Un légendaire pianiste anglais du siècle dernier : ample et significative anthologie

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SOLOMON : concertos, sonatas and pieces. Johann Sebastian Bach (1685-1750), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Arthur Bliss (1891-1945), Johannes Brahms (1833-1897), Frédéric Chopin (1810-1849), Édouard Grieg (1843-1907), Joseph Haydn (1732-1809), Franz Liszt (1811-1886), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Robert Schumann (1810-1856), Alexandre Scriabine (1871-1915), Piotr I. Tchaikovsky (1840-1893). Solomon (Cutner), piano ; Gregor Piatigorsky, violoncelle; Henry Holst, violon ; Anthony Pini, violoncelle ; Orchestre de la RAI de Turin, Lorin Maazel ;  Philharmonia Orchestra,  André Cluytens, Issay Dobrowen, Herbert Menges, Walter Süsskind ; Orchestre philharmonique de Liverpool, Adrian Boult. Livret en allemand, anglais. 1932-1956 (sic, et non 1942-1956 comme indiqué sur la quatrième de couverture). 11h52’42. Hänssler Profil PH20032

Les récentes publications du label Hänssler honorent trois grands pianistes du XXe siècle : Halina Czerny-Stefánska, Rudolf Firkušný. Et Solomon Cutner (1902-1988). Le public le dénommait de son seul prénom, en souvenir affectueux de ses débuts d’enfant-prodige, exploités par Mathilde Verne, une élève de Clara Schumann. Exploités au point que cette célébrité précoce ébranla la psychologie du garçon. Simon Rumschisky mit bon ordre dans sa technique. Aguerrissement à Paris auprès de Lazare-Lévy, rayonnement international (Europe, USA, Japon, Australie, Inde…). En 1956, une attaque cérébrale le laissa handicapé et interrompit sa carrière jusqu’à la fin de sa vie. L’intégralité de son legs avait été engrangé par Columbia puis His Master’s Voice. Après quelques enregistrements au début des années 1930, le producteur Walter Legge réactiva les sessions au sortir de la guerre. Rien d’aventureux, du solide : prédominance des grands concertos, prédilection pour le corpus germanique, à l’instar de Clifford Curzon, l’autre éminent pianiste anglais de sa génération. Son répertoire était sérieux, et il le jouait sérieusement, avec un exceptionnel degré de poésie, de souplesse et d’infinis dégradés, résumait Harold Schonberg (The Great pianists, p. 454, Simon & Schuster, 1987). Un style fin, expert dans les dosages dynamiques, capable de tresser les lignes de chant sans casser le fil, qui nous vaut des mouvements lents infusés d’ineffables moments. Une coulée de legato qui étreint, voit loin : on sent là l’influence de Lazare-Lévy. Le sentimentalisme se limite à une grâce épurée : une absence d’affectation qui sied à nos oreilles d’aujourd’hui, rarement au risque de la froideur, de l’insondable et du détachement, se fondant dans le paysage plutôt que le stimulant. On retrouve toutes ses caractéristiques dans ce coffret de dix CD, largement représentatif à défaut d’exhaustivité : la plupart des sessions de studio sont là, augmentées par quelques prises publiques ou radiophoniques. Profil concurrence ici le boîtier Icon empaqueté par Emi en 2008, dont le programme se recoupe. Hormis les live, le frêle livret ne date les enregistrements que par l’année ; nous vous indiquons ci-dessous des références plus précises, au sein d’un inventaire comparatif.

Le fonds brahmsien soliste pour HMV est ici complet : des Variations Haendel mal dégrossies nonobstant leur réputation (juillet 1942), l’Intermezzo op. 117/2, la Rhapsodie op. 79/2 (avril 1944), et la Sonate n°3 (août 1952) d’une sobre facture. En revanche, aucun des deux concertos (le n°1 avec Rafael Kubelik en septembre 1952, le 2 avec Issay Dobrowen en avril 1947) réalisés pour la marque anglaise. Mais voici le n°1 (mal capté, sonorité nasale et prosaïque) pour la Radio italienne en 1956 avec l’orchestre de la RAI de Turin sous la baguette du tout jeune Lorin Maazel, qui élonge le discours (4’20 d’introduction !) autant qu’il l’articule. Du premier mouvement, le chef ménage une vision au long souffle, phrasée avec autorité, entre drame et componction, dont le clavier épouse la respiration malgré quelques menus accidents de lecture et dystrophies, sans parler d’un timbre vilain, exfolié par les micros. Le Finale se montre grincheux et crancheux : dommage que le coffret débute par cette déception car malgré le tonnerre d’applaudissements, on doute que le néophyte sera convaincu de la stature de Solomon au travers cette ingrate archive, surclassée par la version studio avec le chef tchèque.

Mozart : des trois Concertos (n°15, 23, 24, tous avec un Philhamonia délicieusement fruité), Profil a choisi le n° 15 conduit par Otto Ackermann, là où Icon avait préféré le n° 24 avec Walter Susskind. Icon retenait les deux Sonates (n° 11 & 18) gravées pour HMV, Profil se contente de la K. 576 (tant pis pour la Marche turque !) mais la couple avec la n° 13 tirée d’un live BBC d’août 1956, dont le pitch fluctuant pourra agacer l’oreille ; à ne pas confondre avec une précédente prise du 4 mai 1943, un 78 tours resté dans les cartons et que nous avait restitué un CD Philips. Au même rayon classiciste, Solomon se pencha sur deux Sonates de Haydn : la XVI/35 d’août 1952 et la XVI/37 d’avril 1946, laquelle nous est rendue dans le CD3. Fermeté rythmique et précision du détail : un trésor !

Beethoven. Des cinq Concertos avec le Philhamonia (1952-1956), les deux coffrets ont élu L’Empereur, interprétation moins impériale qu’impérieuse : effilée et tranchante par la baguette, inventive et moelleuse par le clavier. Un résultat entêté, ludique et aérien, étonnant cocktail. Icon abondait avec le n° 3 également dirigé par Herbert Menges, Profil a préféré le n° 2 avec André Cluytens. La mécanique y fonctionne avec aisance et simplicité, sans crispation mais une onction qui renvoie sans cesse à Mozart. S’il existe une lecture où l’on peut apprécier le nuancier de Solomon, c’est celle-ci ! Et quelle imagination dans la cadenza ! Le chef belge tire des prodiges de volupté dans l’Adagio, moiti et spumescent, où miroite un clavier sublimé, qui dans le finale pétillera sans perdre l’aplomb. Sonates : parmi les dix-huit enregistrées à Londres entre 1948-1956 (no 1, 3, 7, 8, 13, 14, 17, 18, 21, 22, 23, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32), jalons d’une intégrale abattue en vol par la fatalité, Icon proposait le même évident tiercé que Profil (8, 14, 23), en leur adjoignant les 21, 26 et 29 de 1952. La Pathétique un peu trop dépenaillée se rachète par le merveilleux cantabile central. Étiré sur huit minutes et demie, l’Adagio liminaire de la Clair de lune se distend, se lamine dans un esseulement sans secours ni boussole. Une leçon de perspective dans le bref allegretto médian. Ainsi embrasée, l’Appassionata frappe par l’urgence du récit, on s’en douterait, mais surtout par ses périls en embuscade, sa transe insurrectionnelle aussi sombre que pugnace. Non une théâtralité romancée, mais les estocades du destin. Ces alarmes surgies de partout restent à peu près inégalées dans les annales, hormis Yves Nat à la même époque. Le finale n’est pas dramatisé, il est pourchassé ! Quand retentit le presto conclusif (3’59), on aura noté que le texte de la réexposition est abrégé. Profil a malencontreusement écarté la Hammerklavier, une légende du microsillon, mais inclut les n° 3 et 14 (celle-là mieux canalisée, aux tempi plus conventionnels qu’en 1952) captées à Berlin en février 1956, déjà exhumées par le label Appian -APR 7030. Ainsi que des collaborations chambristes. Le Trio Archiduc avec les archets d’Henry Holst et Anthony Pini (septembre 1943) d’une élégance surannée, d’une sonorité précaire (cordes âcres, violon spongieux), mais d’une tendresse toute schubertienne (un Andante inoubliable pour sa chétive rêverie) : par son lyrisme transi, ce témoignage doux-amer rivalise avec la luxueuse équipe Rubinstein-Heifetz-Feuermann qui venait de s’immortaliser chez RCA. La Sonate pour violoncelle n° 5 avec Gregor Piatigorsky tirée de leur intégrale des cinq (octobre 1954), mise sur le marché quelques mois après Casals/Serkin (Columbia) : après les crocs de fauve, des pattes de félin.

Le CD 3 intègre la majorité du Chopin pour HMV (1932-1946) à l’exception de la Polonaise n° 3 (novembre 1932), de l’Étude op. 25/3 de 1934 (celle de septembre 1942 lui est substituée), de la Berceuse en ré bémol et de l’Étude op.10/9 (chacune en septembre 1942), de la Valse op. 42 (juillet 1945), de la Mazurka op. 68/2 (avril 1946), et du Nocturne op. 27/2 (août 1952). Un artisanat sain, limpide, dessiné d’un trait vif, d’une grande densité polyphonique qui est la marque d’un esprit lucide. On placera au sommet la Ballade n°4, d’une remarquable intelligence, d’une suprême organisation interne (notez comment se damasquine le ressac à 2’51, parfait équilibrage des trois voix). Quelle fière allure dans la Polonaise « héroïque » (la vélocité de main gauche pour le galop central à 2’54) !

Le CD 10 assemble le Concerto Italien de Bach, une poignée de Chopin (premier Nocturne, Scherzo n°3, Fantaisie en fa mineur) et de Brahms (deux Intermezzi, la Rhapsodie en si mineur) issus des sessions berlinoises sus-évoquées, elles aussi déjà rééditées par APR. Aussi le Carnaval de Schumann que l’on trouvait sur un double-album chez Audite (ne pas confondre avec la notoire mouture londonienne de juin 1952 chez Emi). La qualité des captations allemandes permet d’entendre le relief et la palette de Solomon dans tout leur éclat. L’unique autre enregistrement schumannien se trouve dans Profil et Icon : le Concerto avec Menges (1956), enchâssant un soliste parfois prude voire passagèrement mutique, tout en soie et modelé.

Le reste du lot se consacre au répertoire concertant (post)romantique, sauf mention contraire avec le Philharmonia, où rien n’est oublié. Le Concerto de Scriabine d’une eau parfumée : impublié à l’époque, il ne sera diffusé qu’en CD par Emi et Testament. Le Concerto n°1 de Tchaikovsky, lui aussi  de mai 1949 et avec Issay Dobrowen (date avancée par Michael Gray dans l’ARSC Journal, or le livret indique 1947) honnêtement servi, vaut surtout pour sa fluidité, notamment les envolées au cœur de l’Andantino. Hélas, les micros étrécissent la présence de l’instrument. Le Tchaikovsky de novembre 1929 avec Hamilton Harty est laissé de côté, on le débusquera par exemple chez Naxos. Rappelons que Solomon avait triomphé dans cette œuvre dès l’âge de huit ans ! La Fantaisie hongroise de Liszt avec Walter Susskind (avril 1948), crépitante, intensément condimentée, fièrement galbée : toujours une des plus émoustillantes de la discographie ! Enfin : le Concerto de Grieg avec Menges (septembre 1956), purement tracé, parcouru avec probité. Et le flamboyant (russifiant) Concerto d’Arthur Bliss avec Adrian Boult et le Liverpool Philharmonic (janvier 1943), quatre ans après que Solomon en eut assuré la première audition au Carnegie Hall avec le New York Philharmonic : un document historique, brûlant et insurpassé.

Hormis ce que nous avons signalé, que manque-t-il au regard de la discographie « studio » officielle de Solomon ? Pas grand-chose : quelques pages éparses de Bach, Couperin, Daquin, Scarlatti, Debussy, Liszt (Rhapsodie hongroise n°15, Au Bord d’une source, La Leggierezza), et Séverac. On regrettera surtout les deux Sonates de Schubert (n° 13 & 14 d’août 1956 et décembre 1952), évincées de ce coffret mais aussi du boîtier Emi.

Bilan : aucun inédit à glaner, mais une copieuse anthologie plutôt bien sélectionnée. Si vous possédez le boîtier Icon, nul besoin d’investir dans le Profil si vous le complétez par le double-album Solomon in Berlin chez APR. Si vous ne le possédez pas, préférez le Profil, à majorer par les albums Testament pour reconstituer l’intégralité du versant mozartien et surtout beethovénien (sonates, concertos) qui mérite toujours d’être connu et admiré. Ultime remarque : l’intérêt d’une telle publication en support physique se renforcerait par un livret illustré, doté d’une analyse critique ou du moins une mise en débat esthétique, or la notice se borne à quelques repères biographiques. 

Christophe Steyne

Son : 4-9 – Livret : 4 – Répertoire : 10 – Interprétation : 9 (6-10)

 

 

 

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