Strauss sans la tempête intérieure.

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Richard Strauss (1864-1949) : Eine Alpensinfonie, op. 64. Royal Philharmonic Orchestra, Vasily Petrenko, direction. 2026. Livret en français, anglais et allemand. 54'00. Harmonia Mundi HMM 902797.

Il y a des œuvres qui réclament l'ascension, la sueur, le vertige. La Symphonie alpestre de Richard Strauss en fait partie. Vasily Petrenko et le Royal Philharmonic Orchestra proposent ici une lecture belle, soignée, souvent contemplative, mais qui laisse sur sa faim celui qui attend que la montagne devienne un drame.

Le chef prend son temps : près de 54 minutes. Ce n'est pas un détail. Chez lui, le promeneur respire. L'auditeur aussi, qui par conséquent retrouve un peu d'air dans cette partition souvent saturée de cuivres, de percussions et de grandiose. Il y a de l'élégance, une forme de recueillement, parfois presque une mélancolie dans les paysages straussiens. Les cordes chantent, les bois dessinent, l'orchestre reste lisible. C'est esthétiquement réussi.

Mais voilà : cette Alpestre est aussi une œuvre de confrontation. Avec la nature, bien sûr, mais aussi avec soi-même. Or Petrenko retient beaucoup. Un peu trop, à notre goût. Là où Mravinsky, Previn ou Mariss Jansons font entendre l'épopée, le danger, voire une forme d'orgueil héroïque, le chef russe privilégie la nuance et la contemplation. Les cuivres, très présents dans la prise de son, donnent du relief et de la matière, mais ils ne déclenchent pas toujours l'émotion attendue. On admire ; on ne frémit pas toujours.

L'exception vient du Gewitter und Sturm, mené tambour battant. Enfin, la nature se déchaîne, l'orchestre s'embrase, et l'on retrouve ce que l'on cherchait depuis le début de l'enregistrement : de l'urgence, du risque, une vraie tension dramatique. Cette tempête débouche d'ailleurs sur une conclusion plus émotionnelle que dans la plus grande partie de l'ouvrage. Dommage qu'il faille attendre l'orage pour que la montagne prenne vie.

Cette version n'est donc pas sans qualités, loin de là. Elle séduira ceux qui aiment un Strauss plus méditatif, moins démonstratif, plus attentif au paysage qu'à l'aventure. Mais la Symphonie alpestre ne se réduit pas à une belle carte postale. Elle est aussi un chemin de vie, une épreuve, parfois une tragédie en plein air. Sur ce terrain-là, Petrenko reste prudemment en contrebas.

Son : 9 Notice : 10 Répertoire : 10 Interprétation : 8

Bertrand Balmitgère

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