Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

 Domingo dans son jardin...espagnol à Orange

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« Nuit espagnole / Plácido Domingo » c’est ce que nous pouvions lire sur la couverture du programme de ce nouveau concert thématique des Chorégies d’Orange. La couleur était annoncée d’entrée ! Le public très nombreux ce samedi venait pour voir la légende vivante madrilène. Star parmi les stars, Domingo bénéficie d’une aura qui ne faiblit pas auprès des spectateurs du Théâtre antique. On peut même parler d’amour, il en a été d’ailleurs beaucoup question durant cette soirée.

Nous avons eu la chance d’assister à de nombreux concerts avec à l’affiche d’autres grands noms de la scène lyrique mais nous avions rarement pu constater une telle ferveur autour d’un seul protagoniste. Il est vrai que Domingo est un artiste hors norme qui transcende les générations et les publics. Un monstre sacré qui sait y faire avec ses aficionados ! Tantôt complice avec le public, tantôt chauffeur de salle et enfin maître de cérémonie, c’était vraiment sa nuit.

À Hardelot, un dimanche Heureux avec Ensembles Artifices et Tictactus

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Entouré de la réserve naturelle du marais de Condette, un château néo-Tudor du XIXe siècle se dresse paisiblement. Face à cet édifice aux murs blancs, un peu plus loin, un autre bâtiment, circulaire et tout en bois, se fond dans l’environnement. C’est le théâtre élisabéthain, unique en France, inauguré en juin 2016. C’est là qu’ont lieu les concerts du soir du Midsummer Festival.

« The Forest », le douloureux vitrail de Bryce Dessner à la Fondation Louis Vuitton

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Rendez-vous immanquable des amoureux du violoncelle, les récitals de la Classe d’Excellence de Gautier Capuçon à la Fondation Louis Vuitton à Paris sont aussi le creuset d’un nouveau répertoire pour ensemble de 7 violoncelles, frais et diversifié. Commandant à foison autant à Guillaume Connesson qu’à Matthias Pintscher, en passant par Bruno Mantovani et Salvatore Sciarrino, c’est aujourd’hui au compositeur américain Bryce Dessner de relever le défi.

Sa pièce The Forest est un douloureux vitrail construit tout en symboles.
En tant que citoyen du centre de Paris depuis quelques années désormais, c’est en voisin que Bryce Dessner a décidé de consacrer une œuvre à la blessure qu’a représenté il y a quelques semaines l’incendie de la Cathédrale Notre-Dame, et surtout de sa « forêt », charpente millénaire qui contient l’Histoire à elle seule.

Pour ce faire, le compositeur a utilisé pour support de courts fragments du célèbre organum Viderunt Omnes de Pérotin (1160-1230). Ainsi, The Forest est traversée de véritables samples-souvenirs de cette Ars Antiqua fondatrice. L’œuvre apparaît donc comme irriguée de l’intérieur par la Cathédrale elle-même, avec ses réminiscences de Pérotin qui chantent au travers des flammes, comme les bribes calcinées et vigoureuses du passé.

Lille Piano(s) Festival, grands moments du piano

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L’édition 2019 de Lille Piano(s) Festival fut la dernière concoctée par son fondateur Jean-Claude Casadesus. En effet, le père de l’Orchestre National de Lille, qui demeurait le directeur artistique du Festival, va finalement passer la main dès l’édition prochaine. Pour illustrer cette année-clef, la programmation était particulièrement remarquable avec, notamment, l’entrée de l’orgue dans la programmation.

Récitals d’orgue

C’est à la Cathédrale Notre-Dame de la Treille que les trois récitals d’orgue se sont déroulés. La construction de l’édifice de style néo-gothique mais se servant de technique et de matériel moderne, a débuté en 1854 pour ne se terminer qu’en 1999. La cathédrale possède deux orgues : l’orgue de chœur dû à Cavaillé-Col et date de 1869 et le grand orgue, inauguré en juin 2007 par Jean Gillou. Il s’agit de l’instrument qui se trouvait au studio 104 de la Maison de la Radio à Paris, c'est l’un des plus importants orgues européens. Les récitals ont été donnés sur le grand orgue, tandis que les « préludes » par des élèves du Conservatoire se passaient sur le Cavaillé-Col.

Le 14 juin, Thierry Escaich donne un programme sous le signe de l’improvisation. Son Ouverture improvisée, utilisant des notes rappelant le nom de Chostakovitch, annonce d’emblée la teneur du concert : clarté et virtuosité. Quelques changements au programme permettent d’insérer une improvisation de plus, celle sur le thème initial du Concerto pour violon de Mendelssohn. Celle-ci est merveilleusement… mendelssohnienne, avec toutes les caractéristiques du compositeur comme une figue à veine romantique, des cantilènes à l’instar de Romances sans paroles ou encore un scherzo final et ce, en passant par différentes couleurs instrumentales et orchestrales. Ses idées musicales, d’une richesse impressionnante, s’enchainent de façon si naturelle et si fluide que l’improvisation semble sa langue maternelle. Ses commentaires ponctuent le concert et attirent davantage l’attention de l’auditoire. Après le récital de Ghislain Leroy (titulaire des orgues de Notre-Dame de la Treille) le 16 juin, auquel nous n’avons pas pu assisté, l’un des organistes de Notre-Dame de Paris, Olivier Latry, présente un concert commenté sous le thème de « Bach et les Romantiques ». Son programme est en grande partie constitué de transcriptions, de Schumann, Widor, Liszt, Gigout et, surtout, la Fantaisie et fugue en sol mineur BWV 542 de Bach d’après la version de piano de Liszt réadaptée pour orgue par Olivier Latry. Son interprétation, solennelle, est d'une grande rigueur malgré la fantaisie et le spectaculaire qui caractérisent l’œuvre de Liszt.

À Namur, Florilège de Concertos baroques !

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Mardi soir, les mélomanes fuyaient la canicule, trouvant refuge dans la fraicheur de l’Église Saint-Loup qui accueillait le concert d’ouverture du Festival Musical de Namur, coup d’envoi des Festivals de Wallonie qui ont choisi, cette année, le thème « Racines ». L’affiche était partagée entre Leonardo García Alarcón, bien connu du public namurois, dirigeant son Millenium Orchestra, et Chouchane Siranossian, violoniste et artiste associée des Festivals de Wallonie. 

Virtuose française d’origine arménienne, aussi à l’aise au violon baroque qu’au violon moderne, Chouchane Siranossian proposait un programme audacieux, (quasi-marathonien !) de quatre concertos baroques au cours de la soirée. Plus inconnus, le Concerto en La D96 de Tartini et le Concerto op.3 n°1 en Ré de Locatelli étaient confrontés, après la pause, à deux tubes du répertoire concertant baroque, le Concerto en la BWV 1041 de J.S. Bach et le Concerto op.10 n°6 en sol de Leclair. Déjà concentrée dés son entrée sur scène, elle se lance ardemment dans l’interprétation de ce programme exigeant, endossant à la fois le rôle de soliste, mais aussi de cheffe, dirigeant le Millenium Orchestre conjointement avec Alarcón dans une optique résolument chambriste. Si les impulsions de départ sont données par la violoniste, Alarcón gère les fins de phrases depuis son clavecin, façonnant le son de l’orchestre comme un artisan malaxerait l’argile. On constate rapidement une jolie spontanéité dans son jeu -garantie idéale d’une interprétation fraiche ! Si l’on doit tendre l’oreille à de nombreuses reprises pour l’entendre, les problèmes de projection sont assez vite résolus dés la 2e partie où l’on sent l’artiste plus à l’aise dans ces deux derniers concertos. D’ailleurs, quelle grâce dans l’Andante du Concerto de Bach -un superbe moment suspendu qui restera gravé dans nos mémoires ! 

Le Quatuor Alfama et Albane Carrère présentent Still Schubert

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Le quatuor Alfama et Albane Carrère ont enchanté leur public ce mardi soir au Studio 1 de Flagey à l’occasion du concert de sortie de leur tout dernier CD chez Cyprès : "Still Schubert".Emue, Elsa de Lacerda, premier violon, le présenta brièvement au public. 

Le quatuor a entamé le concert avec le quatuor à cordes La jeune fille et la mort de Franz Schubert.  Avec un très beau son d’ensemble et un bel équilibre, les musiciens nous ont offert une magnifique palette d’émotions et de très belles nuances -forte amples et piano tout en délicatesse. Les musiciens sont soudés, et se portent mutuellement, notamment lorsqu’il s’agit d’offrir un tapis sonore à l’un d’eux pour déployer un thème principal, sans jamais porter préjudice à l’unité du groupe. Ils excellent tout autant dans les unissons desquels se dégage une grande force. Dans le quatrième mouvement, ils démontrent une technique infaillible et restent parfaitement synchronisés malgré un tempo impressionnant.

Alain Altinoglu fait triompher Beethoven

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Avec ce concert, Alain Altinoglu terminait son intégrale des Symphonies de Beethoven au pupitre de son Orchestre symphonique de La Monnaie, une intégrale commencée en juin dernier avec la Symphonie n°9 et menée sur toute cette saison. La particularité de cette série de concerts était d’adjoindre des oeuvres concertantes aux symphonies du Grand sourd, Ces oeuvres concertantes, commandées pour l’occasion, mettaient en avant les solistes de l’Orchestre.

Ce concert avait également force de symbole car l’oeuvre était un concerto pour violoncelle de Bernard Foccroulle, ancien directeur de ce même Théâtre Royal de La Monnaie, avec Sébastien Walnier, chef de pupitre des violoncelles en soliste. Climbing-Dancing est dédié à la mémoire de la chorégraphe Trisha Brown. Dans le programme du concert, Bernard Foccroulle explique que la Symphonie n°7 de Beethoven lui a spontanément évoqué la figure de la célèbre chorégraphe, elle aussi liée à l’Histoire de La Monnaie par ses mises en scène de l’Orfeo de Monteverdi ou de Luci mie traditrici de Sciarrino. En deux mouvements, Climbing-Dancing est une oeuvre poétique et subtile. Le premier mouvement explore l’aigu du violoncelle presque dans un geste opératique d’une voix mélodieuse alors que le second mouvement est une séquence plus rapide et virtuose. On sent poindre l’écriture de l’organiste et l’immense culture musicale de Foccroulle avec quelques touches délicates en hommage à Messiaen. Dans tous les cas, Climbing-Dancing est une exceptionnelle partition et on lui souhaite de s’affirmer au répertoire.

 À Genève, un Orchestre de Birmingham décevant

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Pour achever sa saison 2018-2019, le Service Culturel Migros invite le City of Birmingham Symphony Orchestra sous la conduite de sa cheffe artistique, la Lituanienne Mirga Gražinytė-Tyla, jeune artiste de trente-deux ans qui, en dix ans de carrière, a accumulé les distinctions et les charges, puisqu’elle a été assistante au Los Angeles Philharmonic avant de prendre la direction artistique du Landestheater de Salzbourg.

D’emblée, s’impose une constatation : pour qui a connu cette formation dans les années quatre-vingts, au moment où Simon Rattle en était le titulaire, sa sonorité s’est totalement transformée ; car le nombre de jeunes éléments qui en constituent les pupitres recherchent une dynamique extrême, quitte à mettre en péril la cohérence de l’ensemble. Cela est particulièrement dangereux lorsque le programme comporte l’une des grandes symphonies du répertoire, la Deuxième en ré majeur op.73 de Johannes Brahms. Pris à tempo lent, l’Allegro non troppo met en exergue la faiblesse des cuivres, avec des cors plantant des ‘pains’ sur un tutti des violons plutôt râpeux qu’adoucira la phalange des cordes graves. La baguette de Mirga Gražinytė-Tyla  s’efforce de susciter les contrastes de phrasé afin de développer un cantabile sous l’omniprésence de bois et cuivres, peu enclins à la nuance. Il faut parvenir au ‘ländler’ de l’Allegretto grazioso pour que se profile un équilibre entre les pupitres, précaire puisque rapidement englouti  par le finale, opposant exagérément les blocs sonores.

A Genève, un altiste remarquable : Nils Mönkemeyer

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Pour la seconde fois durant la saison 2018-2019, l’Orchestre de la Suisse romande invite l’Orchestre de Chambre de Lausanne placé sous la direction de sa principale cheffe invitée, Simone Young.

Le programme débute par un ouvrage néo-classique d’Igor Stravinsky, le ballet Apollon Musagète, écrit en 1927 à la demande de la mécène Elizabeth Sprague Coolidge pour un festival de musique contemporaine à Washington puis chorégraphié par George Balanchine pour les Ballets Russes qui le présentèrent à Paris au Théâtre Sarah-Bernhardt le 12 juin 1928. Imaginé comme un ‘ballet blanc’ aux lignes épurées à l’instar des marbres de l’Antiquité, le mince argument évoque la naissance du dieu soleil qui, devenu adolescent,  inspire trois des muses, Calliope, Polymnie et Terpsichore, pour les conduire au Parnasse. Et cette sobriété transparaît dans l’effectif orchestral qui ne comporte que le registre des cordes. D’emblée, la baguette de Simone Young dessine de fines arabesques pour en exploiter la veine lyrique, tout en prêtant un caractère primesautier au concertino élaboré par le premier et le second violon et le violoncelle solo qui joue la carte de la séduction. Par des tutti à l’arrachée, la Variation d’Apollon impose  une solennité qui s’estompera dans les inflexions suaves d’un pas de deux avec Terpsichore, Muse de la Danse. Et la coda ne sera plus que fringante envolée avec un clin d’œil attendri à ce dieu que l’on a vu naître.

23e Festival de Pâques de Deauville : excellence et surprises

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Il y a 23 ans qu’à la période de Pâques, la salle Elie de Brignac, la première salle française qui, en 1892, a connu la vente de purs sangs (aujourd’hui sept ventes aux enchères par an), devient haut lieu de concerts qui réunit les purs sangs de la musique de chambre. Sous l’égide d’Yves Petit de Voize (également conseiller musical de la Fondation Singer-Polignac), quatre générations de jeunes interprètes les plus en vue se sont succédé depuis 1997 au Festival de Pâcques de Deauville, parmi lesquels Nicolas Angelich, Bertrand Chamayou, Renaud Capuçon, Adam Laloum, Julien Chauvin, Justin Taylor, Quatuors Hermès et Arod, Jérémie Rhorer et le Cercle de l’Harmonie… Les deux derniers concerts de cette année, l’un consacré à la musique française et l’autre à une passion de Bach, résument eux seuls la caractéristique de la manifestation : excellence et surprise.