Brahms automnal et inspiré

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Johannes BRAHMS (1833-1897)
Sonates pour clarinette et piano, op. 120 n° 1 en fa mineur et op. 120 n° 2 en mi bémol majeur - Six Klavierstücke, op. 118
Lorenzo Coppola (clarinette), Andreas Staier (piano)
2015-DDD-762’15-Textes de présentation en français, anglais, allemand- Harmonia Mundi HMC 902187C’est un très bel enregistrement des deux sonates pour clarinette et piano de Brahms que nous offrent Lorenzo Coppola et Andreas Staier. Connaissant la curiosité intellectuelle du claveciniste et fortepianiste allemand, on pouvait se douter que son approche réserverait quelques surprises, et c’est bien le cas puisque Staier joue ici sur un piano (presque) moderne, un Steinway new-yorkais de 1875 -tel que Brahms aurait bien pu les avoir connus- qui fait partie aujourd’hui de la collection du facteur de pianos Chris Maene à Ruiselede. Quant à Lorenzo Coppola, il utilise une copie moderne (signée Schwenk & Seggelke) d’un modèle de clarinette conçu à l’époque par le facteur Georg Ottensteiner et le virtuose Richard Mühlfeld, dédicataire de ces sonates.
Tout ceci ne serait que vaine archéologie organologique si la démonstration n’était aussi convaincante. Le timbre sonore et puissant et la dynamique apparemment plus réduite de l’instrument new-yorkais (surtout dans les nuances piano) se marient étonnamment bien avec les sonorités de la clarinette historique, moins langoureuse et veloutée dans le grave que les instruments modernes et un peu plus nasale et rustique dans l’aigu. En outre, Coppola phrase souvent plus court que nombre de ses collègues, ce qui rend le discours musical très animé, sans jamais nuire à la pureté de la ligne mélodique. Dans ces deux sommets du répertoire pour clarinette et piano, les interprètes n’ont aucun mal à nous offrir toute la gamme des sentiments de la musique de Brahms: l’humanité, la mélancolie et la douceur automnale qui abondent dans ces oeuvres tardives, mais aussi la gaîté et même la véhémence qu’offre parfois l’écriture si aboutie de ces oeuvres qui réussissent à combiner tant de science et de spontanéité. Tout au long de l’écoute des deux sonates, on admire la virtuosité joyeuse et sans esbroufe des interprètes, leur goût et leur sensibilité ainsi que la fusion des timbres des instruments choisis qui par moments ne semblent plus faire qu’un seul.
Quant aux merveilleux Klavierstücke, op. 118, la version qu’offre Andreas Staier de ces joyaux est bien plus qu’un simple complément de programme. Ces interprétations peuvent aisément se mesurer à celles des plus illustres pianistes qui ont abordé cet avant-dernier recueil pianistique brahmsien au disque. Si l’Intermezzo op. 118 n° 2 ne parvient pas à égaler l’exceptionnelle réussite de Gieseking, infiniment touchant dans un de ses plus beaux enregistrements, Staier réussit à créer dans l‘épisode médian (Allegretto grazioso) de la Romanze op. 118 n° 5 une atmosphère tout simplement magique, sa sonorité moirée évoquant le doux chuchotement d’un torrent dans un paysage sous la lune. C’est peu dire qu’on se réjouira de réentendre Andreas Staier dans d’autres oeuvres de ce compositeur qu’il sert avec intelligence, sensibilité, imagination et une remarquable maîtrise technique.
Patrice Lieberman

Son 10 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 9

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