Chansons anglaises par Carolyn Sampson

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The Contrast. English Poetry in Song. WILLIAM WALTON (1902-1983) : A Song for the Lord Mayor’s Table ; Three Façade Settings ; Ralph VAUGHAN WILLIAMS (1872-1958) : Trois chansons ; Frank BRIDGE (1879-1941) : Sept chansons ; Huw WATKINS (1976) : Five Larkin Songs ; Roger QUILTER (1877-1953) : Six chansons. Carolyn Sampson, soprano ; Joseph Middleton, piano. 2019. Livret en anglais, allemand et français. Textes des chansons en anglais. 81.06.  SACD BIS-2413.

On n’apprendra rien à personne en soulignant le fait qu’en Angleterre, la chanson tient une place importante dans le paysage musical depuis plusieurs centaines d’années. Le présent CD propose un panorama de pages du XXe siècle, au cours duquel la diversité s’est accentuée et s’est concrétisée dans des arrangements, dus à plusieurs compositeurs ici représentés. Le titre du programme « The Contrast » fait référence à la troisième chanson, de même intitulé, du cycle A Song for the Lord Mayor’s Table de William Walton, commande du Festival de Londres de 1962. Les textes des XVIIe et XVIIIe siècles choisis par le poète Christopher Hassall (1912-1963) font écho à des aspects de la capitale anglaise : animation et style de vie, ondulations de la Tamise, procession d’enfants, évocation des cloches de Londres… La chanson The Contrast, sur un texte de Charles Morris (1745-1838), atteint son but : elle fait la part des choses entre l’activité urbaine et le calme de la campagne. Une trentaine d’années auparavant, Walton signait trois arrangements des poèmes d’Edith Sitwell, Façade, évocations du mythe d’Apollon poursuivant la nymphe Daphné qui se transforme en arbre pour lui échapper, mais aussi d’une valse alourdie par la chaleur ou d’accents de ragtime. Dans ces deux recueils, le compositeur fait alterner des thèmes vifs et audacieux avec des passages langoureux et nostalgiques, dans une atmosphère cadencée ou discrète.

C’est la soprano Carolyn Sampson qui distille les trente chansons à l’affiche du CD avec l’art consommé du chant qu’on lui connaît. Née en 1974 à Bedford, cette cantatrice a entamé sa formation musicale dans sa cité natale avant de la poursuivre à Birmingham. Elle a fait ses débuts à l’opéra dans Monteverdi, s’est spécialisée dans le répertoire baroque, mais se produit aussi avec bonheur dans les œuvres de la période classique et au-delà, jusqu’à Stravinsky ou Britten. Sa discographie abondante a fait l’objet de multiples distinctions et récompenses. Dans le domaine de la mélodie ou de la poésie mise en musique, elle a déjà enregistré des albums parmi lesquels on retiendra des arrangements de poèmes de Verlaine ou une Schubertiade pour soprano. Au fil du temps, cette artiste expressive et sensible a conservé un timbre de voix équilibré et harmonieux, un style raffiné et engagé, une présence investie. On le constate dans les pièces de Walton, mais aussi dans les autres morceaux d’un programme qui semble fait sur mesure pour elle. C’est ainsi qu’elle aborde avec une infinie retenue l’adaptation anglaise du célèbre poème de Verlaine écrit en prison Le ciel est, par-dessus le toit dans la version de Vaughan Williams qui, comme pour les deux autres chansons qu’il signe, combine aspects populaires et simplicité de ton. L’accompagnement pianistique de Joseph Middleton, qui a collaboré notamment avec Thomas Allen, Felicity Lott ou Ian Bostridge, et déjà avec Carolyn Sampson, se révèle soigné, attentif aux nuances, mettant en valeur avec intelligence les divers registres des chansons, qu’elles soient d’essence lyrique ou ancrées dans le quotidien.

Cette complémentarité des deux partenaires fait merveille au long d’un parcours qui exclut la monotonie en raison de sa construction. Walton ouvre et conclut le CD, Bridge succède à Vaughan Williams, avec des chansons qui sont basées sur des textes de Shakespeare, Tennyson, Keats, Yeats, Colum ou Coleridge, précieux choix esthétique qui permet l’expression du rêve, de l’amour, de la tristesse face à un enfant qui va mourir ou de l’ivresse suscitée par le galop d’un cheval en écho aux élans d’un cœur épris. Quant à Roger Quilter, moins connu que ses confrères, il est attiré par la période élisabéthaine et jacobine. Il puise dans l’art poétique de Ben Johnson ou de Thomas Campion, mais s’inspire aussi de William Blake ou de Percy Shelley tout comme dans son attrait pour le catholicisme. Il manie la petite forme avec adresse, donnant à son lyrisme un mélange efficace d’économie et de fines nuances. Le programme fait un bond dans le temps pour proposer une partition de Huw Watkins, né en 1976. Il s’agit d’une commande de la Société Finzi Friends, publiée en 2013, que Carolyn Sampson a créée avec le compositeur au piano. Watkins a opté pour des poèmes de Philip Arthur Larkin (1922-1985), considéré comme l’auteur le plus important de la poésie anglaise de la seconde moitié du XXe siècle ; les textes, qui vont du milieu des années 1940 à 1973, mêlent des aspects contemplatifs et nostalgiques à des évocations domestiques qui ont pour caractéristique de baigner dans une atmosphère proche du pessimisme. Il s’agit d’un premier enregistrement mondial.

Voilà un programme bien conçu, bien interprété, dans un esprit de partenariat poétique qui convainc l’auditeur, surtout si la dominante de son tempérament est à fleur d’âme. On pense parfois en cours d’écoute à ces ciels anglais en clair-obscur qui évoluent au gré du vent. C’est en tout cas avec une logique absolue que l’intitulé « The Contrast » a été choisi : il dessine avec justesse le contenu de ce disque. Carolyn Sampson et Joseph Middleton, enregistrés en août 2018 au Potton Hall de Westleton, près de la côte de la mer du Nord dans le Suffolk, sont en pleine osmose avec leur sujet, qui confirme, si cela devait encore être nécessaire, la qualité intemporelle de la chanson anglaise.

Son : 9  Livret : 8  Répertoire : 8  Interprétation : 9

Jean Lacroix

 

   

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