Chostakovitch magnifié par l’Orchestre National de Lille

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Jean Sibelius (1865-1957) : Concerto pour violon et orchestre en ré mineur, op.47
Dimitri Chostakovich (1906-1975) :
Symphonie n°10 
Orchestre National de Lille, direction – Sarah Chang, violon
L’Orchestre National de Lille fête cette année ses 40 ans et offre presque toutes les semaines la possibilité d’assister à un concert de qualité autour de programmes variés avec ce vendredi Sibelius et Chostakovitch. Si la soirée débute difficilement avec Sibelius, la 10ème Symphonie du compositeur russe fut un émerveillement pour les oreilles. Le chef Michal Nesterowicz, particulièrement inspiré, parvient à obtenir de l’orchestre contrastes, dynamiques et couleurs saisissants grâce à une direction énergique, précise et musicale. Dans chacun des mouvements, rapides ou lents, la musique habite le chef qui n’hésite pas à repousser l’ONL dans ses moindres retranchements, et le résultat est là : cohésion des pupitres, justesse des timbres, une harmonie qui atteint un degré d’excellence inégalé, un pupitre de percussions qui se donne tout entier pour apporter à l’œuvre ce côté percussif, impulsif, parfois sarcastique et acide. Le premier mouvement fait place à de longues plages mélodiques et rythmiques avec un chef qui donne un sens clair à la structure tout en tenant le spectateur en haleine. Il apporte à l’œuvre un souffle ininterrompu, des phrasés pointus, quelques couleurs surprenantes et réunit l’orchestre sous une seule respiration. Le second mouvement, un Allegro plus court particulièrement dynamique, est tout aussi abouti : aucun décalage, homogénéité des pupitres, dialogue efficace, dynamiques construites jamais sèches ou lourdes, le tout dirigé avec une grande maîtrise. Nesterowicz préfère une gestique évocatrice mais relativement sobre. Les deux derniers mouvements se concluent en forme d’apothéose, dans la même énergie et dans la constance volonté d’exceller. Dommage que la première partie n’ait pas été de la même qualité. Sarah Chang, reconnue internationalement, ne joue pas souvent sur nos scènes. C’était donc l’occasion de la retrouver dans une œuvre extrêmement populaire et complexe. Une page où les décalages peuvent vite arriver si le dialogue entre le soliste et le chef n’est pas permanent. Malheureusement et malgré une énergie hors du commun, la violoniste semblait absorbée par son jeu, certes techniquement et musicalement intéressants, mais manquant de fait ce soir de propreté et de cohésion avec l’orchestre, créant ainsi quelques décalages et accidents inattendus. Le dialogue n’est pas au rendez-vous, même si l’orchestre et son chef tentent de suivre au mieux la soliste.
Mais il faut retenir de cette soirée l’incroyable lecture d’une longue Symphonie difficile par un jeune chef investi, habité et à l’aise avec la mémoire. Fait rare, l’ONL applaudit tout aussi chaleureusement que le public le chef à l’issue du concert, contrat réussi !
Ayrton Desimpelaere
Lille, le Grand Siècle, le 16 octobre 2015

 

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