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Les Millésimes 2025 de Crescendo Magazine 

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Cette édition 2025 des Millésimes de Crescendo Magazine est très particulière car, en janvier dernier, notre cofondatrice Michelle Debra (1950-2025), nous a quittés. Crescendo-Magazine avait été fondé, en 1993, par Bernadette Beyne (1949-2018) et Michelle Debra, initiative novatrice et visionnaire, à partir de la Belgique francophone. Au fil des années, Crescendo-Magazine s’est établi une notoriété internationale fondée sur la découverte et le partage, fédérant de nombreuses plumes et un lectorat fidèle, autour de la musique classique. 

Ainsi, de manière à faire perdurer, tant l’esprit pionnier que la passion de la découverte qui animaient Bernadette Beyne et Michelle Debra, la rédaction de Crescendo-Magazine, a souhaité, dans le cadre des Millésimes annuels, décerner un “Prix Bernadette Beyne et Michelle Debra” qui récompense une initiative pionnière et exemplative du  dynamisme de la scène musicale tout en y associant les plus hautes exigences de qualité et de renouveau. 

Ce premier “Prix Bernadette Beyne et Michelle Debra” est décerné à l’enregistrement consacré aux Symphonies n°1 et n°2 de la compositrice Elsa Barraine par  WDR Sinfonieorchester sous la direction de la cheffe d’orchestre Elena Schwarz (CPO).  Cet enregistrement consacre une artiste magistrale, dans le mouvement de redécouverte des compositrices, sous la direction d’une cheffe d'orchestre qui compte parmi les grands talents de notre temps et que Crescendo Magazine suit depuis plusieurs années au fil d’une carrière de haut rang.    

A une époque où la modernité est remise en cause, la sélection des Millésimes met en avant des compositeurs qui ont marqué leur époque par la rupture et l’incarnation de l'avant-garde. Ainsi l’enregistrement de l’année consacre un album qui met en relief le magistral Coro de Luciano Berio avec une partition du génial compositeur slovène Vito Žuraj : Automatones qui s’impose comme l’un des grands chefs d'œuvres des années 2020. 

Modernité de rupture également avec 2 merveilleuses parutions consacrées à Arnold Schoenberg par les Berliner Philharmoniker sous la direction de Kirill Petrenko et l’Orchestre symphonique de Montréal sous la baguette de Rafael Payare. 

Les millésimes 2025 de Crescendo Magazine, c’est une attention portée au matrimoine musical avec un album Amy Beach avec le chef d’orchestre Joseph Bastian, à la découverte de pans de répertoires encore méconnus comme les oeuvres pour piano de Miklós Rózsa par Krisztina Fejes, les mélodies de Donizetti, projet éditorial structurant du label Opera Rara ou bien une plongée dans la Paris musical du Premier empire.  

De Belgique, on salue les parutions Ricercar (Colonna/Haendel) et Musiques en Wallonie (Ysaÿe) avec les ensembles belges Chœur de Chambre de Namur et Orchestre philharmonique royal de Liège. 

Les critiques musicaux de notre média, apprécient toujours, entendre les classiques revisités par des interprètes de notre temps à l’image d’Alexandre Kantorow (Brahms - Schubert), François Dumont (Debussy), Beatrice Rana (Bach),  ou Evangelina Mascardi (Weiss). 

Nous vous invitons à découvrir cette cinquième édition des Millésimes de Crescendo-Magazine  dans cette brochure numérique, mais surtout, nous vous invitons à les écouter. 

Découvrir le palmarès 2025 des Millésimes de Crescendo Magazine

Zoi Tsokanou et la musique symphonique grecque 

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Zoi Tsokanou.
Thessaloniki, Old Post, 11.06.2022.

La cheffe d’orchestre Zoi Tsokanou dirige l’Orchestre Symphonique d’Etat de Thessalonique pour un album, intitulé TOPOS, qui propose un panorama de la musique symphonique grecque au XXe siècle avec des oeuvres de  Solon Michaelides, Manolis Kalomiris, Yannis Constantinidis et Nikos Skalkottas. Ce titre de TOPOS, renvoie à la notion de territoire, concept en écho à ce disque majeur. A cette occasion, Crescendo Magazine s’entretient avec la musicienne afin de placer en perspective l’art orchestral grec. 

Votre enregistrement s'intitule "Musique orchestrale grecque du 20e siècle". Comment définiriez-vous les caractéristiques de la musique orchestrale grecque du XXe siècle ? Quelles sont ses caractéristiques remarquables ?

Ce qui rend la musique orchestrale grecque du XXe siècle si unique, c'est l'incroyable diversité des influences du patrimoine musical grec, depuis les années anciennes, le chant byzantin, les sons orientaux et la musique folklorique, se mêlant aux influences occidentales et aux tendances musicales du 20e siècle. Les compositeurs grecs ont dû trouver leur propre voix entre Orient et Occident, tradition et modernisme, en créant un amalgame unique de styles et de langages musicaux dans leurs partitions orchestrales, de l'École nationale grecque jusqu'à l'Avant-Garde.

Comment avez-vous choisi les œuvres présentes sur cet album ?

Ce fut un processus plutôt agréable ! Nous voulions présenter avec cet album quelques points forts de la musique symphonique grecque avec une référence claire aux TOPOS grecs en tant que symbole du paysage associé à la culture, au peuple, à l'esprit et à l'âme locaux. Le choix des pièces se compose de quatre approches différentes de l'adaptation de la musique folklorique dans le langage musical des quatre compositeurs. C'est une musique familière que nous connaissons très bien et avec laquelle nous grandissons, comme les Suites de danses de Constantinides et Skalkottas, une pièce en lien particulier avec le fondateur de  l’Orchestre symphonique d’État de Thessalonique, Solon Michaelides, et une découverte et premier enregistrement, l'île rare de la figure la plus impressionnante de l'École nationale grecque de musique, M. Kalomiris.

Les superbes paysages de Grèce semblent être une source d'inspiration essentielle pour les compositeurs. La musique symphonique grecque est-elle essentiellement naturaliste ?

Il est vrai que les paysages grecs et surtout la musique folklorique qui leur est associée ont toujours été une grande source d'inspiration pour les compositeurs, et c'est précisément le sujet de notre nouvel album. Mais ce n’est qu’une facette de la musique symphonique grecque et même dans ce spectre, la musique n’est pas seulement naturaliste ; l'impression de la nature devient plus importante que la nature elle-même et devient source d'un langage musical qui crée des paysages musicaux entièrement nouveaux. Cela se produit particulièrement dans la musique de Skalkottas alors qu'il explore le TOPOS grec avec des partitions orchestrales très sophistiquées et innovantes qui sont loin des éléments naturalistes et des airs folkloriques.

Pour cet enregistrement, vous dirigez l’Orchestre Symphonique d’État de Thessalonique, dont vous avez été directeur artistique de 2017 à 2023. Comment cet enregistrement s’est-il inscrit dans votre mandat ?

ICMA 2024 : les nominations

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Le jury des International Classical Music Awards ICMA publie la liste des nominations pour l'édition 2024.

Les nominations de cette année comprennent de nombreux solistes, ensembles, chefs d'orchestre et orchestres de renom, ainsi qu'un grand nombre de jeunes musiciens, dont beaucoup sont nommés pour la première fois. Au total, 375 productions audio et vidéo de 115 labels différents ont été nominées. 

Pour être nommée, une production doit être proposée par au moins deux membres du jury. Avec 23 nominations, Naxos occupe la première place. Il est suivi par Pentatone (22), Harmonia Mundi (21) et Alpha (20). Les finalistes seront connus le 11 décembre. Les noms des lauréats seront révélés le 18 janvier 2023.

La cérémonie de remise des prix et le concert de gala se dérouleront au Palau de la Musica de Valence le 12 avril 2024, avec l'Orquesta de Valencia dirigé par son directeur artistique et musical Alexander Liebreich.

Le site des ICMA : www.icma-info.com

Debussy, Ravel et Attahir par le Quatuor Arod 

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Le Quatuor Arod s’est imposé comme l’un des ensembles de chambre les plus brillants de la scène mondiale actuelle. A l’occasion de ses 10 ans, le Quatuor Arod fait paraître  un album  qui propose les quatuors de Debussy et Ravel mis en relief par une création de Benjamin Attahir. Cet enregistrement Erato est complété par un documentaire du légendaire Bruno Monsaingeon “Le quatuor Arod - Ménage à quatre” qui nous plonge dans le quotidien des musiciens.  Crescendo Magazine s’entretient avec Jérémy Garbarg, violoncelliste, du Quatuor Arod. 

Votre album propose les Quatuors à cordes de Debussy et Ravel, deux piliers du répertoire, en particulier pour des interprètes français. Qu’est-ce qui vous a motivés à enregistrer, maintenant, au stade actuel de votre évolution artistique, ces deux partitions et pas avant ?

Pour un quatuor français, s'attaquer aux quatuors de Ravel et Debussy est une étape assez symbolique. L'année des 10 ans d'existence du Quatuor Arod semblait être le bon moment pour s'adonner à ce répertoire que nous chérissons. En tant qu'artistes, nous avons été baignés toute notre vie dans la culture de la musique française mais aussi de toutes ses formes d'art, et aborder ce langage nous est apparu comme quelque chose d'évident. Durant ces dix années d'existence, nous avons peaufiné les couleurs de notre instrument quatuor, et marquer cette saison anniversaire par l'approfondissement et l'enregistrement de ces chefs-d'œuvre nous a profondément inspirés et fait évoluer. 

Votre album propose le premier enregistrement de l’édition révisée RAVEL EDITION du Quatuor pour instruments à cordes de Ravel. Qu’est-ce que cette édition vous a apporté  ? En quoi cette édition révisée a-t-elle questionné votre connaissance  de la partition de Ravel ?

La question de l'édition est toujours centrale dans notre travail de recherche autour de l'œuvre que nous travaillons et la découverte du travail de la RAVEL EDITION a profondément remis en question certains aspects de l'œuvre. Là où le novice ne voit qu'une différence de nuance, d'emplacement d'une dynamique, d'un phrasé, nous voyons l'expression d'un premier geste artistique altéré par la volonté d'interprètes de l'époque, le travail bâclé d'éditeur qui prend des libertés dans la copie, et un rapport à la musique plus libre de la part du compositeur. Le travail de la RAVEL EDITION consiste à revenir à la source et à comprendre le pourquoi des modifications ultérieures. Obtenir ces éléments de réponse en tant qu'interprètes a permis de trouver plus de cohérence dans la partition à beaucoup de moments où nous nous questionnions. De plus, cela permet aussi de comprendre que Ravel a parfois révisé la partition car les interprètes qui en ont assuré la création n'avaient pas forcément les moyens de réaliser la version écrite correctement -à l'interprète de juger de ce qui sonne le mieux, en fonction de son goût.  Nous encourageons tous les quatuors à travailler sur cette édition, et espérons que les droits régissant le manuscrit en permettent bientôt la libre consultation. 

Cet album propose également une œuvre contemporaine de Benjamin  Attahir, Al Asr. Comment avez-vous rencontré ce compositeur ? Qu’est-ce qui vous a séduit dans son écriture ?

Il y a beaucoup de liens entre Benjamin Attahir, le Quatuor Arod, et Ravel et Debussy. Al Asr a été créé en 2017 par le Quatuor Arod et c'est la pièce que nous avons le plus souvent joué en concert -plus de 70 représentations en 6 ans ! L'univers sonore de Benjamin est très imagé, suggestif et poétique, lui conférant ainsi de grandes similitudes avec les chefs-d'œuvre de Ravel et Debussy. Il reproduit dans sa pièce la "chaleur écrasante du désert", un oud, et compose une immense fugue finale. C'est cette fascination pour les compositeurs du passé qui l'ont aussi poussé à travailler sur la révision du Quatuor de Ravel avec la RAVEL EDITION, tout était donc fait pour que nous intégrions sa pièce à notre album français. 

Philippe Chamouard, compositeur

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Le compositeur Philippe Chamouard est à l’honneur d’un album Indésens Calliope Records qui propose 3 de ses concertos. A l’occasion de cette parution stimulante portée par des interprètes d’exception, Crescendo a souhaité s’entretenir avec le compositeur. 

En ces temps de déconstructions multiples, votre œuvre comporte force figures classiques comme des symphonies et des concertos. Qu’est-ce qui vous attire vers ces formes musicales ?

Il paraît dépassé d’utiliser encore de nos jours les formes musicales classiques. Pendant plusieurs siècles, elles ont fait la preuve de leur solidité et de leur équilibre. Pourquoi s’en passer de nos jours ? La variation est toujours présente chez les compositeurs alors qu’elle apparaît en tant que forme au XVIe siècle. Bien qu’on puisse utiliser des structures plus libres comme je le fais souvent plutôt dans des partitions courtes, c’est cet équilibre formel qui me permet de construire une partition symphonique.

En ce qui concerne les concertos, cet album en propose 3 : pour violon, basson et trompette. Soit 3 instruments très différents de timbres et de tessitures. Vous avez également composé un concerto pour harpe celtique Qu’est-ce qui vous a séduit dans ces instruments au point d’en composer des concertos?

Concernant la forme du concerto, le sujet est différent. D’abord, excepté celui pour basson qui a été conçu comme tel avec trois mouvements, les autres partitions ne sont pas réellement des concertos. Ce sont plutôt des œuvres concertantes ou avec instrument principal et orchestre. En réalité, chacun de mes « concertos » possède sa propre personnalité qui ne répond pas forcément aux critères de la forme. J’ai écrit le Concerto pour violon qui est en fait un concertino en un seul mouvement car j’ai toujours été attiré par les instruments à cordes. C’est la raison pour laquelle j’ai composé un « concerto » pour violoncelle dont l’intitulé Entre source et nuages à plus de valeur. D’ailleurs, c’est l’éditeur qui l’a classé dans le genre concerto. Le Concerto nocturne pour trompette et orchestre n’est pas non plus un concerto au sens usuel du terme bien que ce soit Maurice André qui m’ait demandé d’en écrire un pour son instrument. J’ai voulu faire résonner une trompette non pas brillante et virtuose comme elle est souvent montrée mais poétique, encline au charme et à la méditation ; ses timbres se fondant avec les autres pupitres de l’orchestre.  Il y a peu de pièces orchestrales concertantes avec la harpe celtique et le basson. Je trouvais utile de leur consacrer au moins une partition.

Les millésimes 2023 de Crescendo Magazine

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Crescendo Magazine est heureux de vous présenter la sélection de ses Millésimes 2023. Un panorama en 12 albums et DVD qui vous propose le meilleur du meilleur des parutions. 

Entre novembre 2022 et novembre 2023, Crescendo Magazine a publié près de 540 critiques d’enregistrements audio, déclinés en formats physiques et numériques ou en DVD et Blu-Ray. Depuis un an, nous avons décerné une belle centaine de Jokers, qu’ils soient déclinés en “absolu”, “découverte” ou ‘patrimoine”. Les millésimes représentent donc le meilleur du meilleur pour la rédaction de Crescendo Magazine. 

Pour la troisième année consécutive, les Millésimes s’enrichissent d’un album de l’année, une parution qui incarne son temps par son niveau d’exigence et le renouveau qu’elle apporte sur la vision des partitions. Cette année, l’enregistrement de l’année est décerné à l’enregistrement Liszt (Études d’exécution transcendante S. 139 et Sonate pour piano en si mineur S. 178.) avec Francesco Piemontesi (Pentatone). Un album d’une grande cohérence éditoriale qui renouvelle complètement l’approche et la perception de ces chefs-d'oeuvre, piliers du répertoire pianistique, et qui salue l'évolution artistique formidable de cet ancien lauréat du Concours Reine Elisabeth (2007). Francesco Piemontesi construit au fil des parutions, une discographie majeure de notre époque. 

Le panorama 2023 témoigne de la richesse de la scène musicale à commencer par les parutions estampillées “made in Belgium” qui continuent de porter au plus haut le savoir-faire musical d’excellence de notre pays : le compositeur Adrien Tsilogiannis consacré par une monographie superbement interprétée par l’Ensemble Strum & Klang pour le label Cyprès et l’ensemble InAlto pour un magnifique album consacré aux rites de passage dans le répertoire baroque austro-allemand (Ricercar). 

Du côté des claviers, on pointe un exceptionnel album Debussy par le jeune pianiste Jean-Paul Gasparian (Naïve), un récital d’orgue consacré à Liszt par Anna-Victoria Baltrusch (Audite) et surtout ce superbe coffret Warner en hommage à notre cher Nicholas Angelich, tel une boîte aux trésors qui fascine à chaque audition. 

Crescendo Magazine a toujours été très attaché aux redécouvertes patrimoniales. Ainsi, saluons l’enregistrement de la Princesse de Trébizonde de Jacques Offenbach publiée par l'extraordinaire label Opera Rara et cet album DGG dédié à Franz Schreker sous la baguette de Christoph Eschenbach. Franz Schreker, un immense compositeur longtemps négligé, dont le revival est aussi fertile que qualitatif. 

Moment d’émotion, l’album consacré à des pages chorales de Kaija Saariaho (Bis) qui salue la force créatrice de cette immense artiste, l’une des oeuvres de notre temps les plus impactantes. Le répertoire médiéval est mis à l’honneur par l’Ensemble Per-Sonat de Sabine Lutzenberger qui nous propose un voyage sonore au fil de la réforme carolingienne (Christophorus). Quant à l‘ensemble Zefiro, il nous offre un feu d'artifice au travers des frontières entre Venise et Dresde (Arcana). 

Du côté de la vidéo, rendez-vous à Amsterdam pour une production de Tosca qui marquera son temps avec une scénographie de Barrie Kosky et sous la baguette de Lorenzo Viotti, étoile montante de la direction d’orchestre (Naxos). 

Du médiéval au contemporain, nous vous invitons à découvrir ces Millésimes 2023 de Crescendo Magazine. 

Découvrez les Millésimes 2023 :

Sur note page dédie :

A travers la brochure numérique :

Paul Daniel à propos de la Princesse de Trébizonde d’Offenbach

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Le chef d’orchestre Paul Daniel dirige le nouvel enregistrement de la Princesse de Trébizonde de Jacques Offenbach, publié chez l'indispensable et exemplaire label Opera Rara. Ce premier enregistrement mondial de l’édition de Jean-Christophe Keck est une grande référence qui fera date dans notre connaissance de l'œuvre d’Offenbach. A cette occasion, nous sommes heureux de nous entretenir avec Paul Daniel, un musicien bien connu et hautement apprécié en Belgique.  

Qu’est-ce qui vous a motivé à accepter de diriger cet enregistrement de la Princesse de Trébizonde

C'est le résultat de nombreuses relations de longue date ! Tout d’abord avec le directeur d'Opera Rara, avec le London Philharmonic Orchestra bien sûr, et avec Carlo Rizzi, le directeur musical d'Opera Rara, qui est un vieil ami ! Dans les années 90, j'ai dirigé l'une des premières nouvelles éditions d'Offenbach de Jean-Christophe Keck, dans une production londonienne des Contes d’Hoffmann, et j'ai toujours admiré son travail infatigable etl inlassable. C'est donc tout naturellement que j'ai accepté de participer à ce projet. J'adore la façon dont Opera Rara travaille sur ses productions, toujours avec de longues et luxueuses périodes de répétitions musicales au piano, avant de rencontrer l'orchestre. C'est le moyen idéal pour "souder" l'ensemble musicalement et créer une équipe vraiment théâtrale. 

Quelles sont les qualités musicales de cette partition ? Quelle est sa place dans l'œuvre dans l'œuvre d'Offenbach ?

Nous avons ici le luxe d'avoir deux œuvres en une : grâce à la découverte de tous les matériaux rejetés de la production de Baden Baden " Trebizond " de l'été 1869, nous pouvons voir l'extraordinaire fertilité de l'imagination d'Offenbach, toujours en transition, repensant et réécrivant sans cesse sa partition avant la reprise à Paris 6 mois plus tard.

C'est typique d'Offenbach, d'une certaine manière : l'incroyable énergie habituelle de création et de recréation (il est en pleine période intense de création avec 8 œuvres en moins de 15 mois !).  Je pense que c'était possible parce qu'il avait sa troupe de confiance avec lui : il l'a emmenée à Baden Baden  pour la saison d'été 1869, puis l'a ramenée pour lancer une autre saison parisienne à l'automne, avec un tout nouvel ensemble de pièces à préparer, et une toute nouvelle " Trébizonde " à apprendre !

Dans les deux partitions, beaucoup de "l'ancien" Offenbach, du burlesque plein d'esprit, surtout pour les personnages de la vieille génération : mais on y trouve de plus en plus un lyrisme beaucoup plus délicat : des moments de tendresse dans les relations des jeunes amants (le Prince Raphaël et sa Zanetta/Princesse, mais aussi la relation très touchante entre Tremolini et Regina). Prenez ces duos seuls, loin de l'esprit et du burlesque qui les entourent, et nous avons une musique sans ironie, une musique qui nous touche vraiment par sa sincérité et son amour. Et ce sont ces mélodies qu'il choisit de mettre en valeur dans son Ouverture et ses Entractes. Il s'agit certainement d'une nouvelle orientation pour le compositeur.

La satire ne manque pas, bien sûr, mais elle n'est plus aussi féroce. Il ne s'agit plus de se moquer de l'establishment par le biais du classicisme (Orphée aux Enfers, La Belle Hélène...), mais de se moquer plus gentiment des aspirations et des ambitions sociales de son véritable public. Fantasmes de "start-up" de la nouvelle bourgeoisie, rêves d'abandon du travail de forain après avoir gagné au Loto, emménagement dans un château, tout cela est très contemporain !

Pour moi, la qualité la plus extraordinaire est sa maîtrise des contrastes musicaux extrêmes, mélangeant, contrastant et juxtaposant des ingrédients qui ne devraient jamais se combiner, créant toujours de nouveaux "plats" musicaux.

D'une minute à l'autre, Offenbach passe de l'absurde au sublime, du travesti Prince tombant amoureux d'une poupée de cire à un duo d'amour d'une sincérité exceptionnelle : du pandémonium fou d'une fête de loterie à l'ensemble le plus tendre d'adieux à l'ancienne vie... vous pouvez être sûr que quelques minutes après que toute la famille soit devenue folle à faire tourner des assiettes dans leur château ennuyeux, ou après que Raphaël ait déclenché une frénésie après avoir hurlé avec un faux mal de dents, il y aura des couplets d'amour et d'affection tendre, agrémentés de l'orchestration la plus délicate.

Tatiana Samouil, à propos de Françis Poulenc

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La violoniste Tatiana Samouil est l’une des protagonistes d’un nouvel album Indésens Calliope Records consacré à des œuvres de Françis Poulenc. Tatiana Samouil y interprète la superbe sonate pour violon et la version violon/piano de la mélodie Les chemins de l’amour, qui donne son titre à cet enregistrement. Tatiana Samouil répond aux questions de Crescendo Magazine. 

Qu’est-ce qui vous a poussée à enregistrer cet album consacré à Poulenc ?

La personnalité de Poulenc m’a toujours attirée pas seulement par l’héritage musical, mais aussi par sa vie hors du commun. La première fois nous avions joué la sonate avec David à l’occasion d’un récital à Bruxelles, j’ai tout de suite su que j’aimerais un jour l’enregistrer. Alors la proposition de Benoît d’Hau, fondateur de Indésens Calliope Records a tout de suite été acceptée avec une grande joie !

Qu’est ce que Poulenc représente pour vous ? Ce n’est pourtant pas le compositeur que l’on associe le plus naturellement au violon...

L'œuvre de Poulenc sonne très « 20e siècle », mais de manière  différente des autres compositeurs, en particulier en comparaison avec les compositions françaises pour violon de cette époque. 

Pourquoi avez-vous décidé de proposer la version pour violon de la célèbre mélodie “chemins de l’amour” ?

Depuis l’enfance, j’essaie d’approcher avec mon violon l’expressivité de la voix. Jouer au violon cette mélodie écrite pour la voix était aussi une autre tentation.

Dans votre discographie, on relève une belle part d’enregistrements consacrés à des compositeurs français ou belges de : Ravel, Fauré, Debussy, Saint-Saëns, Franck, Ysaÿe, et maintenant Poulenc. Qu’est-ce qui vous attire vers cette sensibilité musicale ?

Maria Callas, l’éternelle : entretien avec Michel Roubinet 

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Alors que nous célébrons les 100 ans de la naissance de Maria Callas et que différentes initiatives se font jour pour saluer la mémoire et la légende de la grande chanteuse, Warner édite un coffret magistral en forme d’intégrale de tous les rôles chantés par la Callas. Crescendo Magazine est heureux de s’entretenir avec Michel Roubinet, grand connaisseur de la carrière de la soprano et consultant sur la réalisation de ce coffret.

Maria Callas, malgré le défilement du temps, malgré les générations qui passent, continue d’incarner la “diva”, la grande chanteuse d’opéra, connue tant des mélomanes que des profanes de toutes les générations. Qu’est-ce qui explique cette pérennisation de la légende “Callas” ?

Il existe bien des raisons et angles d’approche qui tous, sans doute, ne se valent pas. Sorte de grand écart entre l’intérêt porté à la musicienne, exceptionnelle et unique au sens propre, l’histoire de sa vie personnelle n’intervenant que dans la mesure où elle éclaire le versant strictement musical de la « légende » Callas, et celui faisant primer le personnage médiatique. En particulier la Callas de la période Onassis et de la jet set monégasque, qui en réalité cesse de chanter, et son lot fantasmé de pseudo-scandales. Selon la nature de l’intérêt, la perception de ce qui pour nous prévaut -la musicienne- fluctue sensiblement. Il est même probable que bien des personnes s’en tenant au mythe de la diva et de la femme du monde, splendide, connaissent malheureusement peu la voix et moins encore l’art de la Callas. Laquelle demeure un tout, bien que de son propre aveu partagée entre l’artiste, Callas, et la femme, Maria, la confrontation des deux, à un moment crucial de sa vie : le tournant des années 60, ayant tourné dans l’imaginaire collectif à l’avantage de la seconde (à travers notamment sa phénoménale transformation physique, dont la finalité était pourtant avant tout musicale) – mais au détriment d’une connaissance approfondie de son art.

Le legs de Maria Callas a toujours été diffusé et les enregistrements appartiennent à la légende de l’histoire du disque. Pourquoi, en cette année de Centenaire, proposer un nouveau coffret intégral ?

Toujours diffusé, pas sûr. Car même pour une personnalité de l’importance de Maria Callas, il a fallu sa disparition, le 16 septembre 1977 à Paris, pour que ses enregistrements soient progressivement de nouveau accessibles, puis peu à peu réédités en CD. L’ensemble des gravures de studio, augmentées de très nombreuses captations dal vivo (opéras et récitals), ne l’a été qu’à partir de l’édition EMI Classics en volumes séparés du 20ème anniversaire de sa mort, entre 1997 et 2003. À la suite de la reprise par Warner Classics du catalogue EMI Classics, les gravures de studio ont été entièrement et magistralement remasterisées : Maria Callas Remastered – The Complete Studio Recordings (1949-1969), coffret paru en 2014. Un second coffret Warner suivit en 2017 : Maria Callas Live – Remastered Live Recordings 1949-1964, vaste choix parmi les captations intégrales dal vivo de l’édition 1997-2003 assorti de « nouveautés » sous ce label. Quant à l’édition 2023 du Centenaire Maria Callas, elle est en fait la toute première à proposer à la fois l’intégrale des enregistrements de studio et la totalité des captations dal vivo publiées au fil du temps par EMI puis Warner, dont nombre de volumes étaient épuisés, en particulier les récitals radiophoniques (RAI, 1951-1956) et maints témoignages des tournées de la fin des années 50. Certaines intégrales, magistrales et indispensables, étonnamment non reprises dans le coffret de 2017, font ainsi leur grand retour : « la Traviata du siècle » (Scala, 28 mai 1955, production Visconti dirigée par Giulini), La sonnambula à Cologne (4 juillet 1957), Un ballo in maschera en ouverture, toujours un 7 décembre, de la saison scaligère 1957. S’y ajoute un CD bonus entièrement inédit faisant entendre Maria Callas lors de séances de travail en studio : l’humanité et la modestie de la musicienne dans ses rapports avec les chefs, les musiciens d’orchestre et les directeurs artistiques y prennent une dimension absolument bouleversante.

Callas-Paris 1958, film- document, en salle les 2 et 3 décembre

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Lorsque Maria Callas fait ses débuts à l’Opéra de Paris, elle a 35 ans. Elle est à son zénith physique et vocal. Pourtant la vulnérabilité affleure déjà.

Ce concert mythique du 19 décembre 1958 est présenté aujourd’hui pour la première fois en entier et en couleurs -plus de 250 000 images retravaillées une à une- avec un son 4K format numérique haute définition. La fusion de sources multiples, certaines anciennes, d’autres plus récentes, avec la retransmission en eurovision, donne l’impression de participer soi-même à l’événement. Car il s’agit bien d’un évènement et à plus d’un titre. Mondain, artistique et personnel, l’enjeu électrisant est rendu palpable tout au long de ce quasi-opéra en deux actes.

Après la montée des marches du Palais Garnier par le « tout Paris » en guise d’ ouverture, le premier offre des extraits de Norma, du Trouvère et du Barbier de Séville puis le second, l’acte II de Tosca mis en scène avec des partenaires d’élite, Tito Gobbi, Jacques Mars et Albert Lance notamment tandis que les Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Paris sont dirigés par Georges Sebastian.

La présentation de la soirée dans son intégralité et dans sa continuité permet d’abord d’en ressentir la dynamique parfaitement agencée culminant avec l’acte 2 de Tosca tendu comme un arc.

La colorisation quant à elle met en évidence la suprême maîtrise de la « mise en scène » et de la stylisation gestuelle de la cantatrice. Ainsi de la longue robe rouge dont le tapis, en milieu de plateau, exactement de la même couleur, semble la traîne infinie.