Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

L’Orchestre National de Belgique brille au Klarafestival

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Oeuvre trop rare au concert comme au disque, la Faust-Symphonie de Liszt n’en est que plus à sa place au programme d’un festival qui se veut ambitieux. Et il faut dire que la version qu’en donnèrent dans le cadre du Klarafestival Hugh Wolff et le Belgian National Orchestra (on nous excusera de grimacer en utilisant cette appellation réputée plus porteuse) fut remarquable en tous points. Menés avec enthousiasme et lucidité par leur directeur musical -dont ceux qui l’entendirent il y a plusieurs années à la tête du même ensemble dans une mémorable Troisième de Mahler savent que les grandes fresques orchestrales ne lui font pas peur- les musiciens du National se montrèrent parfaitement à la hauteur des redoutables exigences de cette monumentale oeuvre qui exige de ses interprètes non seulement de l’endurance sur les près de 80 minutes de sa durée, mais aussi un véritable souffle épique dans ce chef-d’oeuvre dont les trois mouvements sont autant de portraits des protagonistes du Faust de Goethe.

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Pour trois concerts à Zürich, Genève et Lucerne, le Service Culturel Migros invite l’Orchestre Philharmonique Royal de Stockholm sous la direction de son chef attitré, Sakari Oramo.

Comme clin d’œil au public helvétique, le programme débute par une page d’un Zürichois, Rolf Liebermann qui, selon l’adage « Nul n’est prophète en son pays », a fait sa carrière de directeur de théâtre à Hambourg et à Paris. Son Furioso, écrit en 1945, créé par Hermann Scherchen deux ans plus tard puis présenté avec succès au Séminaire de Musique Contemporaine de Darmstadt, est proprement effarant. En huit minutes, le piano donne la cadence en martelant avec véhémence une envolée virtuose du tutti scandée par des motifs « jazzy », avant que ne se développe une section lyrique où la flûte dialogue avec le cor anglais ; et c’est la reprise des divers thèmes qui amènera une brillante conclusion.

Kent Nagano et l’OSM à Bruxelles

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C’était l’un des événements de la saison bruxelloise : la venue de Kent Nagano et de son Orchestre symphonique de Montréal dans le cadre d’une tournée européenne. Après Paris, le grand chef et ses musiciens posaient leur bagages pour une escale belge prestigieuse et attendue.

Le programme illustrait les facettes de l’art du chef aussi à son aise dans le symphonique que dans le lyrique. En apéritif du concert, Kent Nagano fait honneur à Berlioz avec les trois extraits symphoniques de la Damnation de Faust. Le chef se concentre sur la lisibilité de l’orchestration et l’équilibre des lignes mélodiques. Même la “Marche Hongroise” refuse le spectaculaire et privilégie la force révolutionnaire de l’écriture.

A Lausanne, une ARIADNE restituée à l’opéra de chambre

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Une vaste paroi de couleur neutre, trois portes dont celle du milieu s’ouvrant sur un débarras contenant les fusées et feux d’artifice de fin de soirée, le Compositeur et son professeur en complet noir, le Maître à danser, perruque orange sur habit bleu canard, le Perruquier en punk oxygéné, le Majordome en uniforme gris à col Mao, tout ce monde s’agite dans ce Prologue d’Ariadne auf Naxos mise en scène par David Hermann dans des décors de Paul Zoller, des costumes de Michaela Barth, des éclairages de Fabrice Kebour. Mais l’arrivée de Zerbinetta, flanquée de ses partenaires habituels, Harlekin, Scaramuccio, Brighella et Truffaldin, fait aussitôt référence à l’esprit de la ‘commedia dell’arte’ et à ses costumes de tradition.

A Genève, un duo de choc !

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Le samedi 16 mars, dans un Victoria Hall bondé jusqu’au dernier strapontin, deux légendes du piano, Martha Argerich et son troisième époux, Stephen Kovacevic, ont donné un récital en répondant à l’invitation de l’Agence Caecilia pour sa prestigieuse série ‘Les Grands Interprètes’.

Deux pianos de concert sont placés côte à côte ; et le duo propose d’abord une transcription des Danses symphoniques réalisée par Rakhmaninov lui-même quelques mois après la création de la version originale donnée le 3 janvier 1941 par ses dédicataires, Eugene Ormandy et l’Orchestre de Philadelphie. Ce remaniement fut présenté lors d’une soirée privée d’août 1942 à Beverly Hills par l’auteur dialoguant avec… Vladimir Horowitz. Récemment, la firme Marston a publié un enregistrement de quelques extraits joués en solo par le compositeur à la fin décembre 1940, comportant des modifications harmoniques que nos interprètes ont décidé de restituer.

Le Klarafestival débute en beauté

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Même si le Klarafestival s’est choisi pour thème cette année un Libera me qui n’est peut-être pas d’une parfaite clarté (on peut se libérer de tant de choses), le concert inaugural du festival n’en fut pas moins une réussite due autant à une programmation intelligente et libérée des facilités de la routine qu’à des interprètes qui s’engagèrent pleinement en faveur des oeuvres qui figuraient au programme de cet European Gala.

A la tête d’un Chamber Orchestra of Europe qui, basé à Londres, livre par son existence même la plus belle des réponses -y compris dans son pays d’accueil- à ceux qui pourraient se demander à quoi peut bien servir l’Europe, le jeune chef allemand David Afkham entama la soirée par les rares Deux épisodes tirés du Faust de Lenau de Liszt. Dans le premier, La Procession nocturne, tant les effectifs réduits de l’orchestre que la patte légère du chef (dirigeant ici sans baguette) assurèrent une exécution toute de transparence et de poésie, alors que La Danse dans l’auberge du village (qui n’est autre qu’une adaptation pour orchestre de la Méphisto-Valse N° 1 du compositeur) se vit enlevée avec un élan irrésistible par un David Afkham menant ses troupes - cette fois-ci avec baguette- avec cette autorité naturelle qui est la marque des vrais chefs.

Une voix de mezzo trop peu connue, Sarah Connolly

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Dans la série de ses récitals avec piano, le Grand-Théâtre de Genève invite pour la première fois la mezzosoprano anglaise Sarah Connolly que l’on connaît mal sous nos latitudes, même si le Met a consacré ses incarnations du Compositeur d’Ariadne auf Naxos et de Mlle Clairon de Capriccio. Pour ce récital, elle est accompagnée par le pianiste Julius Drake, entendu ici lorsqu’il dialoguait avec Ian Bostride, Joyce DiDonato et Willard White.

Leur programme est exigeant, car il débute par cinq lieder de Johannes Brahms. Tandis que le clavier se place en retrait pour ne jamais couvrir la voix, la première phrase de Ständchen op.106 n.1, « Der Mond steht über dem Berge », révèle un timbre corsé s’irisant de reflets radieux et une ligne somptueuse qui s’allège avec le rubato. Son legato magistral se déploiera ensuite dans Die Mainacht op.43 n.2 et dans Feldeinsamkeit op.86 n.2, soutenu qu’il est par une technique de souffle à toute épreuve. Sa diction extrêmement soignée lui permet de mettre en valeur l’expression de chaque mot, tout en glissant une inflexion dubitative dans  Da untem im Tale, tournant au tragique dans Von ewiger Liebe. Sont proposées ensuite cinq mélodies d’Hugo Wolf : Auch kleine Dinge können uns entzücken est d’une désarmante simplicité face au declamato de Gesang Weylas, d’une solennelle profondeur que dissiperont les audaces harmoniques de Nachtzauber. Dans Kennst du das Land ?, affleurent les interrogations angoissées étirant la ligne jusque dans le grave avant d’atteindre le paroxysme en des « Dahin ! » désespérés, nous remémorant Elisabeth Schwarzkopf lors de ses derniers récitals ; en pensant encore à elle, l’on retrouve Die Zigeunerin où un véritable sort est fait à des mots tels que « Pelzlein » ou « Stutzbart » avec ces « la,la,la » du refrain, susurrés  comme une étrange incantation.

Salonen et le Philharmonia : l'indéniable qualité d’un orchestre et de son chef  

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En 1947, Dinu Lipatti, établi à Genève où il avait accepté une charge d’enseignement au Conservatoire, devenait l’un des patients du Dr Henri Dubois-Ferrière, pionnier du développement de l’hématologie en Suisse. Au sommet de ses moyens, l’artiste poursuivait une carrière internationale, même si son état de santé allait en se dégradant. Main dans la main, les deux hommes, qui étaient unis par une profonde amitié, décidèrent  de lutter contre l’inéluctable. Mais, pratiquement, à bout de forces, le pianiste donna un ultime récital le 16 septembre 1950 lors du Festival de Besançon puis s’éteignit à Genève le 2 décembre. Vingt ans plus tard, son médecin, victime d’un cancer, le suivait dans la tombe le 8 juillet 1970. Dès ce moment-là, les proches songèrent à établir une fondation portant leurs deux noms, fondation qui, aujourd’hui encore, tente de réunir des fonds en organisant un concert de gala, ce qui fut le cas le 1er mars au Victoria Hall. Grâce à l’aide de généreux donateurs, le premier montant récolté est estimé à plus d’un demi-million de francs suisses, montant qui permettra le développement de thérapies cellulaires innovantes pour les enfants atteints de leucémie ou de lymphome.

Boesmans et Ravel avec l'OPRL sous la baguette de Gergely Madaras

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Événement pour l’Orchestre philharmonique royal de Liège qui se produisait à Liège et Bruxelles sous la baguette de son directeur musical désigné : Gergely Madaras et dans un programme qui illustrait bien son ADN : une création mondiale et une grand pièce de Maurice Ravel, compositeur qu’il sert toujours si bien. Ce concert était également une belle rampe de lancement pour Gergely Madaras qui succédera, dès septembre 2019, à Christian Arming au poste de Directeur musical de la phalange liégeoise.

A Genève, un Concerto Köln aseptisé

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Concrto Köln beim Konzert im Herkulessaal München 28. 11. 2009

Pour sa saison 2018-2019, le Service Culturel Migros a décidé d’inviter en alternance les orchestres symphoniques et les formations de chambre. Et c’est dans cette seconde catégorie qu’il faut inscrire le Concerto Köln qui, depuis 1985, s’est spécialisé dans la musique ancienne en ayant la particularité de jouer sans chef et debout pour la plupart (les pauvres !) même si, à l’interne, la conduite artistique est gérée par le bassoniste Lorenzo Alpert. Quatre des violonistes peuvent assurer la fonction de solo ; à Genève, le 26 février, ce fut la violoniste nippone Mayumi Hirasaki qui s’en chargea.