Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

https://seamagic.org/

par sex best free dating apps australia for friendships matching

Pour le deuxième concert de sa série ‘Classics’, le Service Culturel Migros invite un chef renommé, Philippe Herreweghe, à la tête des deux ensembles qu’il a fondés en 1970 et en 1991, le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-Elysées. Tout discophile a gardé en mémoire les remarquables enregistrements consacrés à l’œuvre vocale de Bach.

Que sommes-nous tombés de haut le lundi 15 novembre au Victoria Hall de Genève avec un programme entièrement dédié à Mozart ! Débutant avec la Quarantième Symphonie en sol mineur K.550 prise à un tempo extrêmement rapide, le Molto allegro initial recherche à tout prix les contrastes véhéments, quitte à rendre anguleux le pupitre des vents qui devient même oppressant dans l’Andante tout aussi bousculé où les cordes peinent à exprimer une mélancolie lancinante. Par contre, l’appui sur les temps forts imprime un caractère dansant au Menuetto qui veut alléger la texture sous les couacs des cors sans piston, alors que le Presto final s’ingénie à souligner les audaces harmoniques, sans parvenir à nous intéresser véritablement…

A Genève, François Dumont ouvre brillamment le Festival Chopin   

par

Au cours de chaque automne a lieu à Genève un Festival Chopin qui se déroule en trois ou quatre lieux différents. Pour une 24e édition depuis 1997, son infatigable présidente, Aldona Budrewicz-Jacobson, sollicite à nouveau le concours du pianiste lyonnais François Dumont qui, outre le concert d’ouverture, dirige une masterclass durant quatre jours. 

Le 11 novembre au Conservatoire de Musique, il intitule son programme ‘Chopin et le charme de ses fantaisies’ et le commence par la redoutable Polonaise en la bémol majeur op.61 dite Polonaise-Fantaisie, où il dilue dans le jeu de pédale les longues cadences en arpèges en leur prêtant un tour énigmatique. Mais l’indication A tempo giusto permet d’édifier la polonaise proprement dite par le martellement des octaves qui dynamise la progression, tout en ménageant les contrastes d’éclairage jusqu’à un Poco più lento aux couleurs tamisées. Mais la liquidité des trilles en tierces ramène le caractère héroïque du début pour conclure par une péroraison grandiose. A titre d’intermède s’y enchaîne la célèbre Fantaisie-Impromptu en ut dièse mineur op.66, développée avec une vélocité ahurissante qui s’apaise avec le moderato cantabile traité ici comme l’une de ces arie de Bellini modérément ornementée que l’on pouvait entendre aux ‘Italiens’, avant que ne reprenne le babillage du début. Le rideau semble se refermer avec la Fantaisie en fa mineur op.49 dont le Tempo di marcia est buriné à la pointe sèche par des accords acérés que diluent les formules en arpèges faisant avancer le discours vers un agitato pathétique, tempéré fugacement par un Lento sostenuto totalement intériorisé.

Voyage et rêverie : Debussy par Jean-Yves Thibaudet

par

Ce récital monégasque de Jean-Yves Thibaudet était prévu en novembre 2020. Du fait de la pandémie,  il a été reporté à cette année. C'est un bonheur de retrouver l’un des pianistes majeurs d’aujourd’hui dans un programme très intense, les deux livres des Préludes de Claude Debussy dont il a gravé une excellente intégrale pour Decca. 

Jeune sexagénaire,  Jean-Yves Thibaudet s'approprie la partition et il nous invite au voyage et à la rêverie. Le pianiste réunit trois qualités qui rendent son style irremplaçable : densité, expressivité et sensualité. Chaque pièce est  traitée comme une œuvre à part entière avec des univers évocateurs différents. Les mains se laissent guider par un sens narratif qui exploite le potentiel expressif de chaque scène. La sensation qu'il recueille et transmet lui permet d'incarner ses visions dans toute leur chair. On passe de la nature à l'exotisme , de l'antiquité aux mondes imaginaires, de la profondeur océanique de la "Cathédrale engloutie", à la tornade que souffle "Ce qu'a vu le vent d'ouest". Le piano de Thibaudet peut flatter l'oreille, mais il sait aussi fouetter le sang et réchauffer le coeur. 

Rachmaninov et Elgar : grand bain romantique au Nouveau Siècle de Lille

par

Intitulée Grand romantisme, la soirée rapprochait deux œuvres de la toute fin du XIXe siècle, qui assurèrent la re(con)naissance de leur auteur : les Variations Enigma d’Edward Elgar lui acquirent la gloire, le second Concerto de Rachmaninov le sauva de la dépression. Pour s’en tenir à un complet programme de variations, on aurait pu songer à celles sur un caprice de Paganini, du même compositeur, ou dans le répertoire du dernier quart de siècle convier par exemple les Variations symphoniques de Franck, les « Variations Haydn » de Brahms, les Symfonické variace z písně de Dvořák, tout cela certes moins ardent. Le mince format d’une heure dix ne le permettait guère, mais avait en tout cas fait salle comble au Nouveau Siècle.

Sir Adrian, un grand maestro anglais, d’ailleurs spécialiste d’Elgar, estimait que Rachmaninov « pourrait se désigner comme le dernier romantique, car son œuvre était européenne plutôt que russe [...] son style était celui de Tchaïkovski plutôt que Moussorgski » (Boult on Music, Toccata, Londres 1983). On retrouvait en effet dans la direction de Lionel Bringuier une lisibilité, une clarté de ton qui accréditerait ce jugement. Après le glas du clavier, on constatait combien les cordes lilloises façonnaient avec pureté le premier thème, sans épanchement douteux ni dérive passionnelle. Le lyrisme du second thème se présentait chaste, aristocratique, dans une veine « russe blanc ». Une lecture sans grandiloquence et sans histoire de ce Maestoso, quitte à ce que le ton épique fît parfois défaut sous une baguette efficace mais non extravertie. Ce concerto enrôlait Lukáš Vondráček (Premier Prix du Concours Reine Elisabeth en 2016) qui lui prodigua son zèle mais pas toute la puissance requise pour rivaliser avec un fourreau d’une cinquantaine de cordes. L’osmose attendue des moments de douceur était-elle vraiment au rendez-vous de l’Adagio sostenuto ? Lequel profita toutefois d’une cantilène lumineuse, soignée par des bois saillants (clarinette notamment). S’y inscrivait un soliste capiteux malgré une certaine dureté qui correspondait mieux aux parades lisztiennes du volet più animato. En revanche, le staccato du pianiste tchèque n’apparaissait pas des mieux galbés et sonores au début de l’Allegro scherzando, qui nécessite une redoutable alliance de vigueur et de fluidité. Les vaporeuses sinuosités du second thème (altos et hautbois) tendirent à s’enliser plutôt qu’à s’exhaler, sans que le piano parvînt à le vivifier dans ses reprises. Ce que le Finale arbore de fier et péremptoire se montra sous un jour autoritaire (une percussion au cordeau), vers une coda non avare de panache à l’emporte-pièce (rien n’objecte à ce coup de sang slave). L’enthousiasme du public rappela l’invité qui gratifia le public d’une rêverie chopinienne dans l’âme.

Le Belgian National Orchestra sous la baguette de Lionel Bringuier : peuvent mieux faire

par

Les débuts à la tête de l’Orchestre National de Lionel Bringuier étaient attendus avec beaucoup d’intérêt, tant la réputation de ce jeune chef français -qui occupa la prestigieuse position de chef de l’Orchestre de la Tonhalle de Zürich pendant quatre saisons et avec lequel il enregistra pour DG une intégrale Ravel généralement bien reçue (DG)- jouit d’une flatteuse réputation.

C’est justement par la rare Ouverture de Shéhérazade de Ravel que s’ouvrit ce concert qui vit tous les exécutants (chef et soliste compris, sauf les vents) garder le masque du début à la fin, les musiciens de l’orchestre respectant une distance moindre qu’à une certaine époque, mais néanmoins bien réelle avec chaque musicien des cordes disposant de son propre pupitre et les vents séparés de bien un mètre cinquante.

Utilisant une baguette assez longue, Bringuier connaît manifestement parfaitement ses partitions et conduit avec clarté, souplesse et une précision gestuelle aussi utile à l’orchestre qu’à la salle. 

Les 80 ans du  chef d'orchestre Lawrence Foster et récitals à Monte-Carlo

par

Figure majeure de la vie musicale monégasque, le chef d’orchestre Lawrence Foster a été directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo entre 1980 et 1990. Il est toujours un invité régulier de l’OPMC avec lequel il partage sa passion pour les répertoires qui sortent des sentiers battus. La phalange monégasque ne pouvait manquer de célébrer les 80 ans de l’un de ses plus fidèles hôtes. 

Pour cette occasion, le chef accompagne une légende de la musique : le pianiste autrichien Rudolf Buchbinder dans le Concerto n° 5 de Beethoven. On connaît la passion du pianiste pour Beethoven avec ses multiples intégrales que ce soit des Concertos ou des Sonates. Buchbinder déploie une interprétation  empreinte de sobriété, de naturel, et d’une fidélité notable au texte. Il connaît les moindres recoins de cette partition dont il fait ressortir toutes les nuances magnifiquement secondées par la direction de son fidèle ami Lawrence Foster. Acclamé par le public, le soliste offre un “bis” : un arrangement de valses de Strauss par Alfred Grünfeld, où on retrouve tout le charme viennois.

A Genève, une stupéfiante Oksana Lyniv  

par

A Genève, le 24 octobre est la date fixée pour célébrer la Journée des Nations-Unies. Chaque année, l’Orchestre de la Suisse Romande donne un concert d’une heure pour embellir l’événement. En cet automne 2021, il invite une jeune cheffe ukrainienne, Oksana Lyniv, dont la presse a abondamment parlé l’été dernier car elle a été la première femme à diriger au Festival de Bayreuth en assurant les représentations de Der fliegende Holländer.

En la voyant entrer sur la scène du Victoria Hall, l’on se prête à sourire tant elle est petite. Mais dès qu’elle est au pupitre, elle dégage une ahurissante énergie par un geste de la main droite d’une extrême précision et par la gauche pour développer le legato, ce que révèle d’emblée le célèbre Adagio pour cordes de Samuel Barber créé en 1938 par Arturo Toscanini et le NBC Symphony Orchestra. Dans un pianissimo d’une mélancolie profonde, elle s’ingénie à fusionner les registres puis suscite la tension en exacerbant le cantabile des premiers violons jusqu’au paroxysme avant de laisser s’éteindre les dernières notes.

Lang Lang  au Grimaldi Forum de Monte-Carlo

par

Ce récital de la star mondiale Lang Lang ne fait pas partie de la programmation des institutions musicales monégasques, il s’agit d’un concert proposé par une société de production qui organise des tournées d’artistes comme Elton John ou David Hallyday. Le Grimaldi Forum et ses 1800 places ont été loués à cet effet. D’emblée le ton est donné ! 

En dépit d’un prix des places très élevé, la salle de concert était complète pour ce programme très classique avec les Variations Goldberg de Bach telle une tournée de promotion mondiale consacrée à son dernier album pour DGG qui propose ce même cycle. 

Avec 20 ans de carrière, Lang Lang se sent assez mature pour se lancer à l’assaut de ce qui constitue l’Everest de la musique classique : Jean-Sébastien Bach. En programmant les Variations Goldberg, il met à jour un travail qui lui a pris près de 27 ans  pour en livrer une version lente, presque mystique, qui s’approche comme une promenade intérieure.

Lisztomanias à Châteauroux fête ses 20 ans

par

Le festival Lisztomanias a fêté cette année ses 20 ans sous le thème de « Liszt a 20 ans » en mettant en valeur les œuvres de jeunesse. Mais au concert du dimanche 17 octobre, l’accent est mis sur l’Amérique, un centre musical qui attirait déjà de nombreux talents au XIXe siècle. Ainsi, Lorenzo da Ponte, Sigismond Thalberg, Anton Rubinstein et bien sûr Antonín Dvořák s’y installèrent, ce dernier dirigeant le Conservatoire de New York à la fin du siècle. Liszt, un grand voyageur, aurait pu traverser l’océan Atlantique.

Ce voyage lointain, c’est aussi un voyage intérieur. Avec Dante. Ainsi, Alexandre Kantorow ouvre le concert en solo, sur la scène de l’Equinox où les sièges des musiciens d’orchestre sont encore vides. On a déjà beaucoup parlé de lui, de son génie, de son jeu inspiré, de sa technique infaillible, de sa musicalité hors pair, de sa liberté d'expression… Une fois de plus, il a mis ces qualités au service de la musique, avec tout un imaginaire lisztien et dantesque. Première ovation, déjà plus que nourrie.

Donaueschinger Musiktage : 3 + 1 jours de nouvelles musiques

par

Cette année, noire et irrespirable

Elle vit près de Boston mais est née en Israël ; elle nourrit les orchestres et chanteurs depuis plusieurs décennies d’un langage bien à elle, où elle tente l’impossible alliage entre la sensitivité exacerbée de l’écorché et la précision analytique du chirurgien. La mort de George Floyd l’a fâchée, touchée, troublée -et cette phrase, de la jeune fille qui filme les derniers instants de celui qui clame ne plus pouvoir respirer, peut-être encore plus : « je suis restée là à m’excuser, m’excuser auprès de George Floyd de ne pas en faire plus, de ne pas interagir physiquement et de ne pas lui avoir sauvé la vie. » Alors, comme le fait une artiste, elle intègre l’événement, son inspiration, sa respiration coupable, les mots, la souffrance de l’homme -et celle de la femme- dans sa musique, monument de 55 minutes consacré au dernier souffle, de Floyd le Noir oppressé à la poitrine compressée, au souffle coupé (oui) et à cette pandémie qui a soudain tout bouleversé mais, aussi vite qu’elle a pris le temps de passer, laissé tout (les choses, les enjeux, les morts) inchangé -ou presque- tant nos habitudes sont profondes, ancrées, faciles- et les mots sont ceux des choristes, de leur monde impacté par l’épidémie. C’est le Jack Quartet qui s’attelle aux cordes dans la salle Mozart des Donauhallen, pour les Unhistoric Acts de Chaya Czernowin, panneau central  d’un tryptique (VENA) débuté en 2020, accompagné des 24 voix du SWR Vokalensemble, et autant de mains pour, en un même mouvement, tourner les pages de la partition dans un éclat coordonné d’incandescence lumineuse : dans ces plaintes, sirènes, souffles, « pops » buccaux, dans cette succession d’événements sonores dont la fluidité m’emporte plus dans la seconde partie, je ressens à un moment une proximité (toutes proportions gardées) avec le Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima de Krzysztof Penderecki. Unhistoric Acts est une pièce qui parle de rage et de deuil.

Le dialogue excentrique entre lupophone et no-input mixer

Parmi les trois pièces au programme du concert du jeudi soir au Baar Sporthalle (plutôt bien rempli ; la fréquentation semble ne pas trop souffrir des intransigeances covidiennes – on montre patte blanche et on porte le masque), celle d’Annesley Black (abgefackelte wackelkontakte) éveille l’intérêt par la mise en avant de deux instruments inhabituels : le lupophone (aux mains de Peter Veale), rare instrument de la famille des hautbois, semblable au heckelphone (au timbre sombre et pénétrant) mais dont la gamme descend jusqu’au fa grave, et un super bidule électronique vintage (plus précisément une table de mixage sans entrées -en fait une console dont les entrées sont connectées aux sorties, ce qui génère des feedbacks qu’on peut modifier en tripatouillant les interrupteurs, boutons et autres curseurs de la table-, manipulé, avec une grâce certaine, une dextérité convaincante et un enthousiasme communicatif par un homme rond à la pilosité du siècle dernier (Mark Lorenz Kisela). La composition de cette Canadienne installée à Frankfort est étonnante, résultante d’un travail d’un an avec les solistes -qu’elle incite à imiter les sons l’un de l’autre, pour nourrir ensuite le morceau de ces imitations, transcrites, transposées, transformées à de multiples reprises puis réappliquées à un langage orchestral.