Avec « L’Uomo femina », un opéra féministe, Galuppi nous emmène vers un avant-Mozart

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Baldassare Galuppi (1706-1785) : L'Uomo femina ; Eva Zaïcik (Cretidea), Lucile Richardot (Ramira), Victoire Bunel (Cassandra), Anas Seguin (Gelsomino), Victor Sicard (Roberto), François Rougier (Giannino), Le Poème Harmonique, Vincent Dumestre. Texte de présentation en français et anglais – 109'00 – Château de Versailles

Baldassare Galuppi est décidément un fervent défenseur de la cause des femmes. En 2011, Stefano Mazzonis di Palafrera montait à l'ORW L'inimico delle donne (1771), une mise en cause de la misogynie dans une Chine onirique. Mais dès 1762, avec cet L'Uomo femina, il nous racontait l'histoire d'une monarchie dominée par les femmes où les hommes sont condamnés à la couture ou au maquillage, non sans que, finalement, Roberto ne réimpose un patriarcat de bon aloi auquel cède par amour la reine Cretidea. Même si le livret laisse une porte ouverte : « Mais qui a de l'entendement et du bon sens comprendra sans peine ce que l'auteur a voulu dire… ».

On connaît encore mal ce compositeur vénitien, surnommé il Buranello, du nom de l'île de Burano dont il est originaire : il constitue pourtant une étape importante sur le chemin qui mène à Mozart. Redoutable homme de théâtre, il s'engage à fond dans le genre du buffo, donnant par la brièveté de ses airs et ensembles un rythme allant à la représentation, loin des arcanes compassées de l'opera seria. Ici l'action va vite, vive et leste. Les protagonistes s'investissent totalement dans le déroulement alerte du récit. Leurs sentiments justes et précis s'expriment avec un beau naturel, servis par une musique d'une redoutable efficacité.

Eva Zaïcik et Lucile Richardot prêtent leurs timbres éloquents à la reine Cretidea et à Ramira, sa fidèle suivante, face à la fière abnégation du Roberto de Victor Sicard. Le spectacle avance à un rythme soutenu, porté par un Poème Harmonique auquel Vincent Dumestre insuffle une irrésistible dynamique. On ne succombe sans doute pas vraiment à de grands moments d'extase, mais la vérité de ce spectacle réside dans sa théâtralité conquérante et, sur ce point, Galuppi et ses interprètes sont irrésistibles.

Son 8 – Livret 9 – Répertoire 9 – Interprétation 9

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