Brahms passionnément

par

Brigitte FRANÇOIS-SAPPEYJohannes Brahms, chemins vers l’Absolu. Fayard, coll. « Les chemins de la musique », 407 p., 25 €.

Pour des raisons difficiles à cerner, les musicologues français n’ont jamais trop aimé Johannes Brahms. Ils lui préfèrent, et de loin, Robert Schumann et Richard Wagner, sur lesquels ils ont d’ailleurs beaucoup écrit.

L’heureuse exception, c’est Brigitte François-Sappey, professeur honoraire au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, remarquable (et tenace) spécialiste de la musique germanique. On la connaît surtout pour ses travaux sur Félix Mendelssohn et sur Robert et Clara Schumann. Mais en étudiant de près le couple devenu mythique, elle s’est forcément intéressée à Brahms et à leurs relations si riches et si complexes.

Dans Johannes Brahms, chemins vers l’Absolu, son dernier livre, elle aborde de nouveau ce sujet, mais cette fois, du point de vue de Brahms lui-même et à partir de sa gigantesque correspondance (près de sept mille lettres). Grâce à elle, on entre, presque de plain-pied, au cœur de leur fort curieuse intimité et, par là, dans les arcanes de la vie musicale en Allemagne et au sein de l’Empire austro-hongrois durant la seconde moitié du XIXe siècle, tandis que Brahms poursuit sa formidable quête esthétique commencée dès son adolescence – sa quête d’un absolu, de l’Absolu, dont sa propre musique serait l’incarnation la plus parfaite. Non sans souffrir des jugements ironiques de Richard Wagner, lequel lui a reproché d’être en mal d’une improbable et impossible Dixième symphonie (beethovenienne, bien entendu).

Mais l’auteur des Variations sur un thème de Haydn n’a pas été pour autant un compositeur maudit : on a beaucoup joué ses œuvres, on les a appréciées, on les a acclamées et, en 1893, ses soixante ans ont été « fêtés dans toute la Germanie », quoique la seule idée des honneurs l’ait constamment épouvanté et qu’il ait fui avec énergie « tout plan de carrière ». Et la Belgique n’a pas manqué de le saluer, comme en témoignent ces phrases de la Revue musicale belge, en 1885 : « […] l’école allemande, dominée par la figure de Brahms, le merveilleux continuateur de Bach, Beethoven et Schumann, le classique moderne par excellence, celui en qui se résument aujourd’hui toutes les richesses de forme accumulées par les anciens maîtres et toute l’invention de l’harmonie et du contrepoint moderne. »

Au rebours des clichés simplistes et des jugements formulés à la hâte, le livre de Brigitte François-Sappey montre un Brahms, qui n’a rien d’un homme austère et ombrageux. Oui, c’est vrai, dans l’itinéraire du « vieux garçon » qu’il a choisi d’être et de rester, « le moindre bouleversement domestique » a souvent pris chez lui des « proportions existentielles ». Cela ne l’a toutefois pas empêché d’aimer « bourlinguer, crapahuter, découvrir » – découvrir en particulier l’Italie, où il a voyagé à huit reprises (en revanche, il ne s’est jamais rendu ni à Londres, ni à Paris, ni à Saint-Pétersbourg). Ni rechercher sans cesse, jusqu’à son dernier souffle, la « musique de l’avenir ».

Un livre passionnant sur un grand créateur passionné.

Jean-Baptiste Baronian

 

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