Richard Wagner (1813-1883) : Lohengrin, Vorspiel, Breitkopf und Härtel, ISMN 979-0-004-21703-0
Également proposé sans aucun texte de présentation, Breitkopf offre une nouvelle et belle édition de l’exceptionnel Prélude de Lohengrin, une pièce qui va crescendo et qui exige des cordes un travail conséquent sur l’expression et l’intonation. Considéré comme l’un des préludes les plus célèbres, ce Vorspiel figure parmi les pages les plus expressives du compositeur allemand. Il navigue entre clair-obscur et lumière, mêlant des atmosphères mystiques et heureuses. L’écriture est transparente, à travers une orchestration relativement classique, dans des registres plutôt aigus. Peu à peu, le son se densifie et s’amplifie vers un climax final soutenu par l’harmonie et les percussions, avant de revenir à une atmosphère calme et sereine. Breitkopf propose une édition de haute qualité, ainsi qu’une lecture aisée pour l’interprète.



