Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

Johann Strauss, pour commencer 2026

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Heureusement Johann Strauss II échappe aux limites calendaires et le bicentenaire de sa naissance suscite à nouveau quantités de concerts. Le Théâtre des Champs-Élysées a choisi d’inaugurer l’année avec le maître viennois en imaginant la rencontre de l’Orchestre symphonique de la Garde républicaine, d’un narrateur, l’humoriste belge Alex Vizorek, et de la soprano Catherine Trottmann.

Le programme passait du plus connu au plus rare voire même à l’exotique. Ainsi de la polka rapide Eljen a Magyar ! (Vive la Hongrie) de la Persischer Marsch (Marche persane) ou de la Marche égyptienne nées des circonstances géopolitiques - visite du souverain persan ou inauguration du canal de Suez-. La polka, très présente dans le catalogue de la dynastie Strauss, allait de l’Annen-Polka à la Trish-Trash Polka (Cancans), Unter Donner und Blitz (Sous l’orage et l’éclair) ou la Pizzicato, bijou composée à quatre mains avec Josef, frère cadet du compositeur, pour culminer avec le Banditten-Galopp fouetté de coups de sifflets. 

Évidemment ce fractionnement était rendu nécessaire par le format du concert mais l’indispensable vision d’ensemble reste à venir ; elle seule, en effet, permettra de mesurer la cohérence musicologique, l’originalité et la juste valeur d’une musique méconnue, réduite en France, à quelques danses et une seule opérette (sur les 16 existantes !).

Création française d’une œuvre de Ravel à la Philharmonie

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L’événement de ce concert de l’Orchestre de Paris sous la direction d’Alain Altinoglu, c’était la création française de Sémiramis, une cantate dont Ravel avait écrit des extraits, retrouvés dans sa maison de Monfort l’Amaury, et vendus aux enchères, en 2000 (acquis par la Bibliothèque nationale de France, avec d’autres travaux de jeunesse). Les lecteurs de Crescendo-Magazine sont bien informés des précédentes créations (mondiale, européenne et belge pour la partie purement orchestrale, cette dernière étant aussi l’occasion de la création mondiale de l’Air de Manassès) qui ont jalonné cette année 2025, 150e anniversaire de la mort du compositeur, ainsi que de l’édition dont elle bénéficiera dans le cadre de cette célébration. Il y a fort à parier que personne, lors de cette soirée à la Philharmonie de Paris, n’avait déjà assisté à la création parisienne d’une œuvre orchestrale de Ravel, car il semble bien que la dernière soit celle de L’Heure espagnole en 1911.

Outre son intérêt purement musical, cette œuvre ajoute une pierre précieuse à la saga « Ravel et le Prix de Rome », dont l’on pourrait tirer un véritable roman ! En effet, écrire une cantate ne correspondait probablement pas à une nécessité artistique intérieure pour Ravel. Mais c’était le passage obligé de tout finaliste du Prix de Rome. Après trois échecs en 1900, 1901 et 1902, et avant deux autres en 1903 et 1905 (faisant l’impasse en 1904), il se lança dans la composition d’une cantate sur le texte imposé du concours de 1900. À titre d’exercice, en vue des concours suivants, probablement. C’est ainsi que nous sont parvenus les Prélude, Danse et Air de Manassès, qui constituent les trois premières parties, soit à peu près la moitié, d’une cantate semble-t-il restée inachevée.

 A l’OSR Jonathan Nott quitte officiellement la direction artistique

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mercredi 17 décembre 2025

A Genève, les deux concerts des 17 et 18 décembre 2025 ont un caractère particulier car après huit années passées à la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande en tant que directeur artistique et musical, Jonathan Nott dirige son dernier programme.

Ce programme reflète l’éclectisme de ses choix et commence par une page émouvante de György Kurtág, Grabstein für Stephan op.15 c, élaborée pour grand orchestre en 1989 après trois versions pour formations de chambre. Rendant hommage à Stephan Stein, l’époux de Marianne Stein qui avait réussi à guérir le compositeur victime d’une grave dépression à Paris, cette brève œuvre prend une dimension bouleversante par les quelques arpèges empreints de nostalgie égrenés par la guitare d’Alessio Nebiolo amenant un dialogue avec la percussion en pianissimo, la harpe et le groupuscule des cordes graves incluant trois violoncelles et deux viole. D’autres groupes d’instruments (cuivres, bois, instruments à clavier, sifflets, czimbalom hongrois) sont disséminés sur scène et dans la salle, donnant à l’auditeur l’impression qu’il ne sait pas d’où provient le son. De brusques tutti véhéments déchirent ce lamento qui finira par s’estomper sur quelques notes en suspension de la guitare.

Intervient ensuite Himari, violoniste japonaise de… 14 ans, décrite comme un prodige de sa génération. Elève d’Ida Kavafian au Curtis Institute of Music de Philadelphie, elle a fait ses débuts européens avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par Zubin Mehta et se produira prochainement pour le Concert du Nouvel An du Philadelphia Orchestra confié à la baguette de Marin Alsop. Pour sa première collaboration avec l’OSR, elle choisit le Premier Concerto en sol mineur op.26 de Max Bruch. Pour l’accompagner, Jonathan Nott prend le soin de tisser un canevas soyeux, ce qui permet à la soliste de dérouler rêveusement les formules en arpèges initiales, avant d’attaquer énergiquement le premier thème. Mais le son filandreux qu’elle produit manque singulièrement d’ampleur, ce dont pâtira le deuxième sujet au cantabile trop étriqué. Néanmoins la technique est parfaitement huilée, ce que démontrent les traits de virtuosité exécutés avec une précision extrême.  Dans l’Adagio, la ligne de chant s’embue de larmes qui restent à la surface d’une méditation guère consistante. Par contre, l’Allegro energico conclusif bénéficie d’une sonorité plus corsée qui sous-tend les passaggi échevelés débouchant sur un Presto tout aussi ébouriffant. Devant l’accueil généreux que lui octroient les spectateurs sensibles à sa prime jeunesse, Himari s’empresse de lui offrir en bis une page peu connue de Fritz Kreisler, Recitativo et Scherzo pour violon solo, révélant une sonorité plus concentrée que dans l’ouvrage de Bruch.

HoppeLAB !, nid de talents

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Inclus dans sa saison de concert, intitulée, en vert néon, The Line, l’Ensemble Hopper glisse, au B3, centre de ressources, neuf, clinquant et pas encore au maximum de son utilisation, de la province de Liège, à propos duquel un GPS aux initiatives arrogantes confond la rue et la place des Arts (il y a pourtant plus d’un pas entre Vottem et Liège), son HopperLAB !, atelier ouvert aux étudiants-compositeurs des conservatoires de Liège, Bruxelles, Mons, Gand et Maastricht (un par classe) : tout au long du processus d’écriture, qui couvre l’année, les professeurs guident et les interprètes collaborent – avec, au bout du travail, la scène et le public (ce soir est la deuxième représentation publique, après Maastricht il y a quelques mois, témoin d’un élargissement – bienvenu – du concept, vers la Flandre et les Pays-Bas).

La première pièce au programme résulte d’un partenariat avec l’atelier de musique contemporaine et d’art sonore hollandais Intro in Situ (en pointe pour les spectacles de musique contemporaine, où se rejoignent des influences musicales de sources multiples) : avec l’américain Ethan Blackburn, Reggy Van Bakel, tous deux installés à une table, côté jardin, devant ordinateurs, lecteur de bande magnétique et autres consoles, déploient Prémonitions, partition bâtie en coopération (« on a dû apprendre à communiquer, à créer le processus ensemble, car nous avons un langage et un background musicaux complètement différents »), alimentée d’échantillons captés lors des répétitions de l’ensemble et où les musiciens (clarinette, basse, violoncelle, guitare…) entrent et contribuent un par un, sur scène et à la bulle sonore.

Contrastes de fin d’année à Metz : du baroque à Mahler

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L’ensemble Café Zimmermann avec la soprano espagnole Núria Rial donnait un concert de cantates de Noël de Bach et de Telemann à l’Arsenal de Metz. 

Le programme composé également d’ouvertures de Telemann, et des extraits d’œuvres de Bach, rendait une atmosphère de foyer pieux, confortable, champêtre par moments, sans être non plus dépourvue de fantaisies, grâce aux talents des musiciens. 

La cantate de Telemann  O Jesu Christ, dein Krippelein TWV 1:1200», balançait entre l’intimité retenue et l’expression discrète d’une foi vibrante. La cantate  Der jüngste Tag wird bald sein Ziel erreichen, TWV 1:3013  corroborera cette impression d’intimité tremblante, comme un feu dans l’âtre.

La différence avec Bach, son ami Telemann, se situe sans doute là. Tout en tenant une dimension intimiste, la musique de Bach ouvre sur un univers plus large, vers dieu pour ainsi dire. Nonobstant, la technique,  Telemann fait tendre ses ouvertures, tant vers des œuvres orchestrales ou  comme des concertos pour violon. Le café Zimmermann surmonta ces difficultés avec aisance.

Outre celle de l’ensemble Zimmermann, la qualité du ce concert devait aussi être à la voix gracile mais pas fragile, translucide, et tenue de la cantatrice, qui retransmettait très bien les différents caractères des œuvres et des compositeurs. Vibrante d’émotions pieuses dans Telemann, ouverte et enflammée comme une bougie chez Bach. Le spectateur ne cessait d’être touché en l’écoutant. Il sortit du concert en souhaitant la retrouver dans des cantates entières, dans les Passions et même dans la Pénélope du Retour d’Ulysse dans sa patrie de Monteverdi ou des œuvres religieuses de Vivaldi. 

Le lendemain, la Philharmonie du Luxembourg sous la direction du chef d’orchestre britannique Robin Ticciati jouait la  Symphonie n°6 dite “tragique” de Mahler à l’Arsenal de Metz.

Beethoven et Brahms sous la baguette de Marek Janowski

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Pour clôturer l’année musicale, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo proposait un concert symphonique réunissant deux génies allemands, Beethoven et Brahms. Le public, venu en grand nombre, a réservé un accueil chaleureux au retour de Marek Janowski, directeur musical de l’OPMC de 2000 à 2006, ainsi qu’au violoniste Frank Peter Zimmermann, figure particulièrement appréciée du public monégasque.

Le programme s’ouvrait avec le Concerto pour violon de Beethoven, l’une des œuvres les plus sublimes du répertoire, peut-être même la plus parfaite du classicisme tardif. Frank Peter Zimmermann s’y impose d’emblée comme une référence. Musicien intègre et discret, il fuit tout effet spectaculaire inutile. Son interprétation, d’un goût irréprochable, révèle une compréhension profonde de l’œuvre. Difficile d'imaginer une lecture plus juste de ce concerto.

Zimmermann module son expression avec une aisance remarquable, passant de la bravade à la prière intérieure. Son jeu, son phrasé et sa densité émotionnelle confèrent à la partition une clarté et une élégance rares. Tout respire la pureté, l’expressivité et la maîtrise absolue.

Fait notable, le soliste ne retarde pas son entrée habituelle et joue d’emblée avec l’orchestre, instaurant un dialogue naturel et fluide. Tout au long du concerto, il fait chanter son Stradivarius Lady Inchiquin de 1711, dans une relation musicale étroite avec les musiciens de l’OPMC. Marek Janowski, à la tête de l’orchestre, façonne le discours avec équilibre et précision, laissant chaque détail de la partition s’épanouir pleinement.

Après une ovation enthousiaste, Zimmermann offre en bis Der Erlkönig (Le Roi des Aulnes) de Schubert, dans la redoutable transcription de Heinrich Wilhelm Ernst. À 60 ans, sa virtuosité demeure saisissante, puissante et parfaitement maîtrisée : un moment de frisson pur.

Les English Baroque Soloists et Le Monteverdi Choir avec Christophe Rousset : Un Messie cosmopolite

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Dans la longue file qui menait à l’église Saint-Roch à Paris, il valait mieux parler anglais pour discuter avec ses voisins. C’est en effet peu dire que la venue du Monteverdi Choir et des English Baroque Soloists dans l’œuvre la plus emblématique du répertoire britannique est un événement pour tout amateur de musique anglaise.

Le mythique ensemble et chœur fondé il y a près de 60 ans par John Eliot Gardiner s’adjoint désormais les services de différents chefs invités depuis que leur directeur musical a été poussé vers la sortie l’année dernière. Pour lui succéder, les musiciens ont jeté leur dévolu sur le chef et claveciniste Christophe Rousset. Après la sortie récente d’un magnifique disque autour de La Messe de Minuit de Marc-Antoine Charpentier, le Monteverdi Choir, les English Baroque Soloists et le chef français sont actuellement en tournée avec Le Messie de Georg Friederich Haendel.

Créé à Dublin en 1742 et composé en seulement 3 semaines, cet oratorio, dont Haendel renouvelle le genre en important cette forme musicale d’Italie, n’est pas le plus dramatique des oratorios sacrés du compositeur. L’intériorité et la subtilité de cette œuvre complexe, tirée des textes bibliques, nécessite une direction musicale des plus fines et Christophe Rousset est l’homme idoine.

Dès les premières mesures, on comprend aisément que le spécialiste de musique baroque épouse totalement cette vision de ce chef-d'œuvre. 

Dans l’ouverture, marquée Symphonie, les cordes semblent arriver du lointain de l’église. La finesse et l’élégance des violons, emmenés par le premier violon Jane Gordon, sont une belle promesse.

La jeunesse à l’honneur à Bozar avec l’Orchestre Français des Jeunes et Kristiina Poska

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Bozar accueille ce mercredi 10 décembre l’Orchestre Français des Jeunes pour un concert consacré aux talents de la nouvelle génération. La formation, parmi les plus réputées d’Europe, a pour mission d’accompagner de jeunes musiciens vers les métiers d’orchestre, sous la tutelle de membres issus des plus grands ensembles français. À la baguette, Kristiina Poska, leur nouvelle directrice musicale depuis janvier 2025. Trois œuvres sont au programme : Recto de Yan Maresz, le Concerto pour piano n° 2 en fa majeur de Chostakovitch et, pour conclure la soirée, la suite symphonique Schéhérazade de Rimski-Korsakov. Le pianiste français Alexandre Tharaud est le soliste invité.

Le concert s’ouvre avec Recto de Yan Maresz. Commandé et créé en 2003 par les Ballets de Monte-Carlo, il constitue le premier mouvement d’une œuvre pour orchestre et électronique intitulée D’une rive à l’autre. Cette pièce, qui suscite l’intérêt manifeste de la cheffe estonienne, explore différents niveaux de polyrythmie ainsi que la perception du temps musical, jouant également sur l’alternance équilibre/déséquilibre. L’OFJ se distingue par une exécution ciselée et précise, nourrie d’effets marquants : pizzicatos Bartók, glissandi puissants des trombones… Kristiina Poska dirige avec clarté et rigueur, offrant une mise en bouche solide pour cette ouverture de soirée. Le compositeur Yan Maresz, présent dans la salle, monte sur scène pour recevoir les applaudissements du public et féliciter les musiciens et leur cheffe.

Brahms par le COE : Veronika Eberle et Jean-Guihen Queyras admirables, Yannick Nézet-Séguin contestable

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C’est un concert exclusivement consacré à Brahms que nous propose l’Orchestre de Chambre d'Europe, sous la direction de l’un de ses membres honoraires, le chef canadien Yannick Nézet-Séguin. Comme son nom peut le laisser entendre (en version originale : Chamber Orchestra of Europe, souvent siglée « COE »), ce n’est pas une formation permanente attachée à une ville ou à un pays, mais des musiciens de toute l’Europe qui, depuis 1981, se retrouvent pour des sessions de concerts. Il n’a ni directeur musical ni chef d'orchestre titulaire. Si, à ses débuts, Claudio Abbado et à Nikolhaus Harnoncourt ont grandement contribué à fabriquer son identité artistique, de nos jours c’est bien Yannick Nézet-Séguin, star internationale de la direction d’orchestre, qui le fait briller aux quatre coins du monde.

Au programme, la traditionnelle trilogie ouverture-concerto-symphonie. Pour commencer, l’Ouverture tragique (des deux ouvertures écrites par Brahms, c’est « celle qui pleure », selon le compositeur – l’Ouverture pour une fête académique étant « celle qui rit »). Yannick Nézet-Séguin en donne une interprétation énergique et spectaculaire. Il y a beaucoup d’effets certes efficaces, mais le mystère et la poésie peinent à prendre leur place.

Le chef d'orchestre Bas Wiegers à Metz

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Ce vendredi 5 décembre l’orchestre national de Metz Grand Est était placé sous la direction du chef d’orchestre néerlandais Bas Wiegers pour un concert mettant ses pupitres sous les feux de la rampe. 

Il commençait par la brève œuvre de la compositrice contemporaine canadienne Cassandra Miller Swim.  Cette composition tenant durant ses dix-sept minutes de Jean Sibelius pour son atmosphère neutre, de John Williams pour ses aspects quelques fois cinématographiques, et de György Ligeti  pour son statisme, était sans doute la plus difficilement abordable de ce concert à un public profane, mais restait nonobstant très intéressante dans ses variations autour d’un thème simple, presque blanc, par les différents pupitres et sa progression parfois sur une note par un instrument. Elle permet à l’orchestre de commencer à montrer la qualité des pupitres sous une lumière glacée, lactescente et quasi hypnotique. Outre les cordes, les pupitres des vents, et notamment des cuivres purent ici faire exposer déjà leurs techniques.