Brahms et Gergiev

par puppy doing homework

Johannes Brahms (1833-1897)
Symphonies N°1 en do mineur et N°2 en ré majeur – Ouverture tragique – Variations sur un thème de Haydn
London Symphony Orchestra – Valery Gergiev, direction
2013 – DDD- 125’18 – Textes de présentation en anglais, français et allemand – LSO0733
Double disque consacré à Brahms pour Valéry Gergiev et le London Symphony Orchestra. Enregistré en live, le programme s’articule autour des deux premières symphonies du compositeur allemand. Brahms termine d’écrire sa Première Symphonie alors qu’il est déjà âgé de 43 ans. Toujours influencée par le modèle beethovenien, l’histoire de cette symphonie est complexe. Ecrite entre 1862 et 1876, elle fut très vite considérée comme la suite logique des symphonies de Beethoven. Alors que la musique à programme fleurissait en Europe, Brahms tente de réunir quatre mouvements larges dans le temps pour un orchestre symphonique traditionnel. De forme classique (principalement type sonate ou tripartite), chaque mouvement possède ses propres caractéristiques et ses thèmes devenus populaires aujourd’hui. Brahms y expose de la profondeur dans le tragique du premier mouvement tandis que les mouvements centraux développent davantage tendresse et expressivité. Si Brahms prend autant de temps pour écrire sa première symphonie, on ne peut que mieux comprendre toute l’étendue de son travail sur le matériau. Moins sombre et écrite en seulement un an, la Deuxième Symphonie se différencie totalement de la première. Caractère plus rêveur dans un orchestre plus rempli, notamment par la présence de trombones et tuba. Les premiers thèmes sont charmeurs et se développent tout au long de l’œuvre, comme le fera Brahms dans sa Troisième Symphonie. Le second mouvement, lent, est davantage introspectif et expose chaleur et expressivité. Tel un menuet, le troisième mouvement démontre des difficultés rythmiques évidentes. Les changements de mesures, reliés à une pulsation régissant le mouvement, effacent la facilité des termes Allegretto graciozo. Le dernier mouvement se veut redoutable par le contrôle permanent des cordes dans une rythmique pas toujours évidente. Symphonie plus exubérante, on y découvre un Brahms plus confiant, osant des assemblages surprenants où le travail sur le matériau est poussé à l’extrême. L’Ouverture tragique est composée en 1880, quelques mois avant la Symphonie n°3. L’œuvre saisit l’auditeur par son thème principal menaçant et le côté tragique des accords mineurs au sein d’une rythmique ne cessant de déplacer les accents. Enfin, les Variations sur un thème de Haydn montrent l’intérêt de Brahms pour la musique du passé. Alors que la paternité du thème emprunté à Haydn est aujourd’hui contestée, Brahms décide de conserver l’orchestration originale: deux hautbois, deux bassons, un contrebasson, deux cors et un ajout de cordes graves. Comme souvent, il est attiré par la forme irrégulière du thème qu’il variera sous toutes les formes au point de ne plus le reconnaître.
L’interprétation du LSO est honorable. Dans une vision très personnelle de l’œuvre, Valery Gergiev expose quelque tempi parfois trop rapides, d’autres trop lents, perdant alors le côté profond. Même si le chef connaît ce répertoire et le maîtrise à sa façon, cette captation live n’est sans doute pas la plus réussie : manque de précision et forme pas toujours aboutie. Pourtant, l’excellence des pupitres du LSO est vite démontrée lorsqu’ils proposent des sonorités remarquables, même si la justesse n'est pas toujours au rendez-vous. Petit bémol pour la captation, pas toujours parfaite, notamment pour les cuivres. En revanche, les Variations sur un thème de Haydn rehaussent la qualité de ce double disque où Gergiev propose un vrai travail de construction sur les variations. Soulignons pour terminer, la qualité du texte de Michael Musgrave.
Ayrton Desimpelaere

Son 9 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation 8

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